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Iron Claw de Sean Durkin

by Anthony del Puerto

Ring tragique

Passionné de catch, le réalisateur canadien Sean Durkin ne pouvait que croiser la route tragiquement légendaire de la famille Von Erich. Il en a fait un film d’une puissance émotionnelle inouïe.

Iron Claw

Au cœur du Texas, dans les années 80 du siècle dernier. C’est dans le ranch familial que Fritz Von Erich (pseudonyme professionnel) élève avec sa femme une véritable nichée de jeunes mâles. Sur les six, cinq sont toujours de ce monde, Jack s’étant mortellement électrocuté alors qu’il avait 6 ans. Le paternel, ancien catcheur frustré pour n’avoir jamais été sacré champion du monde, n’a qu’un rêve : voir l’un de ses fils ceindre la fameuse ceinture mondiale. Sean Durkin a fait ici l’impasse sur Chris, mort à l’âge de 21 ans afin de ne pas trop charger la barque, selon ses propos.

Nous assistons donc à la montée en puissance des quatre autres. La vie est dure pour eux car Fritz leur impose une discipline et une austérité quasiment sectaires. Il veut se réaliser au travers de ses fils. Comportement courant dans le sport, c’est bien connu. Mais voilà, à trop tirer sur le fil de la destinée, celui-ci finit par se briser.

David mourra à 25 ans d’une entérite aigüe lors d’une compétition au Japon en 1984 (certaines sources ainsi que le film suggèrent l’injection de produits dopants).  Mike en 1987, il avait 23 ans et Kerry en 1993, à l’âge de 33 ans, se suicideront, tout comme leur frère Chris en 1991. Seul Kevin, à présent âgé de 66 ans, est encore de ce monde, marié à Pam (ici interprétée par Lily James) depuis 1980.

Cette famille hors du commun, vous en conviendrez, croyante et pratiquante, pensait qu’elle était frappée d’une malédiction et que le mieux pour la combattre était… la force. Iron claw était le nom de la prise-signature de Fritz, la griffe de fer formée par ses doigts enserrant la tête de l’adversaire.  Tout un programme pour ce sport dans lequel se conjuguent spectacle et adresse physique, vrai et faux, boniments et véritables rivalités.

Certes nous assistons à quelques reprises de match, mais ici n’est pas l’essentiel du scénario.  L’important nous le trouvons dans la relation/fusion de cette fratrie affrontant des parents dépourvus de toute empathie envers leur progéniture et complétement azymutés vers des pensées égoïstes, délétères et finalement mortifères. 

Les garçons, décérébrés, n’ont plus pensé qu’à prendre de la masse musculaire et à s’habiller comme des arbres de Noël pour monter sur le ring. Ils ont eu leur heure de gloire… On connait la suite, image de ce que l’on appelle l’Amérique profonde, où le culte de la virilité et de la masculinité fait encore florès aujourd’hui. Porté par des comédiens irréprochables et fortement engagés physiquement dans cette histoire : Zac Efron (Kevin), Harris Dickinson (David), Jeremy Allen White (Kerry) et Stanley Simons (Mike), ce film côtoie avec virtuosité ce que la tragédie antique a connu de plus universel. Un sommet !

Robert Pénavayre


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