Devenir propriétaire d’une villa en Sardaigne pour la somme d’un euro était une proposition que Tilda, architecte allemande d’origine italienne par son père, ne pouvait refuser. Ce type d’offre vise à redonner vie à des villages désormais désertés. Evidemment, des travaux sont à prévoir et il ne faut pas craindre la solitude. Cela tombe bien pour Tilda car elle souhaite impulser une nouvelle direction à son existence. Le couple qu’elle formait avec Nathan n’a pas survécu à un dramatique accident du travail. Un procès médiatique a suivi. Le sentiment de culpabilité colle à la peau de la quadragénaire.

Cependant, le village de Botigalli où elle s’installe n’est pas banal. On parle de fantômes, de malédictions, de légendes noires. Surtout, en 1982, lors d’une fête après un mariage, un massacre eut lieu dans la maison même que Tilda a achetée. Quarante ans plus tard, un journaliste local tente toujours d’élucider la macabre affaire en interrogeant l’unique survivant du drame…
Secrets de famille
On retrouve dans Un sombre été, qui vient de paraître ce 18 août, les qualités de Vera Buck : personnages complexes, tension, suspense, rebondissements… Les ingrédients du thriller n’empêchent pas la romancière allemande de brosser aussi le portrait d’une île, de ses habitants, de ses traditions en remontant à une époque où les enlèvements – notamment d’enfants – en vue d’obtenir une rançon étaient devenus une véritable micro-économie. Pas de grands réseaux mafieux à l’œuvre ici, mais des gens presque « ordinaires » ayant trouvé dans le kidnapping un moyen de vivre. On découvre aussi au fil de la lecture le concept longtemps appliqué de « mariage de réparation » permettant à un homme ayant violé une jeune fille d’échapper à toute poursuite en l’épousant.
A son habitude, l’auteur des Enfants loups et de La Cabane dans les arbres explore les secrets de famille, les origines cachées, le mensonge et le poids du silence, l’enfance et l’innocence outragées… Sur plus de 400 pages, elle déploie une intrigue à tiroirs, un puzzle haletant dont la noirceur des motifs est écrasée par le soleil méditerranéen. A Botigalli, la vengeance dure longtemps. Le lecteur, lui, la savoure.
