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Toulouse Polars du Sud • 18e édition

by Bruno del Puerto

Du 9 au 11 octobre 2026, Toulouse Polars du Sud, festival international des littératures policières, se tiendra à Toulouse et dans toute la région Occitanie. Au programme : rencontres, animations, débats autour d’une quarantaine d’auteurs français et étrangers. Tour d’horizon de cette 18ème édition en compagnie de Jean-Paul Vormus, président de l’association Toulouse Polars du Sud.

Jean-Paul Vormus

Pouvez-vous nous présenter les deux parrains de cette édition 2026 de Toulouse Polars du Sud ?

Il y a une marraine, Valentine Imhof, que nous avons déjà accueillie à plusieurs reprises. Elle vit à Saint-Pierre-et-Miquelon et s’est fait connaître en 2018 avec un premier roman, Par les rafales, mettant en scène une jeune femme ayant tendance à semer des cadavres au fil de ses tribulations. C’était un roman très fort avec une belle écriture. Par la suite, elle a publié Zippo puis Le Blues des Phalènes qui se déroulait aux Etats-Unis et évoquait les conséquences de la crise de 1929. Elle vient de sortir un nouveau livre, Les Abandonnés de l’île Saint-Paul, dans une collection intitulée « L’Affaire qui… » publiée par les Editions de l’Aube en partenariat avec RetroNews, le site de presse de la BNF. Il s’agit d’un fait divers ayant lieu au début des années 1930 sur une île perdue aux confins du Pacifique sud où se trouvaient des pêcheurs. Valentine Imhof revient donc sur cette histoire authentique qui a eu une issue tragique. On retrouve ici son écriture incisive et son goût pour l’histoire sociale. Quant au parrain, il s’agit d’Abir Mukherjee qui était venu à Toulouse Polars du Sud en 2024. Anglais d’origine indienne, il a écrit six romans qui ont pour cadre Calcutta durant les années 1920 à l’époque de la colonisation britannique. Il met en scène deux héros récurrents. L’un est le capitaine Sam Wyndham, ancien inspecteur de Scotland Yard, ayant traversé la guerre de 14-18 et ayant dû surmonter la mort de sa femme. Il tente d’oublier ces épreuves en arrivant à Calcutta où il a un collègue indien, le sergent Satyen Banerjee, appartenant à la bonne société locale tout en connaissant bien l’Angleterre pour y avoir suivi ses études. A travers ces deux personnages, on découvre, au fil des romans et d’enquêtes très bien menées, un certain tableau de l’Inde de cette époque avec le racisme, la corruption, la naissance du nationalisme indien, les crispations interreligieuses…

Valentine Imhof

Le thème du festival est la guerre. Le sujet est, hélas, éternel, mais pourquoi l’avoir choisi cette année ?

D’abord, nous avons remarqué que beaucoup de nouveaux romans parlaient de la guerre, pas forcément d’ailleurs des conflits les plus actuels, comme à Gaza ou en Iran. Plusieurs titres traitent ainsi, directement ou indirectement, de la Seconde Guerre mondiale comme Les Maisons parachutées de Didier Daeninckx ou Base Toundra d’Olivier Truc. Maudite soit la guerre de Gwenaël Bulteau se déroule lors du premier conflit mondial tandis que China White de Laurent Guillaume évoque le conflit indochinois. Donc, cela nous a paru pertinent de choisir cette thématique. De plus, la guerre et le polar ont en commun – outre les morts et la violence – de mettre en scène des situations de crise. Et ces romans qui évoquent le passé nous permettent aussi de comprendre le présent.

Didier Daeninckx © Gallimard / Francesca Mantovani

Parmi les invités de prestige de cette édition, il y a Andreï Kourkov, écrivain ukrainien de renommée internationale. S’il a signé des romans utilisant les codes du roman noir ou du polar, il n’est pas un auteur exclusivement de littérature noire. Il répond à ce titre à la tradition de Toulouse Polars du Sud qui s’ouvre aussi à des écrivains ne s’inscrivant pas uniquement dans le registre du polar.

Oui, nous aimons les écrivains qui se situent aux limites du genre et, en effet, Andreï Kourkov est un parfait exemple de ce type d’auteurs puisqu’il a un pied dans la littérature générale et un pied dans la littérature policière. La première table ronde du festival, le vendredi 9 octobre à 20h30, le verra dialoguer avec Olivier Truc et, en l’occurrence, nous serons dans l’actualité avec la guerre en Ukraine. Bien que le dernier roman d’Andreï Kourkov, Les Bains de Kiev, se déroule en 1919, nombre de sujets abordés dans le livre possèdent de grandes résonnances avec ce qui se passe aujourd’hui entre l’Ukraine et la Russie. De son côté, en tant que journaliste, Olivier Truc connaît lui aussi bien l’Ukraine.

Andreï Kourkov © Julien Falsimagne

Une autre table ronde sera consacrée aux « nouvelles voix du polar français ». Comment définiriez-vous ces nouvelles voix ?

D’abord, elles sont essentielles féminines à l’image des participantes à cette table ronde : Mathilde Beaussault, Nathalie Gauthereau et Karine Sulpice. Elles ont des voix et des talents différents. Par exemple, Mathilde Beaussault a signé deux excellents romans, Les Saules et La Colline, très âpres, portés par une écriture magnifique. Une autre romancière, qui comme Kourkov s’illustre à la fois dans la littérature noire et la littérature blanche, Fanny Taillandier, sera présente pour Sicario bébé mêlant le roman noir, le roman social et une très belle histoire d’amour. Il y a donc une grande diversité dans ces nouvelles voix.

Mathilde Beaussault © Bénédicte Roscot

Tout au long du festival, il y a des rencontres entre les auteurs et des étudiants, mais aussi dans les lycées, les collèges et les écoles. Y a-t-il une attente, un écho, une réactivité chez ces jeunes publics autour du polar ?

Cela fonctionne toujours très bien même si les enquêtes du Centre national du livre tendent à prouver que les gens lisent moins, en particulier les collégiens et les lycéens. La réussite de ces rencontres doit aussi aux enseignants et à la préparation en amont qui suscite de l’appétence auprès des élèves. Après, nous espérons que ce genre de rencontres permettra d’enraciner, si besoin, le goût de la lecture chez les jeunes générations.

Le livre et le monde de l’édition sont en crise depuis plusieurs années avec une baisse constante des ventes. Le polar, le roman noir, le thriller passent pour être des genres populaires avec de nombreux titres à succès. La littérature noire résiste-t-elle toujours à cette crise ?

A notre échelle, lors des trois dernières éditions, le nombre de livres vendus pendant le festival s’est maintenu à un assez haut niveau. D’une manière générale, le polar et le thriller se résistent bien même si, évidemment, des énormes succès, comme les romans de Freida McFadden, occupent une grosse part du marché.

Parmi les auteurs que vous aimeriez recevoir lors d’une prochaine édition, quelle serait votre choix idéal ?

Je pense à un auteur qui a failli venir cette année, mais malheureusement cela ne s’est pas concrétisé. Il s’agit de David Peace, écrivain britannique, lui aussi au croisement de la littérature noire et de la littérature blanche. Il vit au Japon et a beaucoup écrit sur le football anglais, à l’instar de son dernier titre Munichs. Nous nous étions rencontrés lors de divers festivals et c’est un écrivain que j’aimerais beaucoup faire venir.

Christian Authier 

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