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Opéra national du Capitole • Les Boréales de Rameau

by Bruno del Puerto

Une seule représentation pour cette ultime tragédie en musique en cinq actes de Jean-Philippe Rameau, donnée en version de concert, le mercredi 27 mai, 20h. Reinoud van Mechelen est à la direction musicale et chante Abaris. Il est avec ses musiciens de l’Ensemble a nocte temporis qu’il a fondé en 2016, et le Chœur de chambre de Namur.

Reinoud Van Mechelen © Senne Van Der Ven
Reinoud Van Mechelen © Senne Van Der Ven

La version donnée est dite de palais, et non celle de l’Académie royale, qui exigerait un orchestre beaucoup plus important. C’est un effectif historiquement attesté, avec un chœur relativement réduit. Tout cela en rapport avec l’écrin que constitue le Théâtre du Capitole.

Abaris ou Les Boréades, l’ultime opéra de Jean-Philippe Rameau, a depuis très longtemps été daté de 1764, d’après une note attribuée à un certain Decroix portant sur la feuille de garde d’une partition d’orchestre manuscrite, conservée à la Bibliothèque nationale : « Cette tragédie est le dernier ouvrage de musique de Rameau. L’Académie royale de musique en allait faire la répétition, lorsque l’auteur mourut en septembre 1764. La représentation n’eut pas lieu. Le poème et la musique n’ont pas été gravés, ni imprimés. L’auteur du poème est inconnu. »En réalité, il y eut des répétitions avant la disparition du compositeur, et ce n’est donc pas pour cette raison qu’il y eut interruption.

Quant au livret, même s’il n’est pas signé, de nombreux spécialistes depuis la fin du 18ème siècle l’attribuent avec quasi-certitude à Louis de Cahusac, librettiste de nombreuses œuvres de Rameau mais décédé en 1759. Sa dernière collaboration officielle avec le compositeur date de 1755 (Zoroastre), et il aurait tout à fait en quatre ans pu écrire le livret des Boréades dans lequel sa plume est très reconnaissable.

Reinoud Van Mechelen et son Ensemble
Reinoud Van Mechelen et son Ensemble

Autres facteurs soulevés pour expliquer cette disparition : L’esprit subversif du livret prérévolutionnaire dénonçant les abus de pouvoir des puissants, et clairement inspiré par la philosophie des Lumières, attribué à Louis de Cahusac ; aussi l’incendie du Palais-Royal, et la censure royale avec l’hostilité de Mme de Pompadour. « Le bien suprême, c’est la liberté ! » proclame une Nymphe. Pas de quoi réjouir la Cour ! La mort de Rameau, atteint de fièvre putride le 12 septembre 1764 mit fin brutalement à la création. Il faudra attendre deux cent quarante ans ans avant de voir la création à l’Opéra de Paris.

Quoiqu’il en soit, Rameau a composé là une musique qui surprend et enchante. Ce qui compte le plus ici, c’est donc la musique et le chant, ce chant aux voix déclamées et ornementées « à la française », avec ses fulgurances qui se mêlent à celles instrumentales.

On remarquera que les phénomènes atmosphériques, grande spécialité du compositeur, sont à l’honneur dans Les Boréades puisque nous aurons droit à une tempête parmi les plus fracassantes et surtout, la plus longue jamais déclenchée par le Dijonnais. De plus, signalons que cet opéra a pour héros le dieu du vent et ses descendants. Quant au chœur, commentant l’action, il est omniprésent activement et puissamment.

Pierre Jéliote Haute Contre Du Temps De Rameau
Pierre Jéliote Haute-contre du temps de Rameau

Le livret des Boréades est reconnaissons-le des plus minces mais, peu importe :  l’histoire se passe dans la Bactriane ancienne, royaume que gouverne une Reine, Alphise – la soprano belge Gwendoline Blondeel –  que la tradition oblige à épouser un descendant de Borée, dieu du Vent du Nord. Elle n’aime aucun des deux prétendants attitrés, Calisis et Borilée, Robert Getchell et Philippe Estèphe. Pourtant, ils s’emploient à la tâche. Alphise avoue à sa confidente Sémire – Lore Binon – aimer un vaillant aventurier, Abaris – le haute-contre Reinoud van Mechelen – de père et de mère inconnus, qui a été élevé par le grand prêtre d’Apollon – Tomás Král. Comme elle ne peut l’épouser et garder le trône, elle décide d’abdiquer.

Dieu Borée DeStuart James Revert Nicholas
Dieu Borée deStuart James Revert Nicholas (1762)

Borée – Lisandro Abadie – qui ne veut point de ce subterfuge, manifeste son ire par les moyens bien éprouvés d’orages, tonnerres, et tremblements de terre. La muse Polymnie – Lore Binon – escortée de Muses et Zéphyrs et soutenue finalement par Apollon en personne, intervient en faveur d’Abaris dont la résistance est renforcée par la possession d’une flèche enchantée donnée par l’Amour à Alphise et par elle à lui-même ! Son triomphe est décidé par la révélation de sa naissance par Apollon lui-même : il est en effet le fruit de ses propres amours avec une nymphe, ça tombe bien, fille de Borée. Il peut donc régner en Bactriane et tout le monde est satisfait sauf les autres prétendants boréades qui ont joué bien leurs rôles dans les troubles fomentés. De ce concentré découle en fait une profession de foi en la capacité au bonheur des humains.

Tout est bien qui finit bien.

Michel Grialou

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