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Soirées des Cinémas Européens

by Bruno del Puerto

Cinémas européens d’aujourd’hui

Du 6 au 8 novembre se dérouleront à Toulouse les Soirées des cinémas européens avec les projections de cinq films parmi lesquels, en avant-première, Fatherland de Pawel Pawlikowski.

Fatherland – Sandra Hüller et Hanns Zischler © Pathé

Non, il n’y a pas qu’Hollywood, les blockbusters et les aventures des superhéros déclinées à l’infini dans le cinéma d’aujourd’hui. En dépit des vicissitudes, des mutations de l’industrie et de l’économie du septième art, des périodes de crises, les cinématographies d’Europe ont tenu bon. On songe aux œuvres venues de Grande-Bretagne, d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, des pays de l’Est ou du Nord de l’Europe et bien sûr de France. La preuve encore avec les Soirées des cinémas européens qui témoignent de la variété et de la richesse des productions du vieux continent.

Organisée par les membres du réseau EUNIC (European Union National Institutes for Culture), qui rassemble à Toulouse l’Alliance Française, le Goethe-Institut, l’Instituto Cervantes et la Società Dante Alighieri, ainsi que par l’association Les Jeunes Européens Toulouse (JET), en collaboration avec les cinémas Le Cratère et l’ABC, la manifestation proposera cinq longs métrages du vendredi 6 au dimanche 8 novembre.



L’Allemagne d’hier à aujourd’hui

L’événement de ce mini-festival sera la projection en avant-première (vendredi 6 novembre à 20h à l’ABC) de Fatherland de Pawel Pawlikowski. On ne pouvait trouver mieux que cette coproduction germano-italo-franco-polonaise pour illustrer l’esprit et l’intention de la manifestation. Présenté au dernier Festival de Cannes, où il a remporté le prix de la mise en scène (récompense déjà obtenue en 2018 avec Cold War), le nouveau film du cinéaste polonais, lauréat de l’Oscar du meilleur film étranger pour Ida en 2015, met en scène Thomas Mann de retour en Allemagne, en 1949, seize ans après son exil provoqué par l’arrivée des nazis au pouvoir. Le prix Nobel de littérature (interprété par Hanns Zischler) et sa fille Erika, actrice, écrivaine et pilote de rallye, vont à bord de leur voiture de Francfort, contrôlée par les Américains, à Weimar, aux mains des Soviétiques, à travers un pays en ruines. A noter que la projection de Fatherland sera organisée en coopération avec l’association Apolina et le festival du film polonais Kinopolska.

On reste en Allemagne, mais après la guerre froide, avec un autre « road movie », Home Stories d’Eva Trobisch (dimanche 8 novembre à 17h au Cratère), sorti en France en juillet 2026, qui entraîne le spectateur aux côtés d’une famille de Thuringe, région de l’ex-Allemagne de l’Est, accompagnant Léa, âgée de seize ans, qui doit participer à une émission de télécrochet à Munich. Drame familial, récit initiatique, réflexion sur l’identité, le film mêle l’intime et le collectif sur les pas d’un passé qui ne passe pas.

Home Stories – Ida Fischer et Frida Hornemann © The Match Factory

Crises de foi et foie

La jeune héroïne des Dimanches d’Alauda Ruiz de Azúa (samedi 7 novembre à 17h au Cratère) a une autre vocation que celle d’Eva Trobisch. Ainara, dix-sept ans, orpheline de mère, élève dans une institution religieuse de Bilbao, souhaite entrer au couvent. Cet appel du divin, au détriment des études et d’un avenir programmé, va semer quelques troubles auprès de ses proches. Sans manichéisme et avec beaucoup de délicatesse, Les Dimanches, porté par l’interprétation lumineuse de Blanca Soroa et salué par la critique lors de sa sortie en salles en février dernier, montre les doutes et le désarroi d’une famille confrontée à un choix qui lui échappe. Au passage, la cinéaste basque s’impose comme un nouveau talent au pays de Rodrigo Sorogoyen et Alberto Rodriguez.

Les Dimanches © Le Pacte

En Italie aussi, de jeunes cinéastes ont surgi ces dernières années à l’instar de Francesco Sassai dont le public français a pu découvrir le premier long-métrage en avril 2026. Le Dernier pour la route (dimanche 8 novembre à 17h au Cratère) raconte la dérive de deux quinquagénaires qui s’offrent une tournée des bars en prenant la route pour Venise. Là-bas, ils rencontrent un étudiant timide qu’ils entraînent dans leur sillage. Difficile de ne pas songer au Fanfaron, le chef-d’œuvre de Dino Risi réalisé en 1962 à la vision de ce Dernier pour la route. Une Jaguar a remplacé la Lancia Aurelia de Vittorio Gassman, mais l’essence reste la même dans le moteur : de la comédie, de la mélancolie, ce qu’il faut de nostalgie. Comme leur jeune partenaire, on a envie de suivre les deux lascars au bout de la nuit et de l’ivresse. Ils ont une idée bien arrêtée : le dernier verre ne rend pas ivre. A voir pour vérifier.

Le dernier pour la route © New Story

Les Soirées des cinémas européens permettront également de découvrir un film français, Zion de Nelson Foix (le dimanche 8 novembre à 20h au Cratère), passé injustement inaperçu lors de sa sortie en février 2025. Avec son premier film, le jeune réalisateur né Guadeloupe a posé sa caméra sur sa terre natale. Tourné en créole avec des interprètes antillais, ce polar met en scène Chris, vingt-six ans, qui va lâcher les petits deals dont il vivote pour une affaire plus importante et par là même plus dangereuse. Mais la découverte d’un bébé sur le pas de sa porte lui pose un autre défi. Nerveux et tendu, Zion nous rappelle que l’Europe est présente jusqu’aux Caraïbes et que son cinéma n’a pas de frontières.

Zion – Philippe Calodat et Sloan Decombes © Kissfilms

Christian Authier


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