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Orchestre national du Capitole • Eva Ollikainen (direction)

by Bruno del Puerto

C’est pour le vendredi 6 novembre à la Halle à 20h. Les musiciens de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse sont dirigés par la cheffe finlandaise Eva Ollikainen, d’abord dans le monument que constitue le Concerto pour piano et orchestre n° 2 de Brahms avec, à la tâche, la pianiste italienne Beatrice Rana puis, le Concerto pour orchestre de Witold Lutoslawski où chaque pupitre devient à son tour soliste.

Eva Ollikainen © Nikolaj Lund

Ancienne élève de Leif Segerstam et de Jorma Panula à l’Académie Sibelius d’Helsinki, Eva Ollikainen a remporté le Concours de direction d’orchestre Jorma Panula à l’âge de 21 ans. Elle est l’un des principaux chefs d’orchestre de notre époque. Depuis 2020, elle est chef d’orchestre et directrice artistique de l’Orchestre symphonique d’Islande. Sa présence naturelle sur scène, son port élégant et expressif, et sa musicalité contagieuse sont des atouts évidents.

Au cours de la saison 2024/2025, Eva Ollikainen aura fait des débuts importants avec nombre de formations orchestrales de renom en Europe, poursuivant ses débuts aussi dans la fosse de certaines salles lyriques.

Curieuse de musique contemporaine, Eva Ollikainen a interprété un vaste répertoire avec l’Orchestre symphonique d’Islande et est connue pour avoir défendu la musique de la compositrice islandaise Anna Thorvaldsdottir, avec laquelle elle entretient un partenariat artistique étroit.

« Beatrice Rana possède une technique féroce, tout en se distinguant par son intelligence musicale. » écrit le New York Times. Tout est dit. Une carrière magnifique en tant que pianiste mais aussi un art de vivre qui la voit viscéralement attachée à sa terre natale, les Pouilles. Depuis sa venue dans le cadre de Piano aux Jacobins, le public toulousain souhaitait son retour.

Beatrice Rana © DR

Concerto pour piano et orchestre n°2, si bémol majeur

I.   Allegro non troppo
II.  Allegro appassionato
III.  Andante
IV.  Allegretto grazioso

Durée totale, environ 45 minutes

A propos de ce concerto. S’il ne fut terminé lui aussi que trois ans après les esquisses datées de 1878, ce n’est pas à cause d’un accouchement difficile comme pour le premier concerto, mais pour des raisons parfaitement pragmatiques, Brahms accordant alors la priorité à son concerto pour violon. « Je tiens à vous raconter que je viens de composer un tout petit concerto pour piano avec un tout petit scherzo plein de tendresse. Il est en si bémol », écrivait Johannes Brahms à son amie Elizabeth von Herzogenberg en 1881. Pour sûr, l’œuvre est en quatre mouvements et d’une durée d’environ…45 minutes, en sachant que suivant les interprétations disponibles, cela peut varier de la plus rapide en même pas 40 minutes à près de 55 pour la plus lente! Une durée totale bien loin de correspondre alors à la règle en vigueur pour un concerto, et nombreux furent ceux qui le trouvèrent tout bonnement « trop long ». Jusqu’à lui conseiller de supprimer le fameux « petit scherzo ». Qui n’est autre que le deuxième mouvement, un Allegro appassionato, un grand morceau tumultueux et fantastique qui constitue peut-être l’épisode le plus purement brahmsien, le plus nordique de tout le concerto, des pages d’une force et d’une vitalité monumentales.

Johannes Brahms à la cinquantaine triomphante

« On n’imagine pas le combat qu’un soliste livre dans ce concerto en si bémol majeur, avec l’œuvre, avec l’instrument, avec son propre corps. Sur le plan de la construction et de la technique pianistique ( très orchestrale, complexe mais peu spectaculaire à l’écoute), c’est sans doute le concerto le plus éprouvant au monde… » André Boucourechliev.

Hugo Wolf, sortant de la première viennoise s’exclamera : « Qui peut avaler ce concerto de bon appétit peut envisager sereinement la perspective d’une famine. » Mais l’avis de son ami chirurgien et mélomane Billroth comptait bien davantage qui lui déclara sur six pages : « Ce deuxième concerto est, par rapport au premier, ce qu’est l’homme en pleine maturité par rapport au jeune homme qu’il fut.… »

La création en première audition publique devait avoir lieu à Budapest le 9 décembre 1881, avec le compositeur au piano. A part quelques petites retouches faites auparavant en concert privé à Meiningen, l’œuvre fut créée telle que. Elle est de grande envergure tant au point de vue de l’inspiration que de la facture pianistique et symphonique. De tous les concertos de forme classique, l’opus 83 est un des plus grands et des plus difficiles. En quelques jours, il devait conquérir toutes les scènes allemandes. « Le soir de la Première, une scène de tumultueux enthousiasme se produisit quand l’exécution eut pris fin. Le public applaudit frénétiquement et poussa des cris d’admiration que l’orchestre renforça en une fanfare de trompettes et de tambours. » Mais la popularité de ce concerto dans lequel l’orchestre joue un rôle très important, s’étendit vite au-delà des frontières et, en dépit des difficultés techniques qu’il présente, il est par exemple en France, aussi souvent joué que le premier. Les deux font partie des plus grands et plus beaux concertos du répertoire.

