« Que voulons-nous ? Tout pour le public. » Christophe Ghristi

Nous nous occuperons des rubriques Ballets Concerts, Récitals et Jeune Public et Hors les murs sur l’article prochain. Dans celui-ci, seuls les opéras sont concernés. D’entrée, nous nous devons de rappeler qu’accompagnent chaque titre d’ouvrage, diverses rubriques qui vous sollicitent et qui vous étonneront par tout l’intérêt de leur contenu soit : Autour de l’œuvre avec Journée d’étude, Préludes, Conférence, Atelier d’écoute, Rencontre, Mon métier à l’opéra, suivant les titres. Ceci est bien sûr en relation directe avec la mission de la maison Opéra du Capitole au cœur de Toulouse et de sa métropole, véhicule d’excellence, d’ouverture et de partage mais encore de rayonnement afin que le talent de notre scène lyrique mais aussi chorégraphique soit saluée en France d’abord et tout autant hors de nos frontières.

Soit saluée aussi cette saison intensément audacieuse, de par sa programmation et la diversité de ses propositions artistiques. Pour cela, il faut un public fidèle, mélomane et curieux, rajeuni, dont la confiance ne saurait être déçue. Cette confiance, le Théâtre l’a et les responsables le savent et comptent bien continuer à tout faire pour la conserver. La saison actuelle où les représentations affichant complet sont florès, nous le prouvent encore.
Bien sûr, tout tourne autour des opéras qui sont, cette saison encore, au nombre de sept avec mise en scène, auxquels se rajoutent les deux en version concert, Médée de Marc-Antoine Charpentier et King Arthur de Henry Purcell.
La politique des Abonnements, plus souple, devrait vous combler. Ça se bûche !

L’ouverture de saison se fait avec une reprise de Rusalka, conte lyrique en trois actes d’Anton Dvorak dans la production spectaculaire et triomphale de Stefano Poda, illustration parfaite des forces vives et invisibles de la maison Capitole car est grandement sollicité tout le talent des techniciens de plateau, éclairagistes, accessoiristes et autres agents agissant en coulisses, régisseurs. Un spectacle réussi sur le plateau ne peut l’être sans eux. La direction musicale est assurée par Giacomo Sagripanti, déjà eu au Théâtre pour Nabucco mais aussi Lucrèce Borgia. La distribution vocale est…fracassante ! La première est le mardi 22 septembre.

En écrivant Peter Grimes, Benjamin Britten a voulu exprimer les rigueurs de la lutte perpétuelle menée par hommes et femmes totalement dépendants de la mer. George Crabbe, le poète des pauvres, n’aimait pas Peter Grimes, ni les pauvres d’ailleurs. Il nous conte son histoire dans les Pauvres – The Poor -, extrait du long poème Le Bourg –The Borough – . Et pourtant, il en fait le personnage le plus romantique du bourg. Il transforme le “vilain“ de son histoire en un villageois byronien. Ce sera le fond du scénario de l’opéra, l’argument tiré donc d’un modèle vivant.
L’écriture de l’ouvrage présente une originalité avec des interludes orchestraux qui forment des introductions aux différents actes ou des transitions entre certaines scènes. Grâce à eux il n’y a pas de temps mort entre les différentes scènes, chaque acte restant alors une page de musique d’un seul tenant. Ces pages symphoniques de toute beauté seront dirigées par Frank Beermann, chef que l’on ne présente plus ici, au Théâtre, à la tête des musiciens de l’Orchestre national du Capitole mais aussi des membres du Chœur du Capitole placés sous l’autorité de leur Chef de Chœur Gabriel Bourgoin. Le rôle, écrasant de Peter Grimes est tenu par le ténor Nikolai Schukoff, habitué de la scène capitoline depuis son Pedro dans Tiefland. Tandis que Ellen Ford, la maîtresse d’école est assurée par Yolanda Auyanet, prodigieuse Abigaille dans le Nabucco il y a deux ans. Vivement le vendredi20 novembre. La mise en scène est de David Alden.

