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Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue • Exposition de Lee Bae

by Bruno del Puerto

Alors que nous plongions récemment dans l’œuvre d’Hiroshi Sugimoto présentée au Musée Soulages, cette semaine nous vous emmenons à l’Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue pour explorer l’exposition du coréen Lee Bae. Si “l’outrenoir” de Soulages vous inspire, les élégies plastiques du coréen Lee Bae ne devraient pas vous laisser indifférent. N’attendez plus pour découvrir “En attendant”, un voyage aussi esthétique que spirituel au cœur d’un lieu unique où l’art contemporain dialogue avec l’architecture cistercienne.

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Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue – Exposition Lee Bae

Dans le travail de Lee Bae, la couleur est absente. L’artiste travaille depuis le début des années 1990 avec le charbon : le noir est donc au centre de sa pratique. S’il l’a d’abord exploré pour des raisons économiques, il s’est vite rendu compte qu’il faisait surtout écho à ses origines coréennes. En effet, en Corée, les fondations des maisons sont réalisées avec cette matière asséchante et assainissante et lors des naissances, on a coutume d’en accrocher un morceau au-dessus de la porte d’entrée pour ses vertus protectrices. Il évoque également la calligraphie et l’encre.

Lee Bae voit aussi dans cette matière un état suspendu : une fois brûlé, le bois devient charbon avant de finir poussière.

Cette impermanence ou cet état transitoire prend tout son sens entre les murs de l’abbaye de Beaulieu. Ancien lieu de culte, le site a accueilli pendant plusieurs siècles une communauté de moines cisterciens. Silencieux et isolés du monde, les moines ont peu à peu créé une enceinte sacrée propice à leur retraite spirituelle. Les œuvres de Lee Bae font invariablement écho aux thèmes de la mémoire, au temps qui passe et invitent le visiteur à une observation méditative. La verticalité de son installation “Brushstroke : l’échelle de Jacob” emporte le regard vers la voûte de la nef de l’ancienne église, tandis que la légèreté des motifs gestuels offre une gravité à la sculpture, ancrant ainsi l’ensemble dans le temps présent.

Ses peintures gestuelles ressemblent, quant à elles, à un alphabet mystérieux qu’il est impossible de décrypter. Leur accumulation et leur format imposant invitent à découvrir le langage de l’artiste sans pour autant en comprendre toutes les subtilités. S’agit-il d’un dialogue intérieur? Ou au contraire de la formalisation d’un geste répété qui revêt les contours d’un leitmotiv méditatif ? Le titre de l’exposition “En attendant” participe lui-même à ce questionnement, mais que doit-on attendre ? Ce qui est certain, c’est que Lee Bae nous plonge dans une poétique sublime où geste, légèreté et puissance se conjuguent dans une harmonie énigmatique.

Alors que l’architecture du lieu impose le silence, la lumière et le vide, le noir des oeuvres de Lee Bae devient trace, empreinte, mémoire, geste. Ces contrastes entre vide et matière, entre passé et présent mais aussi entre vie et mort, offrent finalement une expérience métaphysique en parfaite cohérence avec ces murs séculaires.

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Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue – Exposition Lee Bae

Éléments biographiques :

Lee Bae est né à Cheongdo en Corée du Sud en 1956. A partir de 1979 il entre à l’école des Beaux Art de l’Université Hongik à Séoul. Il en sort diplômé en 1986. A partir de 1990 il s’installe à Paris, où il participe, dès 1991, à la création du collectif Sonamou visant à favoriser la visibilité des artistes coréens dans la capitale française. Jusqu’aux années 2000, il travaille exclusivement le charbon mais intègre peu à peu l’encre de chine, le hanji (papier fabriqué à base d’écorce de murier) et le noir de carbonne. Il a exposé dans le monde entier et est actuellement représenté par la galerie Perrotin.

Lee Bae © Claire Dorn / Galerie Perrotin
Lee Bae © Claire Dorn / galerie Perrotin

L’Abbaye et sa collection permanente :

Au-delà de l’exposition temporaire de Lee Bae, l’abbaye en elle-même est un lieu unique qui mérite vraiment le détour ! Cette ancienne abbaye cistercienne a accueilli une communauté de moines dès le XIIème siècle et ce, jusqu’à la Révolution.

Geneviève Bonnefoi et Pierre Brache la découvrent en 1950 mais elle est alors en état de ruine. Les deux mécènes décident tout de même de s’en rendre acquéreurs et de la rénover entièrement afin de la transformer en écrin pour leur collection d’art. Les deux collectionneurs s’assurent de la pérennité de leur fond en le léguant entièrement au Monument National de France : cette collection compte notamment des Dubuffet, des toiles de Simon Hantaï, de Fred Deux ou d’Henri Michaux que l’on peut désormais admirer tout au long de l’année.

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Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue – Exposition Lee Bae

Et la visite ne serait pas complète en faisant l’impasse sur l’extraordinaire jardin qui jouxte les bâtiments. Paysagé au XIXème siècle, on peut y déambuler parmi mille rosiers. En été, s’y rafraîchir à l’ombre d’un immense magnolia qui accueille la terrasse d’un salon de thé. Une pépite à seulement une heure et quart de la Ville Rose.

Fanny Courty

•  Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue — Lee Bae, « En attendant »

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