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Musée des Augustins • Saison estivale

by Bruno del Puerto

Louyse Moillon (vers 1610-1686) émerge enfin dans cette discipline dite mineure dans la peinture française du XVIIè siècle, la représentation d’objets inanimés, soit la nature morte, terme utilisée plus couramment au XVIIIe. Terme pourtant inadéquat qui évoque la mort alors qu’il représente la vie ! En ce temps, le Caravage en fera la démonstration avec sa sensationnelle Corbeille de fruits. Au-delà de la peinture d’histoire, ou religieuse, de genre représentant les scènes quotidiennes, et le portrait, la connotation resta toujours péjorative. Ce qui n’est plus maintenant le cas.

Louyse Moillon

Quand, au détour de quatre œuvres figurant alors au Musée des Augustins, certains amoureux du travail d’artistes du XVIIè furent intrigués par celui de cette femme de religion protestante. Détail important à souligner car la palette des couleurs diffèrent entre peintres catholiques et protestants ! elle est même cataloguée peintre hollandais, ou rattachée à l’école hollandaise ! 1928, à Cologne, dans une Vente aux enchères intitulée Chefs d’œuvre de vieilles peintures du XVIIè, on trouve donc des tableaux signés Louyse Moillon. Il n’empêche que le Musée en possède bien quatre reconnus, sur 69 au total, alors que 66 sont écartés ou attribués puis refusés. Ou plutôt trois, sûr, et un attribué mais maintenant écarté. On sait qu’alors, au grand Siècle, ils étaient des centaines peignant des natures mortes ! Dégustez donc, Corbeille de prunes et panier de fraises, Corbeille d’abricots, Corbeille de mûres mais tout autant Corbeille de fruits et panier de fraises d’un (ou une) illustre inconnu, pour l’instant !

Louyse Moillon

Construit à partir des années 1310, le couvent des Augustins héberge jusqu’à une centaine de moines de l’ordre des Ermites de Saint Augustin, désignés par, quatre siècles plus tard, Grands Augustins.

La Révolution passera par là et le monastère des Augustins deviendra propriété nationale par décret du 2 novembre 1789 de l’Assemblée constituante. De ces bâtisses, que faire ? Une partie devient le Muséum du Midi de la République, le reste un affenage. Nous sommes en décembre 1793. Depuis, le changement de millénaire a fait subir à cette portion du patrimoine toulousain une rénovation salutaire, faisant enfin de cette partie, un espace muséal digne des temps actuels. Et les travaux ne sont pas terminés, même si la première tranche captive le public, impatient de découvrir la suite.

Laure Dalon Devant Persée Et Gorgone De Laurent Marqueste 1887 © M Grialou
Laure Dalon devant Persée et Gorgone de Laurent Marqueste 1887 © M. Grialou

Premier point, capital de nos jours, le Musée s’est doté d’un pavillon d’accueil digne d’un établissement du troisième millénaire, furieusement austère ! ce qui me convient. De ce fait, plus en accord avec l’évocation de la vision des ombres sépulcrales de ces anciens religieux qui vous attendent tapis derrière quelques colonnes géminées de marbre du Grand Cloître, sous l’œil goguenard des gargouilles. Reconnaissons que la précédente entrée faisait…pitié ! L’édifice tout nouveau, en pierre blanche dite de Dordogne, est en accord avec nombres de constructions que l’on retrouve dans la ville. Et pour les grincheux, qu’ils partent à la recherche des dessins et aquarelles et autres supports représentant, par exemple, la place du Capitole et ses pourtours avec ses briques recouvertes de chaux, blanche… protectrice et plus apte à éclaircir alors les rues, avant les premiers réverbères.

Ancienne Et Nouvelle Entrées Du Musée Des Augustins
Ancienne et nouvelle entrées du Musée des Augustins

En tous les cas, une entrée qui fait parler, de par son architecture, et de par sa fonctionnalité. Signalons dans la foulée un remarquable espace boutique-café, du meilleur goût, lieu indispensable maintenant. On pourra y admirer, en vitrine, la monumentale statue du Génie de Toulouse acquise il y a peu. Il s’agit d’un plâtre réalisé en 1942 par le Toulousain Carlo Sarrabezolles (1888-1971) à destination d’un monument public, qui n’a jamais vu le jour.

