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Orchestre national du Capitole – Robert Trevino (direction)

by redaction

Après un magnifique Chant de la Terre en ce début de mois, la musique de Gustav Mahler résonnera de nouveau dans cet antre le samedi 27 novembre à 18h avec les accords de la Symphonie n°1 et donné en deuxième mouvement, son AndanteBlumine. Le Grand Orchestre est bien l’Orchestre National du Capitole de Toulouse placé sous la direction du chef américain Robert Trevino.

Robert Trevino © Hakan Roejder

Ce sera donc pour débuter Blumine, l’Andante allegretto qu’après moult tergiversations, Mahler supprimera définitivement de l’édition de la partition de sa Première SymphonieRobert Trevino eut malheureusement son concert annulé dans la précédente saison avec au programme la Symphonie n°8 d’Anton Bruckner. Il est présent ici avec une des partitions les plus étourdissantes du monde symphonique, peut être celle qui “colle“ au plus près de certains épisodes de la vie de ce prodigieux orchestrateur que fut Gustav Mahler.

Blumine : l’œuvre en question est difficilement séparable de la Première Symphonie de Gustav Mahler, et pour cause. Cet Andante Allegretto, sous-titré Blumine (“fleurettes“), figurait comme deuxième mouvement de la Première dans le singulier programme qui en fut établi par Gustav Mahler lui-même, ou par ses amis. Le parcours du manuscrit est bien trop compliqué pour être résumé ici mais disons qu’il a comme point de départ, semble-t-il, des circonstances intimes de la vie du jeune compositeur, un amour qui se serait vu remettre le “trésor“ en question. Et c’est parti pour un périple fort tourmenté.

En vérité, la Première Symphonie, achevée en 1888, comptait originellement cinq mouvements mais Mahler décida d’abandonner, entre autres, le second, ou du moins c’est ce qui est supposé. La partition date de 1893, sans Blumine et présente la numérotation telle que nous la connaissons. Blumine ne semble pas d’ailleurs avoir été joué jusqu’à sa découverte venue bien plus tard, en 1966.

Benjamin Britten a donné la première représentation redécouverte de la version hambourgeoise en 1967, après qu’elle ait été perdue pendant plus de soixante-dix ans. Après cette découverte, d’autres personnes ont exécuté ce mouvement, certains ont même simplement inséré le Blumine dans la version 1906. Cependant, beaucoup n’étaient pas d’accord pour jouer cette musique dans le cadre de la symphonie. Mahler l’avait rejeté de sa symphonie, pensaient-ils, donc il ne devrait pas en faire partie. De célèbres chefs “Mahleriens“  ne l’ont jamais interprété.

Gustav Mahler

On rapproche cet Andante allegretto d’une autre composition que l’on croyait perdue, mais dont on connaissait l’existence, à savoir La Trompette de Säckingen, musique de scène pour images vivantes composée en 1884. Elle exige d’ailleurs un excellent trompettiste car elle débute par un très narcissique solo de trompette. Elle sera sûrement confiée à notre trompettiste solo Hugo Blacher (ou à René-Gilles Rousselot) !!

C’est une sorte de sérénade sentimentale pour un petit effectif, une partition pour laquelle son compositeur ne débordait pas d’admiration, et qu’il finit par écarter complètement de la partition complète de la Première. Elle dure moins de neuf minutes et se déroule sur cent quarante mesures, presque toujours dans le même tempo. Elle est rarement donnée mais, même considérée comme mineure, on peut avoir plaisir à l’entendre, surtout associée à la symphonie à laquelle elle a pu être rattachée un temps. C’est sous cette forme-là, en exorde, qu’on la retrouve incluse dans un programme de concert, le plus souvent.

À ce sujet, peu avant sa mort, le grand chef d’orchestre et ami de toujours de Mahler, Bruno Walter, aurait écrit : « Le mouvement m’est bien connu ; mais je comprends pleinement que Mahler ne l’ait pas conservé. C’est un doux morceau purement lyrique qui se distingue tellement de la hardiesse révolutionnaire des autres mouvements qu’on pourrait avoir l’impression d’une rupture de style. »

Symphonie n°1 en ré majeur, Titan

I. Langsam – Schleppend – Wie ein Naturlaut (Lent – Traînant – Comme une voix de la nature)
Immer sehr gemächlich (Toujours très modéré)

II. Kräftig bewegt, doch nicht zu schnell (Energique et animé, mais pas trop vite)

III. Feierlich und gemessen, ohne zu schleppen (Solennel et mesuré, sans traîner)

IV. Stürmish bewegt (Orageux – Animé)

durée ~ 55 mn

« Toutes mes œuvres sont une anticipation de la vie qui vient. » G. Mahler

Pour vous faire une idée de la symphonie en question, sachez que plus de 275 versions vous attendent, enregistrées sur environ 75 ans.

L’orchestration de la Première Symphonie, telle que nous la connaissons aujourd’hui date, à peu de choses près, de 1897 après de nouvelles révisions. Elle comprend bien sûr tous les pupitres de cordes, une harpe, les bois ou vents par quatre, mais de nombreux cuivres -sept cors, cinq trompettes, quatre trombones, un tuba-, ainsi que deux timbaliers et une percussion abondante. Le raffinement, et parfois même la nouveauté des sonorités ne cesse jamais de surprendre, ni d’étonner, et cela d’autant plus que la plupart des inventions sonores les plus hardies se trouvent déjà dans le manuscrit de 1893.

Interrogé à ce sujet par sa fidèle amie Nathalie Bauer-Lechner, Mahler lui répond en 1900 : «  Cela provient de la manière dont les instruments sont utilisés. Dans le premier mouvement, leur timbre propre est submergé par l’océan de sons, comme le sont ces corps lumineux qui deviennent invisibles à cause de l’éclat même qu’ils diffusent. Plus tard dans la Marche, les instruments ont l’air d’être travestis, camouflés. La sonorité doit être ici comme assourdie, amortie, comme si on voyait passer des ombres ou des fantômes. Chacune des entrées du canon doit être clairement perceptible. Je voulais que sa couleur surprenne et qu’elle attire l’attention. Je me suis cassé la tête pour y arriver. J’ai finalement si bien réussi que tu as ressenti toi-même cette impression d’étrangeté et de dépaysement. Lorsque je veux qu’un son devienne inquiétant à force d’être retenu, je ne le confie pas à un instrument qui peut le jouer facilement, mais à un autre qui doit faire un grand effort pour le produire et ne peut y parvenir que contraint et forcé. Souvent même, je lui fais franchir les limites naturelles de sa tessiture. C’est ainsi que contrebasses et basson doivent piailler dans l’aigu et que les flûtes sont parfois obligées de s’essouffler dans le grave, et ainsi de suite…  » Pas étonnant que la critique hongroise accuse  Mahler de cultiver l’étrangeté, la vulgarité, la bizarrerie, la cacophonie même, « anti-musicale », de manquer d’invention, de goût, et de ne se complaire que dans les effets orchestraux. L’homme est à terre, fort surpris d’être de la sorte…incompris.

Michel Grialou


Orchestre national du Capitole
samedi 27 novembre 2021 à 18h00
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