Du 20 juillet au 5 août, Jazz in Marciac proposera à son habitude une programmation mêlant stars, artistes confirmés et nouveaux talents. Tour d’horizon non-exhaustif de cette 48ème édition du festival avec Diana Krall, Pat Metheny, Marcus Miller, Feu ! Chatterton ou Thomas Dutronc.

Commençons cette présentation du festival Jazz in Marciac 2026 par la mauvaise nouvelle pour les retardataires : le concert de Sting, le 20 juillet lors de la soirée d’ouverture, affiche complet depuis longtemps. Il fallait donc si prendre tôt afin de pouvoir découvrir au cœur de l’été la nouvelle tournée de l’artiste, « Sting 3.0 », qui revisite le large répertoire de l’ancien chanteur du groupe Police voguant en solo depuis le milieu des années 1980. A noter qu’il se produira dans la configuration guitare / basse / batterie de sa formation originelle. Bonne nouvelle en revanche, pour l’instant, il reste des places pour une autre star présente à l’affiche, en l’occurrence Diana Krall, dont la voix et le piano enchanteront les fans le 29 juillet.

Virtuoses
A son habitude, Jazz in Marciac fait la part belle aux instrumentistes virtuoses. Les amateurs de piano seront particulièrement gâtés cette année avec la présence de Kenny Barron le 31 juillet. La prestation de l’une des dernières figures mythiques de l’histoire du jazz sera centrée autour de son dernier disque, le très réussi Songbook, album vocal interprété sur scène par les pointures Catherine Russell et Tyreek McDole. Auparavant, c’est en trio que le pianiste Fred Hersch aura occupé le chapiteau le 21 juillet. A noter la présence à ses côtés de Peter Erskine qui, de Weather Report à Steps Ahead en passant par nombre d’artistes jazz, s’est imposé comme l’un des plus importants batteurs de sa génération. Toujours au piano et en trio, Bill Charlap proposera le 24 juillet aux spectateurs un voyage dans les standards et les classiques du jazz avec son élégance habituelle.

Artiste aux inspirations et aux expressions variées (en témoignent entre autres ses compositions pour le cinéma), le contrebassiste Avishai Cohen (accessoirement chanteur) montera sur scène le 26 juillet avec le pianiste Itay Simhovich et le batteur Jeff Ballard qui l’épaulent sur son nouvel album Eternal Child à travers lequel il rend hommage à Chick Corea. Pas forcément connu du grand public, le Danois Chris Minh Doky est un bassiste et contrebassiste d’exception à découvrir à Marciac le 1er août. Partenaire prisé par les plus célèbres jazzmen, il a mené aussi une brillante carrière solo ou en compagnie de son frère pianiste Nils Lan Doky au sein des Doky Brothers. Dans le Gers, il jouera avec son groupe The Nomads dont il faut écouter le récent et superbe album New Beginnings. Pour ne rien gâcher, on retrouvera derrière la batterie Manu Katché !

Ce même soir lui succèdera sur scène Richard Bona, l’un des meilleurs bassistes en activité, chanteur et compositeur de grand talent. Disciple de Jaco Pastorius et de Weather Report (il a d’ailleurs accompagné Joe Zawinul), Bona a fait ses premiers pas musicaux en France avant de partir aux Etats-Unis où il est devenu l’un des bassistes de jazz et de jazz-rock parmi les plus convoités. Des frères Brecker à Pat Metheny (fructueuse et longue collaboration) en passant par Herbie Hancock ou Mike Stern, il a joué avec des pointures tout en poursuivant une carrière solo qui en a fait l’une des figures de la world music.
On n’oublie pas les cuivres avec le saxophone alto de Kenny Garrett, le 26 juillet, qui fit ses armes auprès de Miles Davis, avant d’être une référence de son instrument, et la trompette d’Ibrahim Maalouf, le 30 juillet, qui poursuit son aventure « Trumpets of Michel-Ange ».

Hommages et légendes
Pat Metheny est l’un des fidèles de Jazz in Marciac, ce qui ne surprend pas tant l’œuvre du légendaire guitariste américain a brillé de mille feux ces dernières décennies, que ce soit à la tête de son groupe fondé avec Lyle Mays ou en compagnie de prestigieux musiciens (Herbie Hancock, Jack DeJohnette, Gary Burton, Charlie Haden, Brad Meldhau…). Jazz-rock, fusion, world music (avec un fort penchant pour la musique brésilienne), be-bop, free, folk, pop : l’artiste s’est illustré dans de nombreux genres sans se départir de son style reconnaissable en mille. On avait pu le voir et l’entendre dans le Gers en 2023 auprès du claviériste Chris Fishman et du batteur Joe Dyson à travers le projet « Side-Eye » visant à mettre en valeurs de jeunes talents. Dans la foulée de leur épatant nouvel album, Side-Eye III+, évoquant par moments les heures du Pat Metheny Group, la formation s’est élargie avec Jermaine Paul à la basse et Leonard Patton au chant et aux percussions. A ne pas rater le 24 juillet.

