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Orchestre Philharmonique de Radio France • Tugan Sokhiev (direction)

by Bruno del Puerto

De Schumann à Stravinsky avec Tugan Sokhiev

Dans le Cycle Les Grands Interprètes, le concert aura pour chef d’orchestre Tugan Sokhiev qui dirige l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Au programme, la musique de ballet Petrouchka (version 1947) d’Igor Stravinsky précédée du Concerto pour piano et orchestre de Robert Schumann avec le pianiste Yefim Bronfman. Le samedi 14 mars à la Halle aux Grains.

Tugan Sokhiev © Jeremy Xie
Tugan Sokhiev © Jeremy Xie

Le programme de ce concert :

Robert Schumann
Concerto pour piano et orchestre en la mineur

Igor Stravinsky
Petrouchka (version 1947)

Concernant les artistes, on ne vous fera pas injure de vous présenter Tugan Sokhiev que les habitués de la Halle connaissent si bien depuis plus de vingt ans en tant que chef et ont pu connaître aussi en tant que chef de fosse au Théâtre du Capitole. Quant au Phil’, c’est un abonné à la Halle grâce à Grands Interprètes.

Quelques mots sur Yefim Bronfman, un “grand“ comme on dit du clavier :   Reconnu internationalement comme l’un des pianistes les plus acclamés et admirés de notre époque, Yefim Bronfman fait partie des rares artistes régulièrement sollicités par les festivals, les orchestres, les chefs d’orchestre et les séries de récitals. Sa technique impressionnante, sa puissance et ses dons lyriques exceptionnels sont régulièrement salués par la presse et le public.

Yefim Bronfman © Dario Acosta
Yefim Bronfman © Dario Acosta

Il est fréquemment en tournée avec les plus grands orchestres et chefs d’orchestre du monde. Durant la saison 2024/25 il aura parcouru les États-Unis et l’Europe.

Yefim Bronfman travaille régulièrement avec un groupe illustre de chefs d’orchestre. Ses engagements estivaux l’ont régulièrement conduit aux principaux festivals d’Europe et des États-Unis. Toujours désireux d’explorer le répertoire de la musique de chambre, il a joué avec des partenaires aussi prestigieux. Il est largement salué pour ses nombreux enregistrements en solo, en musique de chambre et avec orchestre,

Né à Tachkent en Union soviétique, Yefim Bronfman a émigré en Israël avec sa famille en 1973 où il a étudié avec le pianiste Arie Vardi, directeur de l’Académie de musique Rubin de l’Université de Tel Aviv. Aux États-Unis, il a étudié à la Juilliard School, à la Marlboro School of Music et au Curtis Institute of Music.

Portrait D'Igor Stravinsky En 1915 Par Jacques Émile Blanche (Wikipédia)
Portrait d’Igor Stravinsky en 1915 par Jacques Émile Blanche (Wikipédia)

D’où vient Petrouchka ! La partition arrive après L’oiseau de feu-1910 et devance Le Sacre du printemps-1913. Stravinsky est près de Lausanne, sa femme prête à accoucher. De Venise, après vacances, remontent Serge de Diaghilev et son protégé le danseur Nijinsky. Le compositeur lui parle d’une sorte de “Könzerstuck“ pour piano et orchestre, dont le premier mouvement est déjà achevé, à défaut de quelques pages sur la commande du futur ballet Le Sacre. Diaghilev condescend à l’écoute.

« En composant cette musique, j’avais nettement la vision d’un pantin subitement déchaîné qui, par ses cascades d’arpèges diaboliques, exaspère la patience de l’orchestre, lequel à son tour, lui réplique par des fanfares menaçantes. Il s’ensuit une terrible bagarre qui, arrivée à son paroxysme, se termine par l’affaissement douloureux et plaintif du pauvre pantin. Ce morceau bizarre achevé, je cherchai pendant des heures en me promenant au bord du Léman, le titre qui exprimerait en un seul mot le caractère de ma musique et conséquemment la figure de mon personnage…Un jour, je sursautai de joie. Petrouchka ! L’éternel et malheureux héros de toutes les foires, de tous les pays ! C’était bien ça, j’avais trouvé mon titre ! » Chroniques de ma vie.

Diaghilev adhère au projet et encourage le musicien sur la voie de musique de ballet pour cette partition. Une fois de plus, le grand “sourcier“ russe, ce découvreur de talents hors-pair au flair incroyable pour le choix des musiques écrites avait vu juste.

Petrouchka
Petrouchka parAlexandre Benois – Musee de l’Opera

Petrouchka est une succession de scènes burlesques en quatre tableaux d’Igor Stravinski et Alexandre Benois.

