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Chamber Orchestra of Europe • Sir Antonio Pappano (direction) / Alexandre Kantorow (piano)

by Bruno del Puerto

Pour son second concert de la saison, le Cycle Grands Interprètes de Toulouse reste sur des sommets. En effet, il accueille à la Halle, le jeudi 5 novembre à 20h, les musiciens du Chamber Orchestra of Europe dirigés par Sir Antonio Pappano, un chef couvert de lauriers, mais aussi Alexandre Kantorow, le charismatique pianiste au firmament. Il interprète un des monuments du concerto pour piano et orchestre, le n°1 de Johannes Brahms. La seconde partie du concert sera pour la Symphonie n°7 d’Antonin Dvorák. 

Sir Antonio Pappano © Musacchio & Ianniello

Au cours de sa brillante carrière, Sir Antonio Pappano a occupé nombre de postes prestigieux : depuis 2002, il est directeur musical du Royal Opera House de Londres et, depuis 2024, il est chef d’orchestre principal du London Symphony Orchestra. Auparavant, il a été directeur musical de l’Opéra national de Norvège à Oslo en 1990, puis, de 1991 à 2002, directeur musical du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles. Né à Londres en 1959 de parents italiens, il a étudié le piano, la composition et la direction d’orchestre aux États-Unis. Parmi les moments les plus marquants de sa carrière, on peut citer ses débuts au Staatsoper de Vienne en 1993, au Metropolitan Opera de New York en 1997 et au Festival de Bayreuth en 1999.
Sir Antonio Pappano a dirigé de nombreux orchestres parmi les plus prestigieux au monde et dont la liste serait trop longue à énumérer.

L’Orchestre de Chambre d’Europe est fondé en 1981. L’idée de créer cet orchestre émane de musiciens membres de l’Orchestre des jeunes de la communauté européenne (European Community Youth Orchestra) ayant dépassé la limite d’âge pour rester dans cette dernière formation et souhaitant continuer à travailler ensemble dans le contexte d’un orchestre de chambre. Il est composé d’une soixantaine de membres, venant de toute l’Europe et sélectionnés par les musiciens eux-mêmes. Tous poursuivent parallèlement leur propre carrière musicale, qu’ils soient solistes internationaux, chefs de pupitre au sein de divers orchestres nationaux, membres de groupes de musique de chambre ou professeurs dans des écoles de musique et des conservatoires. Les chefs les plus prestigieux le dirigent, comme ce concert avec Sir Antonio Pappano.

Chamber Orchestra of Europe ©Julia Wesely

Pourrait-il y avoir dans la région, un seul amateur de piano dit classique ignorant encore un certain Alexandre Kantorow ? C’est impossible. Présenter ici ce jeune bientôt trentenaire pianiste, si doué et si charismatique, c’est une boutade. La Halle ne peut qu’afficher complet. De plus, avec un programme pareil…

Alexandre Kantorow © Sasha Gusov

Quelques mots sur la Genèse du Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré mineur, op. 15

D’une durée de plus de quarante-cinq minutes, c’est un très long concerto en trois mouvements, Maestoso – Adagio – Rondo-allegro non troppo.

Son élaboration fut longue et difficile. Les circonstances qui l’ont vu naître mettent en lumière la persévérance et le constant souci de perfection si caractéristiques du Maître. Mais, en même temps, elles sont l’image d’un des traits dominants du caractère du jeune Brahms à savoir un réel manque d’aptitude à la décision. Ce qui va lui causer nombre de déboires dans sa vie professionnelle mais aussi affective. On en trouvera d’évidentes marques dans son œuvre.