Autre musicien de légende : Marcus Miller, bassiste, compositeur, arrangeur et producteur dont les premiers coups d’éclats eurent lieu avec Miles Davis, d’abord comme sideman – sur disque et en tournée – puis comme maître d’œuvre de l’album Tutu, quasi intégralement composé par le bassiste. Le titre éponyme, Splatch ou Portia devinrent ainsi de nouveaux standards du trompettiste. Après la bande originale du film Siesta, les deux hommes signent en 1989 un autre chef-d’œuvre, Amandla, ultime disque de Miles. Après l’album et la tournée Tutu Revisited, Miller rend un nouvel hommage à l’auteur de So What à l’occasion du centenaire de sa naissance avec le spectacle « We Want Miles ! », clin d’œil au disque live éponyme qui marqua le retour du maestro aux affaires en 1981 grâce à une génération de jeunes musiciens. Ce sont eux – Mike Stern à la guitare, Bill Evans au saxophone, Mino Cinelu aux percussions et donc Marcus Miller, magicien du « slap » – que le public aura le plaisir de voir à Marciac le 28 juillet avec le renfort de Russell Gunn à la trompette, de Brett Williams aux claviers et d’Anwar Marshall à la batterie. Bref, l’un des événements de cette édition.

En première partie de cette soirée du 28, c’est le génie de John Coltrane qui sera salué par le saxophoniste James Carter à travers « Trane : A Centennial Supreme ». Pour cette création, Carter sera entouré par l’organiste Gerard Gibbs, le batteur Alex White, le tromboniste Steve Turre et le contrebassiste Hilliard Greene. On reviendra à Miles Davis le 2 août avec le concert « New Sketches of Spain » où le trompettiste Erik Truffaz s’alliera au saxophoniste et chanteur flamenco Antonio Lizana pour livrer leur version personnelle du classique de Miles en compagnie de cinq autres musiciens et d’une danseuse. Quant à Thomas Dutronc, il clôturera le festival 2026 le 5 août par un hommage à Chet Baker, Django Reinhardt et d’autres classiques du jazz.

Pop et funk
A l’instar du festival de Montreux ou de celui de Nice, Marciac s’est largement ouvert depuis des années au rock, à la pop, au funk et à beaucoup d’autres musiques. L’édition 2026 ne néglige pas cette ouverture avec, par exemple, la présence le 27 juillet d’Asaf Avidan, auteur-compositeur-interprète israélien dont la musique est précisément au croisement de multiples genres. Le dernier album de l’artiste à la voix singulière, Unfurl, sorti en fin d’année, donne sacrément envie de découvrir sa prochaine prestation scénique. Autre rendez-vous attendu : celui avec Selah Sue le 25 juillet. Folk, soul, pop ou jazz, la chanteuse belge a toujours dépassé les frontières et son récent disque, Movin’, réalisé avec The Gallands (tandem père-fils composé de Stéphane et d’Elvin Galland), le démontre une nouvelle fois.

Le public de Marciac retrouvera le 23 juillet un habitué de l’étape en la personne de Keziah Jones qui délivrera ses tubes funk-blues mâtinés de rock tandis que le jeune bassiste espagnol Vincen García fera découvrir ce même soir son redoutable cocktail jazz-funk confirmé par un deuxième album, Vivace, dont le titre résonne comme une promesse. Le groupe français pop-rock Feu! Chatterton emmené par Arthur Teboul ne devrait pas non plus démentir les promesses incendiaires annoncées par son nom. Leurs fans ont déjà coché la date du 3 août.

Côté funk, le mythique groupe Kool & the Gang sera de la partie le 4 août. Machine à tubes (Celebration, Fresh, Cherish, Get Down On It, Jungle Boogie…), cette inoxydable formation a défié les époques et les modes. Moins célèbres que leurs illustres aînés, les excellents musiciens de Brooklyn Funk Essentials, portés par la voix d’Alison Limerick, méritent le détour. Leur groove assume l’héritage tout en apportant une touche très personnelle et, là encore, une capacité à transcender les genres musicaux. Cette programmation du 4 août, mêlant les « anciens » et les « modernes » est finalement à l’image de l’esprit de Jazz in Marciac jetant des ponts entre les générations et les talents. Bon festival…
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