À la faveur de l’exposition éphémère présentée à L’Envol des Pionniers jusqu’au 2 février 2027, retour sur le destin d’Alexandre Collenot. Compagnon d’absolu de Jean Mermoz, ce mécanicien navigant d’exception, dompteur de pannes au sang-froid d’acier, fut le garant infaillible et le pivot technique des heures de gloire de l’Aéropostale.

La conquête du ciel, c’est avant tout une affaire de boulons. À l’orée des Années folles, à l’heure où l’aviation s’élance vers l’impossible, Alexandre Collenot endosse la responsabilité de faire tenir les machines en l’air. Né en Isère au tout début du siècle dernier, sixième d’une fratrie de huit enfants et as de la clé à molette, il rejoint Toulouse en 1925 en tant que mécanicien navigant. Quelque temps plus tard, en 1928 à Buenos Aires, son destin bascule lorsqu’il devient le partenaire de Jean Mermoz. Entre le pilote et le technicien, la symbiose est immédiate. « Dès lors que le coucouavait été révisé par Collenot, l’aviateur enjambait sa carlingue avec un profond sentiment de sécurité », résumera plus tard l’écrivain Jean-Gérard Fleury.
Un premier exploit
Le 9 mars 1929, embarqués dans le cockpit d’un avion de ligne français, Mermoz et Collenot tentent de franchir la cordillère des Andes. Pris au piège à 6 500 mètres d’altitude, leur appareil est plaqué au sol et se fracasse contre le flanc de la montagne. Les deux hommes survivent, mais le bimoteur semble condamné. Le mythe est en marche… Durant trois jours d’un gel intense, avec de simples moyens de fortune, Collenot colmate les fuites du moteur et répare le train d’atterrissage. Hissé sur une pente, l’avion prend son envol au-dessus du précipice et regagne Copiapo grâce à un système de planage. L’impossible est vaincu.

Des sommets blancs aux étendues bleues
Devenu entre-temps chevalier de la Légion d’honneur, Collenot multiplie les faits d’armes. En 1933, sollicité par Mermoz, il assure la préparation du célèbre trimoteur imaginé par l’ingénieur René Couzinet, avant de résoudre in extremis une avarie gravissime au beau milieu de l’Atlantique, après 17 heures de traversée. « Modeste » et doté d’un indéfectible « bon esprit », d’après ceux qui l’ont côtoyé, il totalise 2 800 heures de vol. Pourtant, l’océan finit par réclamer son tribut. Le 10 février 1936, lors de sa dixième rotation à bord d’un modèle d’hydravion Latécoère 301, une défaillance technique survient au-dessus des eaux australes, entre Natal et Dakar. L’appareil subit des dommages irréversibles, emportant dans sa chute le mécanicien ainsi que les cinq membres d’équipage.
Neuf décennies plus tard, l’exposition portée par le musée Air France redonne vie à ce héros de l’ombre. Un juste retour des choses, car si les pilotes ont inscrit leur nom dans la légende, ce sont des hommes de la trempe de Collenot qui leur ont ouvert la voie des airs.
Infos pratiques :
- Lieu : Musée L’Envol des Pionniers, quartier Montaudran (Toulouse).
- Dates : Jusqu’au 2 février 2027 (ouvert les mercredis, samedis et dimanches, de 10h00 à 18h00).
- Tarifs : Adulte : 9,50 € | Réduit : 6,50 € (Étudiants, demandeurs d’emploi, PSH).
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