Orchestre national du Capitole © Romain Alcaraz

Quant au Concerto pour orchestre, il arrive soixante-dix ans plus tard. Son compositeur, Witold Lutoslawski fut l’un des plus célèbres des compositeurs polonais courant XXè siècle. Né en 1913 à Varsovie (faisant alors partie de l’Empire russe), il y décède le 7 février 1994. Il ne fut pas un révolutionnaire mais il croyait encore aux pouvoirs de l’expression. Des premières œuvres qui l’ont fait connaître à l’Ouest, comme Jeux vénitiens en 1961, jusqu’à ses dernières partitions, il a exploité “l’aléatoire de la facture“. Ce n’était pas pour cultiver le geste ornemental, en un mot pour “faire moderne“ mais pour “restituer le plaisir de jouer la musique“. Au cours de ses quelques cinquante-cinq années de création, il fut un compositeur très sollicité, poursuivant avec toute rigueur et détermination, sa quête incessante d’une authentique perfection formelle et expressive, il a édifié un ensemble impressionnant d’œuvres magistrales au contenu émotionnel puissant qui sont autant de références majeures de la sensibilité de son temps.

Witold Lutoslawski © L Kowalski W Pniewski / Wikimedia

Après la première de sa Symphonie n° 3 créée en 1963, par le Symphonique de Chicago, et entendue ici même il y a moins d’un an, Lutoslawski a déclaré à un groupe de musicologues polonais : « Si l’on admet que la musique peut revêtir des significations extramusicales, son sens reste néanmoins ambigu. Or, l’homme possède une âme unique, et tout ce qu’il vit a nécessairement une influence sur lui. Si l’homme possède une psyché unique, alors le monde des sons, malgré son autonomie, demeure une fonction de cette psyché. Je me contenterai donc d’affirmer que si le dernier mouvement de la symphonie produit l’impression qu’il produit et tient l’auditeur en haleine, ce n’est certainement pas par hasard. J’avoue que je serais honoré de parvenir à exprimer quelque chose qui touche non seulement à mon expérience personnelle, mais aussi à celle d’autrui. »

Si on lui demandait laquelle de ses partitions il préférait, il répondait : « Chaque œuvre est pour moi le témoignage d’une déception. On ne peut pas avoir de préférence entre ses déceptions. » À méditer. Il fut toujours très proche de la culture et de la littérature françaises. « J’aime particulièrement le français chanté, surtout à cause de ses nasales qui me donnent un plaisir d’oreille, un plaisir purement sonore. » En 1971, il s’adressait en ces termes à de jeunes compositeurs américains : « Dans notre monde troublé et difficile où tant de choses divisent les hommes, nous nous sommes tous déclarés, par le choix de cette carrière, du côté de ce qui unit les hommes : la musique, qui, grâce à sa suggestion magique, est l’art des arts.

En attendant, c’est l’entrée au répertoire de cet opus donné pour une première audition, après quatre ans de travail, le 26 novembre 1954 à Varsovie par le “Philharmonique Narodowa“ sous la direction de Witold Rowicki, dédicataire. Si l’on dit Concerto pour orchestre, autant énoncer la composition de celui-ci. La partition requiert 3 flûtes (les 2e et 3e jouant également du piccolo), 3 hautbois (le 3e jouant également du cor anglais), 3 clarinettes (la 3e jouant également de la clarinette basse), 3 bassons (le 3e jouant également du contrebasson), 4 cors, 4 trompettes, 4 trombones, un tuba, des timbales, des percussions (xylophone, glockenspiel, cymbales, tam-tam, tambourin, caisse claire, trois tambours [grave, médium, aigu], tambour militaire, grosse caisse), un célesta, deux harpes, un piano et des cordes (premiers et seconds violons, altos, violoncelles et contrebasses). La durée du Concerto pour orchestre est d’environ 28 à 30 minutes.

L’œuvre est en trois mouvements. Le premier mouvement, Intrada : Allegro maestoso, débute avec force par une série de coups de tambour menaçants qui constituent le rythme de fond du premier thème – pour info, une idée inspirée d’une mélodie folklorique de la région de Mazovie, située dans le centre-nord-est de la Pologne. Thème d’abord exposé par les violoncelles, puis se propageant à l’ensemble de l’orchestre. Après une nouvelle explosion de violence, une présentation plus pastorale du thème principal conclut le premier mouvement en douceur.

Le second mouvement, plus vif et plus court, Capriccio notturno ed arioso : Vivace.

Le mouvement final, plus long que les deux autres réunis, est intitulé Passacaglia, Toccata e Corale : Andante con moto – Allegro giusto. Lutosławski y lance des défis à toutes les sections de l’orchestre avec des passages fulgurants d’une virtuosité exigeante. Puis, le rythme s’apaise, laissant place à la douce mélodie du choral. Une fois encore, le tempo s’accélère, devenant toujours plus rapide et énergique. Vers la fin, le choral fait une dernière apparition, accompagné d’une énergie débordante, menant à un point culminant saisissant.

Captivante découverte en perspective à la Halle avec cette partition encore jamais jouée à la Halle, me semble-t-il !.

Michel Grialou

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