Véronique Ovaldé publie Vivre sans bonheur et n’en point dépérir aux éditions Flammarion. Le portrait sensible d’une mère, entre silences et possibles.

Dès l’incipit, le cadre est posé. Une fille appelle sa mère pour lui annoncer qu’elle quitte son compagnon. Elle appréhende sa réaction. Mais la mère la félicite. Et pour cause, elle sait ce que représente un mariage malheureux. Flash-back. On remonte dès lors vers l’enfance de cette femme. Une jolie petite fille qui échappe de peu à la mort. Comme une menace qui déjà tourne autour du berceau de l’enfant. Celle-ci grandit, quitte le nid familial qui n’est pas vraiment orienté vers la tendresse et part travailler pour une famille aisée. Là-bas, elle rencontre un jeune homme. L’histoire devient vite sérieuse. Trop ? Le jeune homme organise un mariage sommaire, presque bâclé et voilà le destin de la jeune fille lié à son nouvel époux.
Une vie en suspension
Pas de lune de miel. Pas de mots d’amour. Le quotidien devient lourd et menaçant. Le nouvel époux, brutal et cassant, ne laisse aucune liberté à sa compagne. Lui interdisant de travailler, semant la terreur même lorsqu’il est absent. Alors l’épouse se plie, prépare de bons repas, trouve des excuses à tout. Pourtant, elle sait au fond d’elle que tout ceci n’est pas normal. Abject. Et si elle partait ? Et si elle rencontrait un bel homme qui la sauverait ? Et si une voisine la prenait sous son aile pour l’arracher à son malheur ? Autant d’hypothèses plausibles et espérées. Sauf que…
Avec brio, ingéniosité et tour de force, Véronique Ovaldé jongle habilement entre la réalité et les probabilités. Au-delà de dénoncer le sort subi par certaines femmes sous le joug de leur époux, elle sonde le cœur d’une jeune fille solaire devenue mère de famille. Sa mère. Complice et dévouée. Silencieuse mais observatrice. Le portrait n’est jamais réducteur ou caricatural. Au contraire, il varie pour montrer les multiples facettes d’une femme plus complexe qu’il n’y paraît. Plus rêveuse qu’on ne le croirait. Et finalement plus résiliente qu’on ne saurait le soupçonner. Et ceci est possible grâce aux angles que Véronique Ovaldé éclaire et ausculte avec une acuité fine et une poésie inventive qui lui est propre. Le résultat, un portrait qui montre mille facettes et bouleverse pour chacune d’entre elles.
Vivre sans bonheur et n’en point dépérir • Flammarion
