Cécile Blain, cinquante-six ans, divorcée depuis un an, vient de vider l’appartement qu’elle occupait. La voiture chargée du contenu de sa bibliothèque (vingt-deux cartons de livres), elle s’apprête à prendre la direction de la maison de sa grand-tante dans le Massif central, mais sur la route une autre envie voit le jour : « ne jamais arriver à destination ». Une halte dans un village perdu va permettre à la quinquagénaire de mettre en œuvre un étrange projet : déposer dans les boîtes aux livres de la région les ouvrages qui l’ont accompagnée. Ce qui se voudrait « une liquidation totale et définitive du passé » s’accomplit avec méthode. On n’abandonne pas n’importe comment les livres d’une vie. Tout se passe comme prévu pour Cécile jusqu’à ce qu’une rencontre inattendue ne bouleverse ses plans…

Il ne faut pas dévoiler plus avant l’intrigue du sixième roman de Jean-Pierre Montal, qui vient de sortir, tant les surprises et les retournements de perspective participent au plaisir de la lecture de La peau neuve. L’auteur de La Face nord (Prix des Deux-Magots 2024) distille une tension constante à partir de petits riens, chasse les clichés, multiplie les fausses pistes.
Roman sur les romans
Ce sens aigu du récit ne néglige pas le goût de l’observation quasi-sociologique à l’instar, par exemple, d’une considération très houellebecquienne sur les vertus des hôtels de la chaîne Kyriad. D’autres fois, le regard de Montal évoque celui de Sempé pour le mélange de tendresse et de douce cruauté. La peau neuve, roman sur les romans et la passion de la lecture, sorte de voyage presque immobile, place son héroïne au croisement de la littérature et de la vie. D’où ce balancement constant entre le désenchantement et l’espérance, la tentation de la table rase et le retour aux œuvres qui ne nous quittent pas.
Au-delà bien sûr des références littéraires, le roman est ponctué de clins d’œil musicaux, mais c’est aussi au cinéma que l’on songe en découvrant cette histoire dont on se prend à imaginer le film qu’elle pourrait inspirer.
