Dalie Farah publie La sentinelle qu’on ne relève jamais aux éditions de l’Iconoclaste. Un récit introspectif qui met en lumière la réalité de l’autisme.

Dès les premières pages, nous voilà immergés dans une prose singulière, où les mots sont jetés comme une bouée de sauvetage. Mais pour sauver qui ? La narratrice. Femme amoureuse et professeure de français, elle semble mener une vie paisible. Pourtant, celle qui se raconte traverse un véritable tsunami intérieur. Les bruits l’oppressent, l’agitation la met sous tension. La foule, la lumière, les embouteillages, les réunions pédagogiques sont autant de contraintes qui provoquent la tétanie et, le plus souvent, des crises. Et la liste ne cesse de s’allonger. Alors on ausculte, on cherche, mais personne ne parvient à mettre un nom sur cette angoisse quotidienne. Pourtant, la narratrice le sait, elle ne fait pas semblant, elle n’est pas folle. Il existe forcément une explication, un diagnostic. Et quand celui-ci tombe enfin, le verdict est sans appel. Il s’agit de troubles autistiques.
Dépasser ses limites
Apprendre à 50 ans que l’on est porteuse d’autisme est un chamboulement. Mais c’est aussi la fin d’une course effrénée pour comprendre ses propres agissements. Soudain, tout s’éclaire. Ses attitudes et réactions, présentes depuis tant d’années, trouvent enfin un écho. La narratrice peut désormais dresser une sorte de procès-verbal de son passé pour mieux l’expliquer. Pour le comprendre et l’accepter. Car que signifie être autiste ? Voilà la question intime à laquelle s’attache Dalie. Pour elle, mais également pour les autres. Pour tous ceux qui vivent avec cette sensibilité unique, cette perception exacerbée du monde, elle dresse le portrait exhaustif d’une vie en marge.
Dalie doit désormais apprendre à composer avec ce nouveau diagnostic. Elle apprivoise les crises, évite les environnements hostiles et explore, dans un même mouvement, ses faiblesses comme ses forces. Il ne s’agit jamais de se plaindre ou de renoncer. Au contraire, le texte est empreint d’une grande résilience et d’une volonté farouche de dépasser ses limites pour exister. Autrement, mais d’exister pleinement. Tout cela confère au récit une tonalité puissante et universelle. Un appel indispensable à être soi, pleinement, follement. Envers et contre tout.
La sentinelle qu’on ne relève jamais • L’Iconoclaste

