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Samedi 26 Mai 2018

Toulouse : « La Machine », son ambition et ses mystères…

Par Nicolas Coulaud

L’arrivée à Toulouse de la compagnie artistique «La Machine» s’annonce comme l’évènement culturel de l’année. Durant quatre jours en novembre, des machines géantes déambuleront dans la ville au fil d’un spectacle sur-dimensionnel encore secret.

 

La Machine

 

Le chemin a été long, semé d’embuches, mais finalement la compagnie «La Machine», dirigée par le créateur François Delarozière et basée notamment à Nantes, va bel et bien poser ses machines mobiles et ses constructions géantes à Toulouse, plus exactement dans le quartier de Montaudran où une immense halle a été construite à cet effet il y a quelques années. Initiés il y a une dizaine d’années, le retour de François Delarozière (ex-«Royal Deluxe», l’arrivée de la compagnie et son installation dans la «Halle des Mécaniques» avaient en fait été portés par l’ancien maire socialiste de Toulouse Pierre Cohen. Après sa défaite aux élections municipales de 2014, le projet avait pourtant semblé fortement menacé.

Avant même de reconquérir le Capitole, Jean-Luc Moudenc (LR) avait tout d’abord évoqué durant la campagne électorale un «copinage» entre Pierre Cohen et François Delarozière. Quelques mois après son élection, il avait surtout fustigé la construction de la fameuse grande halle de Montaudran, qualifiant le bâtiment de «monstruosité» et regrettant «de ne pas avoir les marges de manœuvre qu’il aurait aimé avoir» dans l’hypothèse d’un désengagement vis-à-vis de la compagnie. «Deux délibérations ont été votées à la Communauté urbaine. Si nous souhaitons mettre fin à cette collaboration, il faudra voir comment l’on peut faire» ajoutait-t-il encore en septembre 2014.

«Piste des géants»

Deux mois après ces déclarations, alors même que la construction de la halle avait déjà coûté 14 millions d’euros auxquels s’ajoutaient 2,5 autres millions dépensés de leurs côtés pour un «Minotaure» géant, Jean-Luc Moudenc décidait finalement de maintenir l’arrivée de la compagnie «La Machine» tout en remodelant le projet culturel pour l’articuler avec un autre ancien projet lié celui-ci à la mémoire de l’Aérospostale. Ré-intitulée «La Piste des Géants», cette nouvelle mouture allait elle aussi créer la polémique. Au printemps 2016, lors de la présentation officielle devant la presse, certains descendants des pionniers de l’Aéropostale firent publiquement savoir leur désapprobation.

«Montaudran a été défigurée depuis de nombreuses années. Qu’allez-vous faire pour isoler ce site des monstruosités qui l’entourent ? Quant à la mémoire des pionniers, je ne vois pas le rapport avec des géants mécaniques. Les pionniers ne se prenaient pas pour des géants» s’emportait alors Jean-Didier Hémous, le petit-fils de l’aviateur Didier Daurat. Depuis, «Les Jardins de la Ligne», qui commémorent pour leur part la route de l’Aéropostale, ont bien été inaugurés, tandis que «La Piste des Géants», qui réunit le volet «mémoire» et le volet «création», ouvrira ses portes en décembre prochain. «C’est une concrétisation que nous attendions depuis longtemps. Nous avons longuement discuté pour mettre au point les termes de la convention de la délégation de service public qui nous lie à la compagnie «La Machine», ainsi que l’ensemble des projets. Nous allons inviter les Toulousains à une séquence extraordinaire» a déclaré le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc pour l’installation officielle de «La Machine».

Sur plus de 5000 m2, la halle accueillera donc les machines géantes de François Delarozière au sein d’un espace de création, d’exposition et de manipulation. «Ce projet a mûri au fil du temps. Ce site de l’Aéropostale est mythique et méritait d’accueillir des objets mythiques. C’est un nouveau lieu qui va faire vivre la ville pour dix ans, et accompagner un quartier en devenir : Montaudran. La Halle sera une sorte d’écurie, un laboratoire vivant pour nos machines qui voyageront à travers le monde, seront les ambassadrices de Toulouse, reviendront et se renouvelleront. Le contenu changera en permanence car notre crédo est l’aventure du mouvement. La Halle ne sera jamais deux fois la même» indique François Delarozière. Avant son ouverture au public prévue le 9 novembre prochain (entrées envisagées à des tarifs allant de 4,5 à 9 euros), l’inauguration de la «Halle des Mécaniques» sera précédée le week-end auparavant par un giganstesque spectacle concocté par François Delarozière et ses équipes : «Le Gardien du Temple».

 

Tenu encore dans le plus grand secret, ce spectacle prévu dans les rues de Toulouse quatre jours durant s’annonce d’ores-et-déjà sur-dimensionnel. Des dizaines de milliers de spectateurs sont attendus. Ponts, rues, éléments de mobilier urbain, lampadaires, tout a été remesuré pour s’assurer que les machines géantes pourront déambuler dans la ville, dont le fameux «Minotaure» (47 tonnes de matériaux et 80 vérins hydrauliques), «pour l’instant perdu dans un labyrinthe» ironise François Delarozière. Alors que la collectivité a déjà déboursé près de 18 millions d’euros pour la construction de la halle, son aménagement et l’acquisition du «Minotaure»,  Toulouse espère tenir enfin avec l’arrivée de «La Machine» un évènement culturel majeur. «Le développement culturel provoque un développement économique» assure François Delarozière, qui insiste sur les retombées touristiques que la métropole peut attendre. Selon les estimations, la «Halle des Mécaniques» devrait accueillir en 2019 près de 220 000 visiteurs…

Nicolas Coulaud
Un Article de l’Opinion Indépendante


La Machine

© Jordi Bover – Cie «La Machine»