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Les Grands Interprètes • Le Cercle de l’Harmonie / Jérémie Rhorer (direction)

by SAM GPT

L’incomparable Messa da Requiem de Giuseppe Verdi

En ouverture de saison du Cycle Grands interprètes, c’est pour une seule soirée, le lundi 12 octobre à 20h à la Halle aux Grains à Toulouse que cette messe monumentale sera interprétée. Prière des Morts, glorification des vivants, Messe du culte, poème révolutionnaire, ou simple office religieux au climat théâtral, tel résonne, par-delà les ans, l’irrépressible Requiem de Verdi, ce chef-d’œuvre de polyphonie vocale.

Giuseppe Verdi par Ferdinand Mulnier (1870)

 

Une œuvre monumentale dédiée à Alessandro Manzoni

Sans doute l’ouvrage a-t-il soulevé bien des controverses, mais il a aussi suscité, jusqu’au plus profond des peuples, depuis sa création, un enthousiasme fabuleux dont la flamme n’est pas prête de s’éteindre. Création qui nécessita alors un quatuor vocal exceptionnel, et un grand orchestre de cent musiciens, mais oui, et un chœur mixte de cent-vingt choristes. Dans l’église San Marco de Milan, le 22 mai 1874, sous la direction du vieux maître de 64 ans, le triomphe fut à la mesure de l’attente et du désir de croire encore en une immense construction religieuse et humaine, dans une époque d’ombres et de lumières qui avait tant espéré et tant désespéré.

C’est un an auparavant, à la disparition d’un autre grand homme de la nation italienne, l’écrivain Alessandro Manzoni, que le musicien, ami intime, s’était engagé auprès de son éditeur à fêter le premier anniversaire de sa mort par l’exécution d’une messe de requiem. Mais une œuvre simplement inspirée par une indéfectible amitié née cinq ans auparavant. Alessandro Manzoni, romancier, dramaturge, poète, très impliqué politiquement était ce qu’on peut appeler un “sacré“ personnage. De famille noble, anticlérical, luttant pour l’union italienne, puis converti à la foi catholique. D’où cette bouleversante sincérité qui en transpire à chaque mesure. Manzoni n’avait-il pas écrit : « Ne trahis jamais la sainteté du vrai ». La mort de Manzoni, son maître à penser avait été un choc émotionnel profond, tel qu’il n’avait pu assister aux obsèques. Manzoni, une sorte de Michelet et Chateaubriand réunis. Et devant un tel désarroi, le besoin de retour aux ancrages fondamentaux paraissait nécessaire pour le vieux combattant.

Jérémie Rhorer © Caroline Doutre

Jérémie Rhorer © Caroline Doutre

Jérémie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie

La direction musicale ne peut esquiver ce qui constitue ce sommet d’élégance, de distinction et de raffinement, marque d’aboutissement de ce Requiem, grandiose Sixtine musicale. Elle est assurée par Jérémie Rhorer qui sera à la tête de l’Orchestre Le Cercle de l’Harmonie et les membres du Chœur Orfeón Donostiarra placé sous l’autorité de leur chef, José Antonio Sainz Alfaro, un des meilleurs chœurs actuels, bien connu à la Halle. Les quatre solistes sont, la soprano (désignée ultérieurement), la mezzo-soprano Agnieska Rehlis, le ténor Andrei Danilov et la basse William Thomas.

Le Cercle de l’Harmonie © Caroline Doutre

Le Cercle de l’Harmonie © Caroline Doutre

Les sept mouvements de la Messa da Requiem

Les sept mouvements de la liturgie funéraire intitulée Messa da Requiem, scritta da Giuseppe Verdi per l’anniversario della morte di Alessandro Manzoni, sont :

I. Introït : Requiem et Kyrie quatuor et chœur

II. Sequence (Dies iræ)

Dies iræ chœur

Tuba Mirum chœur et basse solo

Liber Scriptus mezzo-soprano et chœur

Quid sum miser soprano, mezzo et ténor

Rex tremendæ quatuor et chœur

Recordare soprano et mezzo

Ingemisco ténor solo

Confutatis basse solo et chœur

Lacrymosa quatuor et chœur

III. Offertorium : Domine Jesu quatuor

IV. Sanctus double chœur

V. Agnus Dei soprano, mezzo et chœur

VI. Lux æterna mezzo, ténor et basse

VII. Libera me soprano et chœur

Une dramaturgie musicale saisissante

Durée de quatre-vingts à quatre-vingt dix minutes suivant les interprétations. Tout commence pianissimo, les violoncelles avec sourdine jouant une lente phrase descendante. Le chœur entre très doucement sur un chant monotone qui s’élargit, puis retombe et s’élargit encore pour amener l’entrée successive des solistes dans le Kyrie. Un quatuor très beau et très fervent précède alors la tumultueuse introduction orchestrale du Dies Irae. C’est le mouvement le plus long de la Messe. Il débute par une terrible évocation du Jugement dernier. Et c’est parti pour ce drame de la confrontation de l’homme avec la mort……

Chœur Orfeón Donostiarra © Juanto Egaña

Chœur Orfeón Donostiarra © Juanto Egaña

 

Libera me : cette dernière partie pour soprano obligée, vaste supplication finale, est la reprise plus ou moins remaniée de l’œuvre écrite en 1869 pour ce projet avorté envisagé pour une messe en l’honneur de Rossini. Verdi lui-même, délivré de son vœu musical, termine son œuvre par une libération de la voix-reine. La soprano solo a presque des tons d’imprécation et elle attire sur elle et sur nous les foudres du Dies Iræ qui revient pour la troisième fois nous “glacer les veines“. Après le fracas de la peur, il appartiendra à nouveau à la soprano, sorcière et sainte, de restaurer l’espoir par une longue intervention qui s’envole dans l’aigu, moment le plus exceptionnel. Le chœur cimentera la confiance retrouvée par un fortissimo énorme et l’œuvre s’achève “dans un murmure effrayé et suppliant “. Ainsi se clôt cette stèle musicale, pleine de contrastes, destinée aux vivants.

Alessandro Manzoni (1785-1873) – Marie Cosway © Wikimedia Commons

Alessandro Manzoni (1785-1873) – Marie Cosway © Wikimedia Commons

 

Voici ce que pensait du Requiem le fameux Bernard Shaw, critique au long cours, formidable épistolier, en mars 1901, à la mort du compositeur : « Quoi qu’il en soit, Verdi restera parmi les plus grands compositeurs italiens. Peut-être ses opéras, comme ceux de Haendel, passeront-ils de mode et seront-ils oubliés, alors que le Requiem pour Manzoni demeurera son monument impérissable. Dans ce cas, cette œuvre seule, comme le Messie, le placera en toute sécurité parmi les immortels. »

Pour en savoir davantage sue cette œuvre monumentale, cliquez ici

Michel Grialou

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