Le Génie De Toulouse
Le génie de Toulouse

Mais, entre-temps, que s’est-il donc passé ? Le quadrilatère limité par quatre rues dans ce vieux Toulouse était impressionnant. Le gigantesque incendie du 7 mai 1463 consuma les trois quarts de la ville et le monastère fut presque tout détruit, l’église comme le reste. Reconstruite et consacrée en 1504, la flèche du clocher subit même encore la foudre le 14 septembre 1550. Mais nous pouvons admirer l’église, même si elle fut remaniée et défigurée il y a deux cents ans, le clocher octogonal, le Grand Cloître, un des plus beaux de ceux que l’art gothique a laissés dans le Midi, dit art gothique toulousain, aux galeries simplifiées plus tard. Sa réfection est en cours, un travail très suivi par la directrice et conservatrice du lieu, Laure Dalon qui y prête une très grande attention. Quand on a fait école des Chartes en prépa à Toulouse, à Fermat, au pied des Jacobins, des palmiers de la nef, du Cloître des Jacobins, celui-ci passablement remanié il y a une soixantaine d’années, comment ne pas revenir en ces lieux et qui plus est, de diriger ce phénoménal projet à savoir, créer un musée du nouveau millénaire dans un lieu pétri d’humanité des siècles durant ? Qui sait ? Recréer le jardin avec ses carrés ? ses allées ? etc… ?

Grand Cloître Et Clocher Du Musée Des Augustins
Grand cloître et clocher du Musée des Augustins

Le petit cloître à l’aspect originel de patio espagnol fête ses quatre cents ans. Le grand Réfectoire du couvent a bien été démoli lors du percement de la rue Alsace, après avoir tenu près de quatre siècles. Une perte irréparable d’après les spécialistes.

Les saisies révolutionnaires sont envoyées au Musée central des arts, le musée du Louvre actuel, dans un premier temps. Mais Jean-Antoine Chaptal, ministre de l’Intérieur du gouvernement consulaire, décide de répartir les œuvres sous forme de lots dans les différentes villes de France. Dans l’arrêté du 1er septembre 1801, ce sont donc quinze villes au total, dont Toulouse, qui bénéficient de ces envois.

Le musée, un des plus anciens de France donc, s’est progressivement enrichi : donations, legs, prises de guerre, et la grande église n’y suffit plus. La création en 1891 du musée Saint-Raymond se transformera donc en annexe et recevra tous les Antiques du Musée des Augustins. Ce, grâce à Viollet-le-Duc qui évita la démolition du seul bâtiment rescapé, l’un des rares exemples conservés de l’architecture universitaire médiévale.

Gargouilles Récupérées
Gargouilles récupérées

De même que va se rajouter la construction du nouveau bâtiment en bordure de la toute nouvelle rue Alsace-Lorraine, entreprise en 1880 et terminée en 1901, d’après les plans de Eugène Viollet- le-Duc et Denis Darcy en suivant, sur l’emplacement du Grand Réfectoire, vendu puis racheté puis démoli.  Les nouveaux supports pour exposer les sculptures romanes ont été conçus par l’architecte Pierre Debeaux. Ils sont aujourd’hui détruits, d’autres aménagements ayant été faits depuis notamment la nouvelle présentation, magnifique, réalisée par Jorge Pardo (2014), artiste américano-cubain, offrant un écrin contemporain à la riche collection de chapiteaux romans abritée par le Musée. Sachez que deux restauratrices ont passé vingt ans à travailler sur chaque élément de la collection de ces chapiteaux.

Les œuvres qui se trouvaient dans ce « temple des Arts » sont mises en réserve, dans l’attente du réaménagement des locaux anciens de l’église. Celle-ci est l’un des joyaux du patrimoine gothique méridional de Toulouse, elle est composée d’une nef unique à huit travées sur croisées d’ogives, de chapelles latérales entre les contreforts et d’un chevet voûté en étoile.

Collection De Chapiteaux Romans Musée Des Augustins
Collection de chapiteaux romans du Musée des Augustins

D’autres espaces furent récupérés quand les Écoles de dessin quittèrent les salles dévolues pour migrer vers l’École des Beaux-Arts, dès son inauguration soit le 14 octobre 1895, quai de la Daurade, dans l’ancienne manufacture des Tabacs !

