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Orchestre national du Capitole de Toulouse • Lio Kuokman (direction)

by Bruno del Puerto

Le concert des musiciens de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse sera à la Halle le jeudi 8 octobre à 20h, dirigés par le chef Lio Kuokman, fort bien accueilli déjà, ici même. En ouverture, une œuvre de Fazil Say, pianiste et compositeur, intitulé Grand Bazaar. Suivra Burlesque de Richard Strauss, une œuvre de jeunesse qui sera interprétée par le pianiste Nelson Goerner, si apprécié à Toulouse. Pour clore, l’irénique Suite symphonique Shéhérazade en quatre volets de Nikolaï Rimski-Korsakov.

Lio Kuokman © TeyTatKeng

Fazil Say connaît bien la Halle et tout autant le Couvent des Jacobins. Il vient jusqu’à nous avec une nouvelle œuvre pour orchestre, Grand Bazaar.  Sur dix minutes, il nous fait part lui-même des images que sa musique est sensée traduire et qu’il nous raconte : « Grand Bazaar dépeint diverses scènes du bazar, avec des sections intitulées « Promenade dans les rues sombres du Grand Bazar », « Dispute lors de la vente d’un tapis » et « Ambiance du soir ». Say y mêle sa vision des couleurs et des rythmes turcs à des techniques de composition et d’instrumentation modernes. Pour ma part, j’ai été élevé dans un esprit plus occidental, influencé par mes parents, le conservatoire d’Ankara et mon expérience en Allemagne et aux États-Unis. À cet égard, je suis presque occidental, mais les cultures fusionnent de plus en plus, car les gens se mélangent de plus en plus. Nous devons renforcer ces liens et développer une plus grande ouverture aux autres cultures. – Say

Nelson Goerner © Marco Borggreve

Burlesque pour piano et orchestre en ré mineur.

D’une durée d’environ une vingtaine de minutes, on peut y repérer quatre moments soit : Allegro vivace – Tranquillo – A tempo. Sostenuto – Un poco animato. Quasi Cadenza.  C’est une œuvre de jeunesse écrite quand le compositeur, né en 1864, a vingt ans, début d’une période qui le verra produire ses premiers poèmes symphoniques. Brio, fantaisie, lyrisme, toute une atmosphère qui s’accorde bien avec le titre de Burlesque. Mais Liszt n’est pas loin quand la virtuosité exigée pour la partie piano ne peut glisser la partition entre les mains de tout pianiste !

Historique : Initialement dédiée, sous le titre de Scherzo en ré mineur, au pianiste et chef d’orchestre Hans von Bülow, auprès duquel Strauss avait étudié la direction d’orchestre, elle ne fut cependant pas interprétée lors de sa création par von Bülow, qui la jugea trop difficile techniquement. Le compositeur l’aurait remaniée quatre ans plus tard, la rebaptisa Burlesque et la dédia à Eugen d’Albert, ancien élève de Franz Liszt, qui la créa sous la direction de Richard Strauss lui-même à Eisenach le 21 juin 1890.

Sans se plonger dans l’analyse de la pièce, on peut relever l’idée la plus originale qui réside dans l’utilisation des timbales. Ce sont elles qui, dès le début, révèlent le noyau d’où tous les thèmes découleront sans exception : un murmure dans le silence de l’orchestre. Elles nous le rappelleront ensuite fréquemment tout au long de la pièce, le suggérant de diverses manières, avec l’effet d’une « litote » récurrente. Et sur un « ré » des timbales, pour qui connaît ! toujours « piano » et toujours solo, la pièce esquissera un sourire final. On pense à la conclusion d’un certain Chevalier à la rose ; ou à la conclusion, définitive en tous points, du Capriccio.

Nikolaï Rimski Korsakov en 1897

Nikolaï Rimski-Korsakov, le conteur de la mer et des voyages imaginaires se retrouve membre du Club des Cinq à dix-sept ans, mais oui, puis plus tard du Cercle Belaïev. Il sera professeur du tout jeune Stravinski. Il va jouer un rôle essentiel dans la vie musicale russe à partir des années 1860, jusqu’à sa mort en 1908

Schéhérazade, suite symphonique, opus 35 durée ~ 47 mn

I.  Largo e maestoso – Lento – Allegro non troppo – Tranquillo
La mer et le vaisseau de Sindbad
II.  Lento – Andantino – Allegro molto – Vivace Scherzando – Moderato assai – Allegro molto ed animato
Le récit du Prince Kalender
III. Andantino quasi allegretto
Le jeune Prince et la Princesse
IV. Allegro molto – Lento – Vivo – Allegro non troppo e maestoso – Lento – Tempo come I
Fête à Bagdad – La mer – Naufrage du vaisseau sur un rocher surmonté d’un guerrier de bronze – Conclusion

Shéhérazade et le Sultan Schariar ( 1880) – Ferdinand Keller

« Il n’y a pas de musique qui ne soit nationale. La musique qu’il est convenu de considérer comme commune à toute l’humanité est quand même au fond, nationale. La musique de Beethoven est une musique allemande, celle de Wagner aussi, celle de Berlioz est française, celle de Meyerbeer aussi. »  Nikolaï Rimski-Korsakov – Journal de ma vie musicale 

Eau de rose, guimauve, accents martiaux, concerto pour violon non avoué,…tout a été tenté pour détourner la partition de sa vraie nature : une grande partition de musique russe qui se suffit à elle-même, sans dépendre des intentions programmatiques qui lui sont accolées, des sous-titres qui se sont maintenus, bien que le musicien y fût opposé, ne voulant pas donner aux mouvements de programme trop précis. Au départ, il voulait même se contenter d’indications formelles et intituler les quatre mouvements Prélude, Ballade, Adagio et Final.

La note publiée jointe à la partition fixe simplement le climat général de l’œuvre, à l’exclusion de tout détail : « Le sultan Shahriar, persuadé de la perfidie et de l’infidélité des femmes, jura de faire mettre à mort chacune de ses épouses après la première nuit. Mais la sultane Shéhérazade réussit à sauver sa vie en le captivant par des histoires qu’elle lui raconta pendant mille et une nuits. Pris par la curiosité, le sultan remettait de jour en jour l’exécution de son épouse et finit par y renoncer définitivement. Schéhérazade lui conta bien des merveilles en citant les vers des poètes et les textes des chansons, et en imbriquant les histoires les unes dans les autres. »

Shéhérazade – René Magritte

D’autre part, Rimski-Korsakov insiste sur le fait qu’il ne faut pas chercher à prendre les récits à la lettre, s’expliquant dans ses Chroniques de ma vie musicale sur la structure thématique de l’œuvre : « C’est en vain que l’on cherche dans ma suite des leitmotive toujours liés à telle idée politique ou à telles images. Au contraire dans la plupart des cas, tous ces semblants de leitmotive ne sont que des matériaux purement musicaux des motifs de développement symphonique. Ces motifs passent, se répandent à travers toutes les parties de l’œuvre, se faisant suite et s’entrelaçant. Apparaissant chaque fois sous une lumière différente, dessinant chaque fois des traits différents et exprimant des situations différentes, ils correspondent chaque fois à des images et des tableaux différents. »

Pour en savoir plus sur la Suite symphonique, cliquez ici.

Michel Grialou

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