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Théâtre Sorano • Saison 2026/2027

by Bruno del Puerto

Après une première saison qui avoisinait les 90% de taux de remplissage, l’équipe du Sorano et sa nouvelle direction garde le cap malgré l’austérité budgétaire ambiante. Plus que jamais, ce théâtre s’inscrit dans son territoire en programmant de nombreuses troupes de la région et dévoile sa vision, ses combats idéologiques à travers une quarantaine d’événements d’une grande diversité et pour tout public.

Le ton sera donné dès le 11 septembre avec Nous sommes des filles sans histoire. Ce spectacle, qui lancera le Festival Sign’ô dédié à la langue des signes, s’attaquera à une forme de représentation des histoires focalisées sur les hommes. Plusieurs pièces offriront une tribune aux femmes et sous différents formats. Le stand up avec Portrait de Rita qui racontera la chute sociale d’une femme d’affaire noire et son combat face au racisme. Le mythe relu à travers le prisme du cabaret dans Médusée pour relater la violence, l’oppression et convoquer la résilience par les paillettes. La conférence pour Couronner les vainqueurs qui compilera une série d’anecdotes sur les sportives aux J.-O. Avec Mesure pour mesure, c’est la mise en scène minimaliste qui sera privilégiée pour revisiter cette pièce de Shakespeare et questionner le pouvoir et l’hypocrisie. Et enfin, Mélissa Zehner et la compagnie Les Palpitantes reviendront, après le brillant La Nuit se lève, avec un nouvel opus qui empruntera entre autres les codes de la battle de rap dans Folies furieuses, où bipolarité et violences conjugales seront deux des thèmes qu’elles aborderont. Le roman, celui d’Agathe Charnet, Peut-être le hasard, et sa propre adaptation dans laquelle elle racontera le combat de sa maman atteinte de la maladie d’Alzheimer, et son accompagnement vers une fin digne.

La question du genre peut en effet être un prétexte pour aborder d’autres sujets comme celui de notre finitude. La chorégraphe Solène Weinachter, en complicité avec La Place de la Danse, dans son After all, s’interrogera avec humour sur ses propres funérailles et les rituels du deuil. De façon plus triviale, Tarpin me manquer (dans le cadre du Festival Supernova* dédié à la jeune création) plongera dans le macabre d’une vie marginale bercée de pop culture tandis qu’Orphée et Eurydice orchestrera les enfers en musique avec l’énergie de 8 interprètes au plateau.

Et si la mort n’était rien moins qu’une Transfiguration ? Au Garonne, et encore avec La Place de la Danse, l’artiste-plasticien Olivier de Sagazan, source d’inspiration de la troupe Baro d’evel, nous livrera sa performance qui a fait le tour du monde. À travers cette métamorphose aux matériaux hétéroclites, la question de nos propres limites prendra corps sous nos yeux.

Marasme du Collectif la Cabale.

De façon plus global et plus scientifique, J’abandonne avec joie engagera une réflexion sur le vivant et non-vivant, le dépassement de l’anthropocentrisme et cherchera à réenchanter le monde. Avec et au Théâtre de la Cité, La Timidité des cimes* partira d’une hypothèse tragique, la chute des forêts, pour tenter de comprendre la résilience du vivant et lire nos comportements humains à travers le filtre du végétal. L’écologie sera au cœur de Marasme, une comédie corrosive où le décapant collectif La Cabale nous plongera dans le déroutant silence et le chant d’oiseaux probablement atypiques. Provoquer pour éveiller les consciences, et faire surgir une pensée. N’est-ce pas le sens de la dystopie ? L’avenir de la politique française y sera aussi ausculté par ce biais dans J’attends peu, j’aspire à beaucoup tandis que la Thérapie d’Emmanuel Macron s’attardera sur la relation toxique d’un homme et du pouvoir à travers une psychanalyse peu conventionnelle. La soif du pouvoir justement et la quête d’un héritier obsèderont également le royaume de Nelvar – le royaume sans peuple, spectacle truculent à la scénographie surprenante.

Spectrum. © Sarah Teuma Tilche.

La société fera débat, plus spécifiquement la norme dans Spectrum*, une pièce qui relatera un monde où les enfants inadaptés sont envoyés dans des centres pour devenir des citoyens-modèles. De nombreuses pièces se confronteront à la problématique de l’identité et de la liberté. Avec potacherie dans Les gaulois, où une scénographie drôle aux costumes improbables se mettra au service d’une farce grinçante et engagée. Avec drôlerie et finesse dans le seul-en-scène participatif Marianne Martin*. Avec force conviction dans Menace chorale, où la critique du nationalisme et fascisme passera par une fiction qui creusera les notions de soumission et rébellion. La disparition de l’innocence sera le sujet de La Candeur, au-delà des ruines* dont le point de départ démarrera sur la disparition de tous les enfants d’un village sauf un. Quant à la fable baroque et poétique Les Marginaux*, c’est par l’allégorie de la caverne qu’elle nous poussera à réfléchir à l’altérité et l’acceptation de nos différences.

7 rue des Alouettes. © Garance Li.

Avant tout, le théâtre nous place face à un miroir et tente de dire qui nous sommes en racontant des vies. Des vies de déclassés dans Rumba – l’âne et le bœuf. De copains qui s’engueulent dans Pas de souci. D’homme en réflexion sur son genre dans Premier sexe. D’être sans assignation de genre dans Ix : variations*. Ou des vies contrariées face à la douleur de la perte des siens dans Sans suite (un air de roman) de la compagnie Tabula Rasa. Raconter des vies pour nourrir notre empathie, tisser des liens comme le feront ceux qui pousseront la porte du 7 rue des Alouettes*, ce centre destiné à soigner des êtres égarés par la solitude. S’ouvrir à l’autre pour ne pas sombrer. Un beau programme, à soutenir et encourager.

John Lavoignat

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