Encore une perte de façade avec le percement de la rue de Metz et la création d’un jardin. La municipalité d’alors décidant de démolir l’aile sud donnant sur la rue des Arts (chapelle de l’Ecce Homo, Arts archives, bibliothèques, apothicairerie). Ce jardin était bordé tout au long de la nouvelle rue de Metz par des grilles somptueuses façonnées par le ferronnier Joseph Bosc, venant de la Porte du Cours Dillon.  Elles rejoindront plus tard les entrées du Jardin du Grand Rond ou Boulingrin où l’on peut les admirer aujourd’hui.

Le nouveau musée est enfin terminé, ou presque. L’escalier monumental, et pourtant invisible auparavant, a été créé par Viollet-Le-Duc avec son collaborateur Denis Darcy qui reprendra les travaux à sa mort. Il est superbe. Le Grand Cloître, c’est pour bientôt, et l’Église, de même.

Villemsens Peintre Toulousain
Les inondés de Tunis – Villemsens peintre Toulousain

La valorisation des collections a été un des axes prioritaires de cette première tranche de travaux. Tout en faisant dialoguer des œuvres de provenances diverses, notamment locales, le musée participe au rayonnement du patrimoine toulousain et à l’attractivité du territoire toulousain. La peinture française est bien présente, et bien représentée. On sera surpris de constater que le Musée des Augustins n’est pas le Louvre évidemment, mais des signatures sont bien présentes avec des artistes de la région toulousaine comme Antoine et Jean-Pierre Rivalz ou Jean-Paul Laurens, d’artistes français internationalement reconnus comme Élisabeth Vigée Le Brun, des portraits de Nicolas de Largillière, Henri de Toulouse-Lautrec, Eugène Delacroix, Camille Corot, Jean-Auguste-Dominique Ingres. Sans oublier Nicolas Tournier et ses deux dernières acquisitions, le Roi Midas et Le Joueur de luth, bientôt exposé. Ce sera ex-Salon Rouge et ex-Salon Vert et petit salon pour exposition temporaire qu’on espère régulière.  La peinture dite hollandaise est bien là aussi.

Le musée a aussi bénéficié, tout au long des XIXe et XXe siècles, d’importants dépôts dont l’État nous a transférés la propriété en 2004, à l’instar du Christ en croix de Pierre de Paul Rubens, de la superbe Judith de Valentin de Boulogne, ou du Sultan Moulay Abd-er Rahman par Eugène Delacroix. Benjamin Constant est bien là avec sa monumentale peinture, 6m sur 7 ! de l’Entrée du Sultan….

Entrée Du Sultan
Entrée du Sultan de Benjamin Constant

La collection de peintures italiennes regroupe une production composée de remarquables tableaux de maîtres. Elle se distingue particulièrement par son ensemble de peintures des XVIIe et XVIIIe siècles, illustrant la diversité des écoles italiennes. Le Pérugin, Guido Reni, Le Guerchin ou Francesco Guardi sont présents.

Henri Martin
Quand le jeune Henri Martin côtoie Eugène Thivier

Vous vous attarderez sur les sculptures présentes, comme Le Cauchemar d’Eugène Thivier, marbre blanc de 1894 dont on ignore la provenance et qui voisine avec La Course à l’abîme, 1882 d’un Henri Martin (1860-1943) de vingt-deux ans, une huile sur toile de 200 x 281 cm, un grand format comme il aimait en réaliser. Henri Martin encore avec son Etude pour les bords de Garonne, peinture acquise en 2025 ou, dans l’escalier, le Persée de Laurent-Honoré Marqueste. Sait-on encore que le Musée possède trente-quatre créations du sculpteur Alexandre Falguière, chef de file de l’école toulousaine de sculpture en fin XIXè. Attardez-vous sur son Buste d’enfant. Et faites le lien entre des plaques de rue, celles de Victor Segoffin, Antonin Mercié, Jean Rivière, et autres sculpteurs toulousains…Vous serez surpris d’apprendre que le Musée est riche de près de quatre mille œuvres en ce moment et que la sculpture, allant du XIè au XXè est plus abondante…que la peinture ! Les réserves sont pleines, en effet !

Michel Grialou

Musée des Augustins

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