Vous irez à la rencontre de Richard Wagner avec son opéra Lohengrin de 1850. Ce sera à partir du jeudi 28 janvier2027. Une mise en scène de Michel Fau et son équipe qui vient après celle du Vaisseau fantôme de la saison passée, chaleureusement applaudie. À la direction musicale, Michele Spotti aborde Wagner au Capitole après ses triomphes dans Verdi (La Traviata), Mozart (Idomeneo), Rossini (La Cenerentola). Le public l’apprécie fort. Quant à la distribution vocale, aucun souci et plusieurs sur le plateau chanteront Wagner pour une première fois.
Le ténor Airam Hernandez, un habitué de la Maison aborde Lohengrin. C’est le troisième héros auquel Wagner s’identifie, un héros qui vient de l’Au-Delà, comme l’artiste. Et comme l’artiste, il ne sera, ni cru, ni obéi. Une princesse de toute blancheur, Elsa, la soprano Chiara Isotton, la magnifique Marguerite du Mefistofele il y a peu, Elsa donc est régente en Brabant pour son jeune frère Gottfried qu’Ortrud, la mezzo Sophie Koch, héritière des vieux rois païens, a fait disparaître par ses maléfices. Et Elsa est accusée et personne de téméraire pour la défendre. Pourtant, elle l’a vu en rêve, venu du Ciel pour la sauver. Et le voici en effet, le chevalier aux armes d’argent dans sa nacelle tirée par un cygne. Il défait au jugement de Dieu, Telramund, l’époux d’Ortrud, chanté par Tommi Hakala. Lohengrin épousera Elsa innocentée mais, celle-ci doit respecter son secret, ne jamais lui demander son nom, ni d’où il vient…… Seulement cinq représentations.

Le Barbier de Séville, c’est à partir du dimanche 28 février 2027. À la direction musicale, Alfonso Todisco et dans l’étourdissante mise en scène de Josef Ernst Köpplinger. À ce sujet, sommes-nous à Séville, ou ailleurs ? peu importe. Il a décidé de ne laisser aucun instant en interrogation. Vos yeux seront sans arrêt sollicités avec peut-être même, des moments où l’on pourrait demander : Grâce !! Vous ne serez pas obligés non plus de partager les goûts de Johannes Leiacker pour certains motifs de papier peint, ni obligé de vous questionner sur celui choisi. Les bouchées sont triple dans un foisonnement assuré d’idées exploitées sur le plateau. Ceci dit, le tourbillon musical rossinien est au rendez-vous et le chant aussi.
Pour un tel célébrissime melodramma buffo en deux actes, il faudra bien deux distributions et neuf représentations pour contenter un public toujours aussi avide de ce chef d’œuvre du “grand panda fainéant“, le dénommé Gioacchino Rossini. Compositeur majeur, à la fois populaire et énigmatique, plutôt excentrique et éclectique dans l’écriture, né un …29 ! février 1792, il écrit son premier opéra à l’âge de dix-neuf ans, débutant alors une fulgurante carrière de faiseur d’opéra, qu’il arrête net à trente-sept ans laissant une trentaine d’ouvrages lyriques entre opéra seria et opéra buffa.

Le vendredi 23 avril 2027, le Théâtre du Capitole créera l’Événement avec l’arrivée sur sa scène, pour la première fois, du seul opéra écrit par son compositeur Ernest Chausson, à savoir Le Roi Arthus. La gestation du chef-d’œuvre l’occupa près de dix années et il meurt avant sa création en 1903. Comme Wagner dont il est grand admirateur, il écrit la musique et le livret. Nous sommes au temps des Chevaliers de la Table Ronde et Lancelot est amoureux fou de Guenièvre, l’épouse du roi Arthus. Et leur liaison va être découverte. Mais fidélité et honneur domineront la passion. Stéphane Degout a dit oui à cette prise de rôle événementielle tout comme Magnus Bror Todenes à celle de Lancelot, après avoir sauvé dans un tout récent Lucia, Edgardo du naufrage. La soprano dramatique Catherine Hunold est dans l’aventure avec Guenièvre. La mise en scène est entre les mains d’Aurélien Bory et la direction musicale, c’est pour Victorien Vanoosten déjà rencontré dans Les Pêcheurs de perles et rubrique Ballets.

