Le Château d’Eau, à Toulouse, propose en parallèle trois expositions, deux dans la tour associant – de façon artificielle – l’œuvre d’Helena Almeida et celle de Chema Madoz ; une autre dans la galerie 2 permettant de découvrir le formidable travail d’Anne Desplantez dans une maison d’enfants dans le Gers.

En novembre 2025 l’exposition de réouverture du Château d’Eau, consacrée à Sophie Zénon, nous avait déçus. L’artiste colonisait l’ensemble des cimaises, développant un propos conceptuel sur « l’humus du monde » qui avait plus sa place au musée des Abattoirs. Réalisé par Pepe Font de Mora, ex-directeur de la Fundacio Foto Colectania de Barcelone, le nouvel accrochage de la galerie municipale consacrée à la photographie ne nous convainc pas non plus – et pour une raison inverse. Pourquoi associer deux artistes dans une tour qui n’est pas très vaste au lieu de la réserver à un seul ? L’institution nous présente Helena Almeida (1394-2018) et Chema Madoz (né en 1958) comme deux photographes dont les univers seraient « profondément liés par leur approche de la photo et du processus créatif ». Ah bon ! Certes, il y a le passage du dessin au cliché et quelques images communes consacrées à la réflexion sur « le corps en action » mais pour le reste…

Chez la Portugaise Helena Almeida on appréciera cependant la complémentarité entre esquisses crayonnées, d’une grande élégance, et grands formats photographiques d’un certain lyrisme.
On connait mieux l’œuvre de l’Espagnol Chema Madoz, déjà exposé au Château d’Eau en 2000, puis, grâce à Prune Berest, sur les murs du jardin Raymond-VI en 2014. Ces images, qu’il n’aime pas qualifier de surréalistes, jouent sur la réunion en apparence hétéroclite de deux objets ou le glissement d’une fonctionnalité vers une autre ; de la réalité au rêve ou à la fantaisie. C’est ainsi qu’un couteau voit sa lame constituée d’un décimètre ; qu’un œuf se fendille en même temps que son coquetier ; que des assiettes égouttent dans une grille… d’égout ; qu’une aiguille et un fil s’emperlent de goutes de pluie. Se fiant, à ses débuts, au hasard, Chema Madoz a ensuite opté pour un travail en studio, dessinant d’abord un projet avant de le réaliser sous forme de photographie hyper sophistiquée (ce que nous montrent croquis et objets réunis dans des vitrines). Dommage que l’œuvre foisonnante de Chema Madoz soit réduite, faute de place, à un maigre échantillon.

On ne fera aucune réserve sur la 3e exposition que propose le Château d’Eau, dans la Galerie 2, sous le Pont-Neuf, tant le travail au long cours d’Anne Desplantez auprès des enfants du Sarthé, dans le Gers, mérite tous les éloges. La jeune femme a passé trois ans auprès de garçons et de filles, âgés de 8 à 18 ans, placés là par l’Aide sociale à l’enfance. Rien de sombre ou de misérabiliste dans cette immersion qui aurait pu n’être que douloureuse. Anne Desplantez saisit des regards, des gestes, des moments d’osmose avec les animaux et la nature environnante. Qu’il s’agisse de portraits serrés ou de plans plus larges, il en émane une grande douceur et une infinie tendresse, le plus souvent baignées par une chaude luminosité.
Exposition « Disenos habitados » de Chema Madoz et Helena Almeida, jusqu’au 23 août au Château d’Eau, Toulouse.
Exposition « Parce que. Ici », d’Anne Desplantez, jusqu’au 24 mai au Château d’Eau, Toulouse.