En avril 1853, âgé de bientôt vingt ans, il quitte sa demeure et une famille éplorée pour participer à une tournée de concerts organisée par le violoniste Reményi. Un mois plus tard, les deux compères arrivent à la cour de Hanovre où le violoniste prodige Joseph Joachim âgé de vingt-deux ans est Konzertmeister. Ce fut une rencontre déterminante, décisive pour J. Brahms, une amitié immédiate et pour longtemps. Elle sera le point de départ d’une deuxième rencontre toute aussi déterminante quand J. Joachim conduira notre compositeur à Düsseldorf chez les Schumann. Ces quelques lignes écrites par Robert Schumann à J. Joachim résument l’impression faite : «  …on pourrait comparer Brahms à un magnifique fleuve qui, comme le Niagara, se montre dans toute sa beauté lorsqu’il tombe, en chute d’eau, des hauts rochers, au milieu de l’écume, portant sur ses vagues l’arc-en-ciel, tandis que les rayons jouent sur ses rêves et que les voix des rossignols l’accompagnent. Je crois que Johannes est le véritable apôtre qui, lui aussi, écrira une Apocalypse, que de multiples pharisiens, pendant de longs siècles, seront incapables de déchiffrer. » Les Schumann sont plus que conquis.

Robert Schumann a quarante-trois ans, Johannes Brahms juste vingt ans.

Clara n’est pas en reste qui note son émotion quand elle voit au piano « cet homme au visage intéressant, juvénile, qui se transforme complètement quand il joue, sa belle main qui triomphe avec aisance des pires difficultés. » (les propres œuvres de Clara sont très difficiles à jouer)

Brahms se plaît chez les Schumann et malgré sa timidité, se sent rapidement à l’aise dans le cercle d’artistes que l’on côtoie chez eux quotidiennement. Des jours de fêtes qui vous font vraiment vivre, avouera-t-il. Hélas, cette félicité ne va pas durer. Le 27 février 1854, Robert Schumann se jette dans le Rhin, en réchappe mais le coup est terrible pour le jeune Maître. Pourtant, dans un nouveau déferlement de puissance créatrice, il termine la première version du très lyrique Trio op.8 en si majeur pour piano, violon et violoncelle.

En même temps, ce sont trois mouvements d’une sonate pour deux pianos (Clara Schumann et lui) que Brahms achève, « plus belle encore que son magnifique trio, » dira Julius Grimm, chef de chorale à Gottingen et ami. « Je l’ai souvent jouée avec Frau Schumann, mais je m’aperçois que les deux pianos ne suffisent plus, » écrira le compositeur. Il orchestre alors le premier mouvement pour en faire le morceau initial de sa première symphonie. Et ce sera, finalement, pour un concerto pour piano. J. Joachim, est prié de donner son avis. Puis, ce seront à la suite, le Finale (Rondo) puis l’Adagio puis à nouveau le premier complétement remanié que le virtuose-compositeur-chef d’orchestre Joseph Joachim aura à juger. Il créera le concerto à Hanovre, le 22 janvier 1859 avec Brahms au piano. Les transformations seront incessantes pendant cinq ans. C’est l’opus 15 et Brahms a 26 ans.

Johannes Brahms

Sur les trois mouvements de cette partition “phare“, cliquez ici.

En seconde partie de concert, Anton Dvorák, (n’oubliez pas de prononcer dvorjak), le fils aîné du boucher violoniste de son village repéré dans sa chorale ! est à l’honneur avec sa Septième Symphonie en ré mineur, op.70, en quatre mouvements, sur près de quarante minutes. Les symphonies dites bucoliques de la période intermédiaire, c’est terminé.

Anton Dvorák

I- Allegro maestoso – Poco adagio – Scherzo: Vivace-Poco meno mosso – Finale: Allegro.

Pour cette Septième composée en 1884/85, à quarante ans, dans une tonalité sombre et passionnée de ré mineur, on dit par analogie avec Tchaïkovski, qu’elle constitue un peu sa Pathétique. Qualificatif le plus approprié pour signifier le caractère de la partition, caractère à peine adouci par un Scherzo le moins traversé de rythmes de danses bohémiennes auxquels le compositeur a pu nous habituer, un scherzo sombre, rétif et dominé par la tonalité mineure à l’exception de l’épisode central en sol majeur, que les fins musiciens sauront repérer ! Quant au brusque et violent finale, point de folklore, partout règne le pathos de la symphonie romantique, œuvre de confession personnelle. C’est le compositeur lui-même qui dirigera la première exécution à Londres en 1885.

Michel Grialou

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