Il faudra patienter jusqu’au mercredi 19 mai 2027 pour savourer à nouveau au Théâtre le dernier opéra de Monteverdi soit, Le Couronnement de Poppée ou L’Incoronazione di Poppea, à la fois aboutissement grandiose et un renouveau artistique dans la succession des styles des débuts de l’opéra italien. Il est représenté pour la première fois en 1642 à Venise avec un ensemble conséquent de musiciens nécessaire à la production d’un succès. Au Capitole, ce sera avec les musiciens de I Gemelli sous la direction d’Emiliano Gonzalez Toro dans une mise en scène de Mathilde Étienne.
C’est le premier opéra dont l’intrigue se fonde sur un fait historique, grande nouveauté, et non plus sur un matériau mythologique. Le librettiste de Monteverdi, Giovanni Busenello crée en interprétant librement ces faits de l’histoire romaine, une intrigue portée à un apogée critique avec des personnages remarquablement réalistes dont tous les principaux se distinguent par des traits négatifs. Sans doute, le premier grand livret de l’histoire de l’opéra. Néron, le tyran brutal – Maximiliano Danta – fait disparaitre son mentor Sénèque – Adrien Mathonat (il fut Masetto ou le Commandeur dans Don Giovanni en novembre) –. Il répudie sa femme Octavie – Victoire Bunel, – pour vivre sans entrave son amour passionné pour Poppée – Adèle Charvet. Son mari Ottone – William Shelton – essaie d’oublier la perte de son épouse, dans les bras de son ancienne maîtresse, Drusilla – Marie Perbost ………Et ça continue dans une distribution vocale qui se révèle réjouissante. Vous serez aussi ravi de reconnaître presque tous les intervenants.

Mais, notre Directeur artistique a le goût du risque et n’hésite pas à programmer ensemble deux Médée ! D’abord, l’une en version concert pour une seule représentation de cet opéra à chœurs, le samedi 26 septembre à 19h 30, celui de Marc-Antoine Charpentier, créée en 1693. Une tragédie lyrique en cinq actes et un Prologue, d’une écriture musicale d’une richesse, d’une complexité extraordinaire, parfaitement répertoriée. Magicienne, elle l’est. Magicienne et meurtrière. Pas de quoi gagner la sympathie des foules. Pour être un mythe, il lui manquera la vertu principale :la puissance de sympathie. Dans le livret du frère cadet de Pierre Corneille, Thomas, elle est trahie par Jason, le père de ses enfants. Et quand dans l’acte III elle sait enfin à quoi s’en tenir, elle peut donc et se doit d’être barbare. La machinerie de la vengeance est enclenchée. Et là, il faut plus qu’un chanteur, il faut un acteur, surtout dans l’acte V. Qui de mieux qu’une Marie-Nicole Lemieux pour un tel rôle ? Jason, c’est Petr Nekoranec, ténor présent dans l’Arbace d’Idoménée. Stéphane Fuget dirige le Chœur de Chambre de Namur et l’Ensemble les Épopées.

Quant à l’autre Médée de Luigi Cherubini, ce sera à partir du vendredi 18 juin 2027. L’ouvrage en trois actes fut créé en 1797 et en italien en 1909. Il est dirigé par Dayner Tafur-Diaz dans une mise en scène, décors et costumes de Yannis Kokkos. Renonçant au charme de la mélodie, tout le spectre de la déclamation y est essayé et épuisé avec une virtuosité et une diversité admirables. Cherubini convoque tous les accents de la fureur, de l’insinuation au cri, de la flatterie à l’imprécation. L’ouvrage en son entier est un grand crescendo. Après Norma, Karine Deshayes est Médée et Jason voit le retour sur la scène capitoline d’un certain Roberto Alagna ! Oui, vous avez bien lu. La suite de la distribution est du meilleur effet.

Ce chapitre se clôture avec le semi-opéra en cinq actes que constitue King Arthur d’Henry Purcell. Tout le faste baroque musical est au rendez-vous le mercredi 25 novembre sous la direction d’Hervé Niquet et son Concert Spirituel. Ouvrage précédé par la fameuse Musique pour les funérailles de la reine Mary de 1695. Chants en anglais et surtitres en français.
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