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Rendez-vous sur l’autre rive de Jay McInerney

by Bruno del Puerto

Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.

Rendez-vous sur l’autre rive de Jay McInerney

2020, à New York, alors que l’on commence à s’inquiéter d’un mystérieux virus, Russell Calloway éprouve « un sentiment de nostalgie face à tout ce qui avait disparu ». Il se souvient de l’époque où il pensait « qu’il vivrait éternellement et que la nuit ne finirait jamais ». Le temps des fêtes et des nuits blanches est passé. Désormais, on célèbre les anniversaires de mariage. Comme celui de Washington et Veronica Lee, mariés depuis trente-cinq ans. Le couple formé par Russell et Corrine a tenu bon lui aussi, malgré les crises et les infidélités.

Jay McInerney © Michael Lionstar

Les enfants ont grandi. Leur fille, Storey, s’apprête à ouvrir son restaurant. Leur fils, Jeremy, a abandonné ses études afin de s’engager dans la campagne de Bernie Sanders pour les primaires du Parti démocrate. Editeur, Russell doit lutter « contre l’indifférence des lecteurs du monde entier », population par ailleurs en déclin constant. D’autres épreuves, plus graves encore, l’attendent.

Spleen altier

Après Trente ans et des poussières, La Belle vie et Les Jours enfuis, le nouveau roman de Jay McInerney, en librairie ce 11 septembre, met en scène pour la quatrième fois les Callaway. Contrairement aux personnages, l’art et la manière de l’écrivain n’ont pas pris une ride. Les dialogues pétillent. L’ironie le dispute au désenchantement. Le name-dropping est de la partie. Une pointe de snobisme est indispensable à la réussite du cocktail. Comme dans les films de Woody Allen, New York est ici un personnage à part entière. L’auteur de Journal d’un oiseau de nuit a conservé son œil de sociologue. Dans la ville qui ne dort jamais, la gentrification a fait son œuvre. Les bobos végans ont proliféré. Le bio est devenu une religion. Les mâles blancs de plus de cinquante ans doivent prendre leurs précautions. Est-il bien raisonnable de flirter avec une jeune romancière qui dit apprécier les hommes plus âgés qu’elle et prétend avoir eu une relation avec Philip Roth ?

Pourtant, même chez les heureux du monde, la vie a parfois un goût de bouchon à l’instar de ce millésime 1934 de La Romanée-Conti. Le penthouse de Greenwich village ressemble à une prison ou à un hôpital, en particulier pour Corrine frappée par un Covid long. Il se dégage des pages de Rendez-vous sur l’autre rive un spleen altier échappé des toiles d’Edward Hopper. Le titre ne ment pas. Il y a une dimension funèbre et de l’espérance dans cette œuvre qui est à ce jour la plus émouvante de Jay McInerney.

Christian Authier 

Rendez-vous sur l’autre rive  •  Éditions de l’Olivier

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