Julia Kerninon publie La Dernière des Wilberforce aux éditions de L’Iconoclaste. Un roman sur les liens de l’enfance. Ceux qui semblent indestructibles. Et ceux que le temps finit par abîmer.

Au début, il y a une rencontre. Celle de deux familles. Les Schnabel et les Wilberforce. Diane Schnabel, autrice à succès, vient passer les étés sur une presqu’île sauvage avec son mari Max et leurs deux fils, Adam et Waldo. Là-bas, ils rencontrent Annabel et ses filles, Olivia et Naomi. Très vite, quelque chose naît entre eux. Une évidence. Une amitié qui dépasse les vacances. Les enfants grandissent ensemble. Ils explorent les dunes. Les criques. Ils inventent leurs propres règles. Ils se donnent même un nom : les « jumeaux cosmiques ». Une manière de dire qu’ils sont liés. Qu’ils appartiennent au même monde.
Mais les années passent. Et l’enfance finit toujours par disparaître. L’adolescence arrive avec ses changements. Ses blessures. Ses silences. Ce qui semblait solide commence à se fissurer.
Le poids des souvenirs
Dix ans plus tard, Diane organise une fête. Le temps d’une nuit. Le temps d’une fête. Tout le monde se retrouve. Ou presque. Dix années se sont écoulées depuis l’été où tout a basculé. Que s’est-il passé ? Et pourquoi l’absence de ceux qui ne sont pas là résonne-t-elle autant dans ce décor.
Alors les souvenirs remontent. Pas d’un seul coup. Par fragments. Par sensations. Par blessures anciennes. Julia Kerninon construit son récit comme une enquête intime. Elle ne cherche pas seulement à raconter ce qui s’est passé. Elle cherche à comprendre ce qui a changé les êtres. Car derrière cette histoire d’amitié, il y a beaucoup plus. Il y a la famille. La transmission. Les liens entre les femmes. La maternité. La responsabilité. Et cette question qui revient : comment continuer à vivre quand on porte quelque chose que l’on ne peut pas oublier ?
La presqu’île devient bien plus qu’un décor. Elle est un refuge. Un espace de liberté. Mais aussi un lieu où les souvenirs restent enfermés. Le vent, la mer, les paysages immenses contrastent avec les tensions qui traversent les personnages.
Julia Kerninon signe un roman d’atmosphère, où la beauté du lieu rencontre une inquiétude permanente. Elle avance doucement. Elle laisse les non-dits s’installer. Jusqu’à ce que les vérités apparaissent. Avec La Dernière des Wilberforce, elle raconte les liens qui construisent autant qu’ils peuvent détruire. Les amours perdues. Les fidélités impossibles. Les blessures que l’on transmet malgré soi. Un roman puissant, mélancolique et profondément humain. Une très belle découverte de cette rentrée littéraire.
La Dernière des Wilberforce • L’Iconoclaste
