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Opéra national du Capitole • Otello de Giuseppe Verdi

by Bruno del Puerto

Épouse d’Otello, elle est l’héroïne de la tragédie écrite par William Shakespeare, Le Maure de Venise datant de 1603. La base même du livret de l’opéra en quatre actes, livret écrit en vers par Arrigo Boïto, épaulé tout au long par Giuseppe Verdi, un travail de plus de quatre ans, de 1880 à 1884. Et bien sûr, musique d’un Verdi septuagénaire, composée à partir de 1884, une musique qui, on le remarquera, renonce au primat sur un verbe constamment puissant. D’où l’intérêt capital des surtitres pour un tel ouvrage.

Portrait De Giuseppe Verdi Par Giovanni Boldini
Portrait de Giuseppe Verdi par Giovanni Boldini

C’est parti pour six représentations du 14 au 26 avril au Théâtre du Capitole dans la mise en scène de Nicolas Joël, sous la direction du chef Carlo Montanaro avec dans la fosse, les musiciens de l’Orchestre national du Capitole et le Chœur et la Maîtrise de l’Opéra national du Capitole. Soyez tout ouï ! Pas d’arias, pas de morceaux de bravoure, rien qu’un interminable et impitoyable récitatif imbriqué étroitement au contenu du texte. La musique déferle inexorablement et emporte les personnages.

Pour dérouler le fil des acteurs qui participent au livret, sachons que dans le premier acte, ce sont surtout les éléments naturels qui sont les maîtres grâce au talent de Nicolas Joël et de toute la brigade agissante alors soit, Ezio Frigerio pour les décors, Franca Squarciapino pour les costumes et Vinicio Cheli pour les lumières. Otello rejoint son île de Chypre, venant de Venise et son épouse Desdémone arrivant sur une autre embarcation. Les retrouvailles se font sur le sol cypriote entre, le ténor américain Michael Fabiano et la soprano Adriana González.

Otello

Desdemona est “tombée“ sous le charme de ce vaillant et émérite combattant. De la soumission paternelle à laquelle elle désobéit, elle est passée à la loi d’Otello, qu’elle aime parce qu’elle l’admire. De plus, elle l’a élu, elle, la patricienne de l’orgueilleuse Cité qui dicte alors sa loi à la mer, elle l’a élu dans la « race » rejetée. (On n’oublie pas que nous sommes au XVè siècle italien). Et, il est aussi plus âgé que son fringant fiancé Roderigo, choisi dans son milieu, qui ne “digère“ pas d’avoir été écarté par un tel concurrent. Mais, Desdemona ne passe son temps à subir. Elle a fui la cellule familiale et son milieu, et elle s’apprête même à intercéder auprès d’Otello pour aider le jeune Cassio, humilié pour une autre affaire, tout nouvellement promu capitaine par Otello. Et ce, en concurrence avec Iago, fulminant de jalousie, qui n’aura de cesse de se venger. Iago, qui va fomenter une véritable machination. Par sa détermination, Desdemona déclenchera, en toute innocence, une crise de jalousie que son époux est incapable de maîtriser car amplifiée par un sentiment de profonde désillusion. Tel, que même sa mort ne suffira pas et conduira Otello, informé de sa terrible méprise, à se supprimer.

Otello
Otello – Le voile brodé de Desdemona

Mais nous allons suivre un certain mouchoir dont le chemin est littéralement le fil conducteur du drame. Ce magnifique travail de broderie appartient à Desdémone qui le tend à son époux lors des retrouvailles et qui le laisse malencontreusement tomber à terre. C’est sa suivante Emilia – Irina Sherazadishvili qui le ramasse. Emilia, qui est l’épouse de Iago, l’enseigne de vaisseau du More. Iago est le baryton Nikoloz Lagvilava. Iago qui fomente un mauvais coup. Iago, c’est le mal en soi, le diable fait homme, le négateur absolu. Verdi lui réserve un Credo écrit par Boïto, où le maître-fourbe, seul en face de lui-même, se laisse aller à une profession de foi démoniaque. Il force son épouse à lui remettre le mouchoir qu’il compte camoufler dans les affaires d’un certain Cassio, et s’arranger pour faire en sorte qu’Otello réclame ce mouchoir à son épouse qui ne peut, bien sûr, le lui montrer. Par contre, il faut qu’il le voie entre les mains du jeune Cassio, le ténor Julien Dran.

Le Maure Et Desdémone Eduard Büchel (1835 1903)
Le Maure et Desdémone – Eduard Büchel (1835-1903)

Et là, le drame est enclenché. Le Maure ne comprend pas pourquoi ce mouchoir est entre les mains du jeune Cassio. Il n’est plus qu’un époux rongé par le soupçon. Fausse complaisance, insinuations trompeuses, conseils machiavéliques, Iago est à la manœuvre. Le Maure finit par douter de la fidélité de sa femme. Victime de l’effroyable machinerie, il pleure son honneur perdu, il insulte sa femme en public, la jette à terre et va s’adresser à l’épouse livide dans un récitatif pathétique,  la maudissant. Il finira par la tuer. Il se suicide misérablement quand il comprend enfin sa terrible méprise. Un suicide qui n’est pas un acte héroïque cherchant à racheter sa gloire passée : seulement une mort de désespoir, une mort d’amour. Pour le rôle d’Otello, il faut un ténor dramatique mais surtout possédant un sens théâtral hors du commun. Auront participé à la descente aux enfers, Andrès Sulbaran en Roderigo, gentilhomme vénitien, fiancé déçu, le ténor Jean-François Setti dans le rôle de Lodovico, ambassadeur de la République de Venise et la basse Zaza Gagua dans celui de Montano, précédent gouverneur de l’île.

Otello La Mort De Desdemona Alexandre Collin
Otello – La mort de Desdemona – Alexandre Collin

D’Arrigo Boïto, extraits d’un texte paru en 1888 en introduction à la Disposizione scenica recommandée par Giulio Ricordi et destinée aux théâtres souhaitant monter Otello.

Sur Otello, le personnage est digne d’être aimé et de quelle passion il est capable. Ce merveilleux amour enfante une terrible jalousie, l’œuvre de la méchanceté de Iago.(…) La jalousie ? Le mot est prononcé, Iago a tout d’abord blessé le Maure au cœur et il n’est plus reconnaissable. Il avait toute sa raison, à présent il fait erreur. Il était fort, à présent il est brisé (…) Otello avance pas à pas à travers les tourments les plus terribles qui puissent être infligés au cœur humain : le doute, la rage, la chute mortelle. Il est la toute première victime de Iago. (…)

Sur Iago, il fait le mal au nom du mal. Il est l’artiste de la perfidie. (…) Chaque parole prononcée par Iago est celle d’un homme infâme, mais bien un homme. Il doit être jeune, de belle apparence, un être aux multiples visages. C’est un adjudant d’apparence attirante mais montrant la disposition la plus infamante qu’ait jamais eue un homme sur cette terre (…)

Sur Desdemona, l’air, le regard, l’accent sont les trois sources d’expression dans l’art déclamatoire. (…) La figure sereine et chaste de Desdemona, (douce mais sûrement pas mièvre), doit présenter une profonde expression de l’amour, de la pureté, de la noblesse, de la bonté, de l’innocence et du dévouement. (…)

Michel Grialou

Opéra national du Capitole

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