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Un atelier à New York de Seth Greenland

by Bruno del Puerto

New York, mai 1951, Sasha Cross, vingt ans et des poussières, débarque à New York et rêve de devenir artiste peintre. Sur les murs de son appartement miteux de la 89ème rue, elle a affiché des reproductions de tableaux de O’Keefe et de Kooning. La jeune femme ne connaît personne dans la capitale mondiale de l’art contemporain – sinon sa colocatrice June – mais au gré de petits boulots et d’audace Sasha commence à rencontrer des personnes importantes. Peintre reconnue, Grace Hartigan se lie d’amitié avec elle. Quant à Leo Dunbar, influent critique, capable de lancer une carrière ou de défaire une réputation, il ne va pas rester insensible au charme de Sasha tout en l’aidant à s’affirmer et à trouver sa voie.

Seth Greenland © Julien Falsimagne /Leextra/Éditions Liana Levi

Le nouveau roman de Seth Greenland séduit d’abord par sa reconstitution nerveuse, vivante, électrique, d’une époque et d’un milieu. Les Etats-Unis sont en guerre en Corée, les époux Rosenberg viennent d’être condamnés à mort pour espionnage au profit de l’URSS, le sénateur McCarthy traque les communistes réels ou supposés. Pendant ce temps, galeristes, collectionneurs, journalistes, peintres ou apprentis-artistes s’agitent. Jackson Pollock, constamment imbibé de whisky, et Max Ernst passent par là. Picasso participe-t-il à « la marchandisation de l’art », comme le déplore Dunbar ? Ce dernier n’échappe pas à quelques jugements acerbes : « Il écrit sur des choses qu’aucun mot ne peut décrire et s’adresse à des gens qui n’ont aucune idée de ce que les artistes essaient d’accomplir. »

Naissance d’une artiste

On suit l’entrée de Sasha, à la fois idéaliste et lucide, dans « un monde illicite, fécond, flamboyant », « atrocement compétitif » et « comparable à un combat d’animaux ». La jalousie, l’ambition, les rancœurs ont leur mot à dire dans Un atelier à New York. Des dialogues et répliques au curare apportent ce qu’il faut de cruauté. Difficile de ne pas songer au film Eve de Joseph L. Mankiewicz (auquel il est fait allusion dans le livre) avec ce récit d’une ascension où les maîtres et les pygmalions se dressent, pour le meilleur ou pour le pire, devant Sasha.

L’auteur de Mécanique de la chute nous montre une artiste en construction cherchant son style, son univers, afin d’atteindre un geste qui « transforme l’intime et le domestique en sauvagerie pure ». Nulle théorie dans Un atelier à New York, roman d’apprentissage plein d’exaltation et de désenchantement, mais une certaine idée de la création : « Sasha se dit que l’art n’a rien à voir avec la pureté ou le progrès, qu’il n’est qu’une marque laissée par un corps qui ne veut pas qu’on l’oublie, que la peinture n’est que boue, sang et souffle, qu’elle ne croit ni aux mouvements ni aux manifestes, qu’aux gestes de la main, aux hésitations, à la destruction et aux accidents desquels jaillit la vérité. »

Christian Authier 

Un atelier à New York  •  Éditions Liana Levi

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