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La fête est finie d’Olivier Maulin

by Bruno del Puerto

Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.

La fête est finie d’Olivier Maulin

Depuis 2006 et son premier roman En attendant le roi du monde, Olivier Maulin a construit une œuvre aussi singulière que cohérente en forme de satire drolatique des conditions de vie moderne. De Petit monarque et catacombes aux Evangiles du lac en passant par Le Bocage à la nage, les histoires de la plupart des romans de Maulin sont, peu ou prou, toujours les mêmes : des bras cassés en rupture de ban se retrouvent au sein d’une communauté résistant à la modernité et cultivant, de fait, des façons de vivre très anciennes. Dans La fête est finie, paru en 2016, nous faisons la connaissance de deux jeunes gens : Picot et Totor. Le premier enchaîne à la peine les petits boulots abrutissants tandis que le second passe ses journées à écouter Bach. Embauchés comme vigiles en charge de la surveillance d’un parc de camping-cars, les compères échouent dans un camping quasi déserté perdu au fond d’une vallée alsacienne.

Olivier Maulin DR
Olivier Maulin – DR

Là, ils rencontrent la charmante Rirette, âgée de dix-sept ans, son père et quelques-uns de leurs amis du cru. On boit sec, on chasse la nuit dans la forêt à l’arc, on se serre les coudes et on apprend à savoir survivre pour quand viendra le moment du grand effondrement de la société techno-industrielle. Seulement, avant cela, le « progrès » décide de pointer le bout de son nez jusque dans cette paisible vallée et prend le visage peu avenant d’une gigantesque déchetterie industrielle. Évidemment, la résistance s’organise…

De chez nous  

Ainsi, les pieds nickelés de La fête est finie ne vont pas se laisser faire et vont même recevoir dans leur croisade un renfort inattendu en la personne d’Alfonso Leoncio Fernandez del Monte y Alba, nain de quatre-vingt-huit centimètres (mais Grand d’Espagne) juché sur un poney (nain également). Un noble parmi les gueux : le mélange pourrait être détonnant, mais le marquis de Vallecas prône à sa manière la convergence des luttes : « Il pensait que le rôle historique de la véritable noblesse (et non les faux frères qui avaient rejoint l’industrie et la finance !) était de protéger le faible de l’esclavage et de la prédation, d’être son bouclier autant que son modèle. Il prônait l’alliance du peuple et de la noblesse contre l’ennemi commun : l’esprit bourgeois. L’alliance de la faucille et du glaive ! Il parcourait ainsi l’Europe en chevalier errant à la recherche de nobles causes à défendre. » Le verdict de ses nouveaux amis est sans appel : « il est de chez nous ! »

Les forêts, les elfes, les lutins, les esprits divins et les animaux ne sont jamais oubliés chez Maulin. Côté bestiaire, on croise notamment dans le roman un cerf qui parle, des chiens chétifs, des chats galeux, des porcs joyeux et des vaches qui portent toutes le nom d’une héroïne de Pierre Benoit. L’écrivain ne craint pas d’effaroucher ses contemporains, de bousculer leurs certitudes, de leur tendre un miroir aux reflets peu flatteurs : « Pouvait-on encore décemment parler d’hommes à propos de ces masses abruties en bermuda qui fonçaient sur les autoroutes à dates régulières, faisaient la queue devant les magasins durant les soldes, étaient persuadés que les hommes du passé étaient des imbéciles, étaient fiers de voter comme des veaux, se feraient bientôt greffer des puces électroniques sous la peau et réclamaient l’esclavage à grands cris ? » On ne dévoilera pas l’épilogue aussi grandiose que jubilatoire de La fête est finie, titre trompeur d’un roman appelant au réveil des âmes assoupies, à la saine colère, au rire, au rêve et à la féérie qui nous permettent de ne pas désespérer jusqu’au bout. Que la fête commence !

Christian Authier 

La fête est finie  •  Denoël


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