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Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino

by Anthony del Puerto

Révélé dès son premier film (Reservoir Dogs en 1992 dont il signait aussi le scénario et était l’un des interprètes), consacré dès son deuxième (Pulp Fiction, Palme d’or 1994), Quentin Tarantino a développé depuis près de trente ans ans un art du cinéma à la fois extrêmement référencé et totalement singulier.

De l’utilisation de la musique aux joutes verbales interminables en passant par des règlements de comptes ultra-violents ou un goût de la narration polyphonique : le style Tarantino est reconnaissable entre mille. Une gageure de la part de ce cinéphile / cinéphage qui multiplie par ailleurs les hommages, les emprunts, les clins d’œil, les déclinaisons tel un gamin enfilant toutes les panoplies proposées par sa débordante imagination et son univers.

Once Upon

De ce cocktail explosif entre postmodernité et premier degré sont nées des œuvres marquantes ponctuées de scènes devenues cultes. Cet amour jubilatoire du cinéma a sa part d’esbroufe, de gratuité, de naïveté, de fétichisme, mais emporte l’adhésion par son absence absolue de cynisme. Tarantino peut se fourvoyer, se répéter, s’auto-parodier, il ne triche jamais. C’est sans doute cette sincérité qui lui a permis d’imposer à Hollywood son goût des marges, des séries B, des films de genre, des films d’exploitation. Il a ainsi ressuscité le film de « blackploitation » (Jackie Brown), le film de sabre (Kill Bill), le film de poursuites en voitures (Boulevard de la mort), le western spaghetti (Django Unchained)… Il ne néglige pas les stars (Bruce Willis, Brad Pitt…), quitte à leur confier des rôles secondaires (Robert De Niro dans Pulp Fiction, DiCaprio dans Django), mais il aime plus que tout donner une seconde vie à des comédiens au creux de la vague (Travolta dans Pulp Fiction, Pam Grier et Robert Forster dans Jackie Brown, David Carradine dans Kill Bill…).

Conte de fées

L’âme du cinéma de Tarantino réside précisément dans ce processus de résurrection, antidote souverain à la mélancolie et à l’oubli. D’où son culte les seconds rôles, les méprisés, les sans-grades, les ringards, les vedettes déchues. Sans surprise, ses films les plus personnels baignent dans une nostalgie à couper au couteau, à l’instar de Jackie Brown dont les anti-héros écoutent des standards de soul sur des vinyles et des cassettes audios à l’ère du CD. Boulevard de la mort avec sa pellicule rayée, ses sautes d’images, ses faux raccords, ses vieilles guimbardes bousculant des 4×4 n’est rien d’autre qu’une ode à un cinéma disparu, artisanal, innocent et devenu quasi préhistorique à l’heure des superproductions industrielles gorgées d’effets numériques. Tout cela est porté à sa quintessence dans Once Upon a Time… in Hollywood.

Une nouvelle fois, le cinéaste actionne la machine à remonter le temps.

Nous sommes en 1969 au cœur de l’usine à rêves alors que le Nouvel Hollywood s’apprête à prendre le pouvoir. Certains anciens s’accrochent. Comme Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), star d’une série TV dont la carrière décline et qui espère rebondir au cinéma. A ses côtés se trouve le fidèle Cliff Booth (Brad Pitt), sa doublure pour les cascades, son confident, son homme à tout faire. Dalton a de nouveaux voisins : Roman Polanski et sa jeune épouse, l’actrice Sharon Tate, qui attend un heureux événement. On croise aussi Bruce Lee, Steve McQueen, d’inquiétantes jeunes filles qui vivent dans une communauté hippie dirigée par un certain Charles…

L’action se déroule entre le 9 février et le 9 août 1969, date à laquelle des adeptes de la secte de Charles Manson massacrèrent Sharon Tate et trois de ses amis dans leur villa de Cielo Drive. Tarantino filme la fin d’une époque et d’un âge d’or, une ville qui n’existe plus. Il corrige les déceptions de l’existence, réécrit l’histoire, évacue les injustices dans des flots d’hémoglobine et de rire. Paradoxalement, ce happy end serre le cœur. On y croit l’espace d’un moment. Puis, il faut se rendre à l’évidence. Ce n’est que du cinéma, un conte de fées pour de grands enfants ne voulant pas vieillir et auxquels on souffle pour les rassurer « Il était une fois… »

Christian Authier

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