Quand de somptueux joyaux livrent enfin leur secret
Le dernier opus de Corinne Javelaud se conjugue au travers du XXème siècle. La romancière nous met en présence, tout d’abord, d’une antiquaire renommée : Gabie Herlane. Celle-ci vient d’avoir la visite de l’un de ses confrères qui, sous prétexte d’arrêter toute activité, est prêt à lui céder, pour une somme raisonnable, une somptueuse parure composée d’un ras de cou, d’un bracelet et d’une bague. Le prix défiant toute concurrence, Gabie en a fait l’acquisition, tout en gardant précieusement la carte de visite du vendeur, domicilié à Lyon.

De plus, depuis quelque temps, cette parure l’intrigue. Et ce n’est qu’en comparant une vieille photo déjà jaunie de sa grand-mère Pulchérie que Gabie va s’apercevoir, stupéfaite, que ces bijoux figurent sur la photo. Elle file derechef à Lyon. Cependant, peine perdue : à l’adresse indiquée est installée une boulangerie. Elle interroge plusieurs confrères de la place, en vain. Personne ne connaît le propriétaire de la carte de visite… Or, ces bijoux sont à l’origine d’un grave problème.
Le destin de Pulchérie
Nous tournons la page pour faire connaissance avec Pulchérie. Nous sommes en 1906, elle a 16 ans et travaille dans une auberge qui loge des artistes peintres qui appartiendront au mouvement impressionniste. C’est là qu’apparaît l’un d’eux accompagné d’une demi-mondaine. Peu de temps après, on retrouve la malheureuse morte. Ses bijoux ont disparu.
Ainsi, tous les regards, et particulièrement ceux de la maréchaussée, se tournent vers celle qui peut le moins se défendre : Pulchérie. Bien que niant toute accusation, l’adolescente ne va avoir d’autre solution que de s’enfuir de la région.
Une enquête à travers le siècle
Dès lors, l’histoire commence. D’un côté, une pauvre domestique fuyant un opprobre immérité ; de l’autre, sa petite-fille qui, un siècle après et mystérieusement en possession des bijoux du malheur, décide de mener l’enquête. Celle-ci va nous faire habilement croiser les ateliers d’Aubusson de la Belle Époque, une exposition artistique à Milan, la Grande Guerre aussi, les premiers conflits ouvriers des années 20 du siècle dernier.
Par ailleurs, l’écriture est limpide, vive, virtuose à capter les émotions comme à dépeindre les lieux et les paysages qui ont fait chavirer les peintres en ce début des années 1900. Corinne Javelaud s’emploie également, et sans pour autant en faire une thèse de 3ème cycle, à nous faire pénétrer le travail des tapissiers et leur rapport à la peinture. Passionnant !
Enfin, frôlant le thriller, le dernier roman de cet auteur nous rappelle aussi la condition féminine de ces temps-là et le poids d’une malédiction qui frappe les secrets de famille. In fine, Pulchérie sera-t-elle réhabilitée ?
Bonne lecture en tous cas !
Une autre étoile que la mienne • Calmann-Lévy

