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La dolce vista de Claude Nori

by Bruno del Puerto

Claude Nori conjugue à nouveau son amour des femmes et de l’Italie avec son très beau livre « La dolce vista ». Le photographe et éditeur toulousain s’y montre plus jamais attaché aux moments tendres de l’existence, dans un « état de grâce » que partage le lecteur.

Sophie et Rafaelle, Lardenne, 1982. Photo Claude Nori

Auteur et éditeur de nombreux livres de photographie depuis 1975, Claude Nori, 77 ans, se retourne à nouveau sur son passé avec un superbe ouvrage, « La dolce vista ». Le titre est évidemment un clin d’œil au fameux film de Federico Fellini sorti en 1960. La dernière scène de « La dolce vita », « l’une des plus belles du cinéma par sa poésie, sa beauté et son désespoir », a profondément marqué le jeune garçon qu’était alors Claude Nori. On y voit Marcello Mastroianni éméché, agenouillé au petit matin sur une plage. Il tourne le dos à Paola, une jolie serveuse.

« Entre le romantisme de Truffaut et un lyrisme typiquement italien »

« Cette image en noir et blanc, portrait d’une jeune femme en robe dans un paysage balnéaire du nord de l’Italie, semblant attendre un signe du destin, fut à l’origine de mon travail photographique », écrit l’artiste en introduction de son livre. Et c’est ainsi, dans son univers à lui, que des demoiselles prennent le soleil, coiffent leurs longs cheveux gorgés de sel, placent leur tête sur le cœur de leur amoureux, rient aux éclats et filent sur leur Vespa. Du pur Nori, dont le regard « ému et doux » (dixit l’intéressé) se situe, résume-t-il, « entre le romantisme à la française de François Truffaut et un lyrisme typiquement italien ».

Gino et Franc, Paris, 1991. Photo Claude Nori

En 2011, une exposition sur le « Flirt amoureux » au Château d’Eau, à Toulouse, donnait sa juste place au photographe installé de longue date à Biarritz. Un an plus tard, à Paris, une rétrospective était organisée à la prestigieuse Maison européenne de la photographie, doublé d’un ouvrage très soigné, « Les désirs sont déjà des souvenirs », à la sensuelle couverture toilée jaune et rouge. Depuis, Claude Nori a beaucoup publié et réédité :  Jeanloup Sieff, Mario Giacomelli, Luigi Ghirri – autant d’amis disparus.

D’un jardin de Lardenne à la route d’Ancone

Avec « La dolce vista » le photographe s’offre un joli cadeau – et à sa femme Isabelle aussi, présente sur la couverture et 7 fois au fil d’un livre dont elle a assuré la conception graphique. Cette délicate histoire (les filles Nori sont aussi au générique) est certes intime mais touchera les lecteurs bien au-delà du cercle familial.

Isabelle, Nice, 1997. Photo Claude Nori

On y retrouve quelques images iconiques comme cette gamine blonde sur une balançoire, dans un jardin de Lardenne, avec sa copine brune en arrière-plan (1982) ; une voiture filant dans la nuit, entre mer et montagne, sur la route d’Ancone (1987) ou la notte selon Nougaro dans les brumes du Pont-Neuf (1992). « ô Toulouse » nous chante à sa manière Claude Nori, l’enfant du pays, dont les parents italiens tenaient une épicerie…

« Le sentiment amoureux fut le principal sujet de mes livres »

La sélection de 2026 laisse une belle place à des images moins connues. A Capri, une larme roule sur le visage arrondi d’une jeune fille (1985) ; au musée Rodin, à Paris, la main sensuelle d’une statue caresse une cuisse (1987) ; au Portugal, Isabelle court vers la mer dans un subtil dégradé de gris (1995) …

Rimini, 1983. Photo Claude Nori

« Le sentiment amoureux, avec sa vivacité et ses tourments, fut le principal sujet de mes livres, confie encore Claude Nori. La photographie m’a permis de présenter cet état de grâce, de rêver un peu ma vie, mais surtout de capter ces moments de bonheur intense ou de fortes émotions. »
Moments que l’on partage volontiers, loin des douleurs du monde qui donnent envie de hurler.

Livre « La dolce vista », de Claude Nori (éditions Contrejour, 172 pages, 45 euros). Exposition jusqu’au 30 octobre à la galerie Polka, à Paris.

Jean-Marc Le Scouarnec 

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