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Heures sauvages de Marie Petitcuénot

by Bruno del Puerto

Marie Petitcuénot publie Heures sauvages aux éditions Héloïse d’Ormesson. Le récit qui suit une performance extrême de Marina Abramović.

Marie Petitcuénot © Philippe Matsas

Andrea vient d’ouvrir une galerie d’art à Naples. Il peut enfin exprimer sa passion et mettre en avant l’art qu’il affectionne. Aussitôt, il pense à cette artiste qui le fascine depuis qu’il l’a vue à Belgrade. Marina Abramović. La puissance de la femme. La force de l’artiste. Elle a déjà présenté des performances qui ont percuté le monde de l’art. Qui le questionnent. Et le provoquent. Car Marina fait de son corps une matière qui interroge l’oppression. Elle pousse les limites toujours plus loin. Pas pour choquer, mais pour percuter le spectateur. Le rendre acteur. Andrea propose à Marina de présenter une pièce dans sa galerie. Elle accepte. Ce sera un tournant pour les deux.

Sonder l’âme humaine

La performance s’appellera Rhythm 0. Une mise en scène simple, en apparence, mais où chaque seconde peut devenir ultime. Marina Abramović se présentera devant 40 personnes. Personne ne pourra quitter la salle. Pendant six heures. L’artiste restera immobile durant toute cette période. Elle ne pourra pas interagir avec le public, ni s’exprimer. Une poupée de chair et d’os. Devant elle, une table avec 40 objets. Et pour seule consigne, un écriteau qui annonce que chaque participant peut faire ce qu’il veut d’elle, se servir de tous les objets présents, et qu’elle prend la responsabilité de ses actes.

D’abord l’incrédulité devant une telle proposition. Les participants restent à l’écart, tournent autour de l’artiste sans comprendre. Il s’agit d’une erreur. Une blague. Elle va finir par bouger. Mais une heure plus tard, elle n’a toujours pas fait le moindre mouvement. Alors les plus hardis approchent. Des gestes normaux. Ordinaires. Tendres parfois. Son inertie intrigue, questionne, agace. Alors un homme la blesse au cou, boit son sang. Toujours pas de réaction, si ce n’est les larmes sur le visage immobile. Au fil des heures, cette performance va questionner la bestialité des inconnus. Cette frontière si facilement piétinée. Jusqu’où peut aller la violence et la désinhibition face à une liberté totale ?

Marie Petitcuénot signe un roman puissant et audacieux. Car il n’est pas facile de mettre en mots une performance artistique qui existe d’abord par le corps, les gestes et les silences. Pourtant, l’exercice est pleinement réussi. Le lecteur perçoit les souffles. Les silences. Les tensions. Une palette de sensations qui oscillent sans arrêt et dont les nuances sont parfaitement maîtrisées. Mais au-delà de la performance, c’est l’être humain que l’autrice observe. Ses pulsions. Sa violence. Sa fascination aussi. Et cette étrange facilité avec laquelle les limites peuvent disparaître lorsqu’il n’y a plus de règles. Un texte hypnotique qui donne à voir autrement l’expérience de Marina Abramović et qui prolonge, avec force, le vertige de cette œuvre hors norme.

Sylvie Vaz

Heures sauvages  •  Éditions Héloïse d’Ormesson

Littérature

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