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Un jour sans femme de Laetitia Colombani

by Bruno del Puerto

Laetitia Colombani publie Un jour sans femme aux éditions de l’Iconoclaste. Un roman choral porté par une seule et même voix : celle des femmes.

Dorian Prost
Laetitia Colombani © Dorian Prost

Depuis son premier roman, La Tresse, qui a connu un immense succès, Laetitia Colombani entrelace les destins de ses personnages afin que les fêlures individuelles deviennent des étendards. Dans son dernier opus, Un jour sans femme, l’autrice reprend ce fil conducteur et braque son regard sur la vie de plusieurs femmes à travers le monde.

À commencer par Katla, jeune étudiante islandaise dont la vie bascule en un instant. Sa meilleure amie et colocataire, Soffia, est retrouvée assassinée. Jaloux, son compagnon l’a tuée. Un crime passionnel ? Non, un crime tout court. Et Katla n’entend pas rester sans rien faire. En échangeant avec sa grand-mère, auprès de qui elle s’est réfugiée, elle découvre que celle-ci a participé à la grève historique des Islandaises de 1975. Ce récit fait aussitôt naître une idée chez la jeune femme.

L’union fait la force

Et si Katla organisait à son tour une grève ? Une grève mondiale. Une grève destinée à porter la voix de toutes les femmes. Une utopie ? Peut-être. Mais comment s’y prendre ? Son combat peut-il rallier toutes les femmes ? Car chacune, aux quatre coins du monde, porte elle aussi une histoire. C’est le cas de Michiko, jeune employée tokyoïte enceinte de son premier enfant. Afin de conserver sa place, elle endure sans protester les tâches qu’on lui impose, même lorsqu’elles mettent en danger sa santé et celle de son bébé. Elle acquiesce, se tait et fait de son mieux. Un harcèlement qu’elle cache à son mari comme à sa famille. Jusqu’à quand pourra-t-elle tenir ? Jusqu’au jour où tout pourrait basculer ?

Hawa mène, elle aussi, un combat sans nom. Après un burn-out survenu alors qu’elle exerçait comme médecin dans un hôpital américain, elle décide de retourner au Sénégal, son pays natal. Là-bas, elle se retrouve confrontée à la tradition, mais aussi à son propre passé. Celui d’une jeune fille élevée dans le silence et les non-dits, notamment autour de l’excision des petites filles. Hawa souhaite lever le voile sur ces drames qui se jouent encore au quotidien. Et si son histoire faisait écho à tant d’autres ? À l’image d’Ana Maria. Abandonnée par son mari et mère d’une jeune femme emprisonnée pour avoir voulu avorter. Ana Maria travaille dans une usine qui exploite ses employées et les épuise à petit feu. Lassée de ce fatalisme, elle aspire à changer les choses, à mettre un terme à cette souffrance répétitive. Elle ne réclame pas grand-chose : seulement de la dignité et de la considération.

Tour à tour, Laetitia Colombani raconte le destin de ces quatre femmes enfermées dans des carcans anciens et oppressants. Quatre femmes qui aspirent à retrouver leur liberté et leur dignité. Tels les fragments d’un kaléidoscope, leurs récits éclairent le chemin douloureux de nombreuses autres femmes en quête d’une issue. Des femmes qui refusent désormais la domination, la violence et l’oppression. Avec ce texte profondément humaniste, Laetitia Colombani interroge non seulement la place des femmes dans nos sociétés, mais également la capacité des individus à changer le monde. Car au-delà des combats féminins, c’est bien la force du collectif et d’une espérance partagée qui se dessine ici, avec l’espoir d’abolir, enfin, les schémas d’un autre temps.

Sylvie Vaz

Un jour sans femme  •  L’Iconoclaste


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