Cette année, à Blagnac, les enfants arrivent avec des casques sur la tête. Du 29 au 31 mai, Luluberlu revient pour une 18e édition placée sous le thème “En chantier !”. Une idée qui semble être une évidence puisqu’au même moment, Odyssud entame sa propre transformation avec les travaux de sa Grande salle. Mais derrière ce clin d’œil aux murs qui bougent et aux bâtiments qui changent, le festival raconte quelque chose de plus profond ; comment grandit-on aujourd’hui dans un monde qui semble lui aussi être en travaux ?

Cirque, théâtre, danse, marionnettes, spectacles immersifs, ateliers participatifs ou déambulations investiront le parc d’Odyssud et plusieurs lieux de Blagnac pendant trois jours. Une cinquantaine de propositions feront vivre ce week-end familial construit autour du “faire ensemble”.
Pour Maya Yie, programmatrice du festival, le thème est d’abord né comme un jeu avec l’actualité d’Odyssud. “La thématique est évidemment un clin d’œil aux travaux du lieu”, explique-t-elle. “Mais on a eu envie d’en faire quelque chose de plus grand. Les travaux nous ont presque donné une bonne excuse pour explorer cette idée-là.” Car derrière les grues et les marteaux se cache une autre réflexion : celle du rapport des enfants au monde qui les entoure.

“Les enfants ont naturellement tendance à bricoler, construire, déconstruire, imaginer ensemble, tester des choses nouvelles”, observe-t-elle. “Je trouvais la question intéressante à explorer avec eux, notamment par rapport à leur avenir.” Construire puis déconstruire. Essayer puis recommencer. Au fond, ça ressemble beaucoup à l’enfance elle-même, non ?
Et cela prendra une forme très concrète pendant le festival. Dans un atelier consacré à une “ville argentée”, les enfants deviendront architectes et imagineront à quoi pourraient ressembler les villes du futur. D’autres propositions questionneront l’habitat de demain, les manières de construire autrement ou encore les enjeux écologiques. Bambou, matériaux récupérés, nouvelles pratiques… les ateliers ne cherchent pas seulement à « occuper » les enfants mais à réellement ouvrir des imaginaires différents.

“On voulait aussi parler d’autres manières de construire un habitat dans l’avenir”, précise Anna. “Et beaucoup d’artistes travaillent déjà comme ça. Ils fabriquent eux-mêmes, ils bricolent, recyclent des objets, retravaillent des vêtements ou des matériaux du quotidien pour créer leurs décors ou leurs costumes.”

À Luluberlu, le chantier n’est donc pas une affaire de béton. Il devient un terrain de jeu. Mais cette édition veut aussi montrer qu’on construit rarement seul. “Les chantiers sont toujours collectifs”. Cette idée traverse l’ensemble de la programmation. Depuis plusieurs années déjà, le festival développe des propositions pour que le public participe davantage. Une place qui semble aujourd’hui devenue essentielle.

“Depuis toujours, cette dimension est vraiment importante’, explique-t-elle. “Les enfants ne viennent pas seulement voir quelque chose. Il y a plusieurs niveaux de participation.” Certains ateliers ont d’ailleurs commencé bien avant l’ouverture du festival. Des familles et des enfants ont participé à des projets créatifs qui reviendront pendant le week-end sous forme d’installations ou de décors. D’autres fabriqueront directement sur place une partie de l’univers d’un spectacle.
Le vendredi soir, l’inauguration prendra elle aussi une forme collective, avec plusieurs groupes impliqués dans une grande déambulation. Une école de cirque toulousaine participera également avec des créations imaginées par les enfants eux-mêmes.
“Ce ne sont pas seulement les enfants qui participent”, insiste-t-elle. “Il y a aussi les parents, les frères, les sœurs.” Car à Luluberlu, les adultes ne restent jamais longtemps spectateurs. Une manière aussi de casser une idée souvent associée aux festivals jeune public : celle d’événements plus simples ou plus légers artistiquement. “Créer pour les enfants demande une vraie exigence. On essaie de choisir des artistes qui s’adressent réellement à ce public et qui travaillent des sujets de société à travers leurs spectacles.”

L’enjeu est alors double : proposer des thèmes qui interrogent sans perdre les plus jeunes en route. “Il faut aussi penser très concrètement à leur attention, aux tout-petits, à l’accueil des familles. L’idée n’est pas que ça devienne quelque chose de trop compliqué.”
L’autre chantier de cette édition a lieu dans les coulisses. Les travaux d’Odyssud ont obligé les équipes à revoir leur organisation et à déplacer certaines propositions. “Les festivaliers ne le verront pas forcément mais ça a eu un vrai impact sur notre façon de travailler. Il y a moins d’espaces disponibles pour accueillir les artistes.” Une contrainte qui pousse aussi le festival à sortir davantage de ses murs. Deux spectacles investiront notamment le collège Odyssud. “Ça permet d’impliquer aussi les collégiens. Les adolescents ne sont pas forcément ceux qui viennent spontanément dans un festival jeune public, alors qu’on a aussi des propositions qui peuvent les toucher.” Cette volonté d’étendre Luluberlu dans différents lieux existait déjà, mais les travaux semblent avoir accéléré ce mouvement.

Finalement, cela ressemble assez bien à ce que raconte le festival depuis le début : transformer une contrainte en terrain d’expérimentation.
À la fin du week-end, Anna espère surtout que les enfants repartiront avec une sensation simple. “Pour moi, la joie est essentielle. J’aimerais qu’ils aient partagé quelque chose de très joyeux, très festif. Et surtout qu’ils ressentent ce lien avec les autres enfants, avec les autres personnes.”
Parce qu’au milieu des spectacles, des cabanes imaginaires et des ateliers à construire à plusieurs, le vrai chantier de Luluberlu se trouve peut-être là : fabriquer du collectif.