La création eut lieu à Paris le 13 juin 1911 au Théâtre du Chatelet sous la direction de Pierre Monteux. La chorégraphie est de Fokine, le décor d’Alexandre Benois, l’interprétation inspirée de Nijinsky, tout concourt au triomphe.

Tableau 1 : Fête populaire de la Semaine Grasse

Tableau 2 : Chez Petrouchka

Tableau 3 : Chez le Maure

Tableau 4 : Fête populaire de la Semaine Grasse vers le soir, et mort de Petrouchka

Successivement, environ 10 puis 4 et 7 et enfin 13 soit 34 minutes, deux longs encadrant deux courts, quatre situations d’une incroyable richesse tant musicale que chorégraphique sur quinze numéros.

Orchestre Philharmonique De Radio France © Christophe Abramowitz Radio France
Orchestre Philharmonique de Radio France © Christophe Abramowitz / Radio France

Parlons effectif. Pour la version 1947, il est réduit par rapport à la création : les bois sont par 3 ou 4 dont 2 petites flûtes et un contrebasson – 4 cors – 4 trompettes dont 2 cornets à piston – 3 trombones et un tuba – timbales et une très importante percussion avec cloches et xylophone et célesta. On n’oublie pas les 2 harpes et le piano pour son côté percussif et bien sûr, tous les pupitres de cordes.

Un mot sur le scénario qui constitue davantage une succession d’images qu’une narration. Dans l’argument porté en frontispice de la partition, tout semble regard. Le drame fait évoluer ces images et les personnages qui s’y inscrivent comme une mécanique inexorable dénuée de tout romantisme, sans aucune préoccupation de réalisme.

Voyons côté musique. Elle ressemble elle aussi à une succession de tableaux, de “collages“ plutôt, avec ses plages de couleurs crues, fortement contrastées, ses “objets trouvés“. Trois dans le Premier tableau puis un seul dans le Deuxième, suivi de trois dans le Troisième et enfin neuf dans le Quatrième. Les célèbres chansons populaires “Elle avait une jambe de bois“ (française) ou “Épouse-moi, chéri“ (russe), deux valses empruntées à un certain Lanner, un grand nombre de thèmes populaires russes, tout cela est serti dans une trame sonore puissamment diatonique qui change par saccades, comme les images d’une lanterne magique. Quant au rythme, avoir toujours à l’esprit que Petrouchka est une écriture destinée pour être une musique de ballet. Elle doit être propice à la danse, se plaquant parfaitement sur les structures nécessairement cloisonnées, contrastées, puissamment articulées. Des contraintes qui rendent ces partitions plus difficiles à diriger en concert.

Bien sûr, et contrairement aux us durant une représentation du ballet, les applaudissements ne sont pas nécessaires du tout à la fin de chacun des quinze  tableaux et on attendra gentiment la fin du dernier pour manifester son enthousiasme !!

Clara Et Robert Schumann Dans Un Daguerréotype De 1850
Clara et Robert Schumann dans un daguerréotype de 1850

Concernant, de Robert Schumann, le Concerto pour piano et orchestre en la mineur, op. 54

Pour suivre, c’est le prototype même du “concerto romantique“ : le Concertopour piano et orchestre, inspiré par, et écrit pour son épouse Clara. Un concerto pour piano à part, qui se désolidarise des œuvres virtuoses et brillantes, alors très à la mode, où le soliste, homme seul, est aux prises avec l’orchestre, monde entier. Un concerto que Liszt n’hésitera pas à qualifier, aimablement, de “concerto sans soliste“. Il faut ici un véritable interprète. Ce concerto demande une certaine somme de qualités. Le dernier mouvement, particulièrement jubilatoire et techniquement exigeant, en fait foi. Si c’est seulement pour époustoufler, l’artiste doit choisir un autre concerto. De l’aveu même du compositeur, l’œuvre se situe “entre le concerto, la symphonie et la grande sonate“.La gestation pour ce concerto pour piano unique aura duré quatre ans et sera créé en 1845.

Mais, revenons à Clara. Fut-elle donc déraisonnée, la passion qu’il éprouve pour cette jeune élève de… treize ans, devenue son épouse sept ans plus tard après une lutte acharnée avec le futur beau-père ? Cette passion va cependant le conduire, du moins, peut-on le penser, ou non ! à la création de chefs-d’œuvre musicaux universellement reconnus, mais aussi à la conception d’un enfant tous les deux ans soit sept au total, et enfin à la dépression, tout au long de sa vie et pour finir, à la folie. Schumann était aussi un virtuose contrarié suite à un problème mécanique au niveau d’un doigt d’une main.

C’est pour Clara qu’il écrit en mai 1841, année du mariage acquis de haute lutte, la Fantaisie pour piano avec accompagnement d’orchestre, une première mouture de ce qui deviendra, quatre ans et six refus d’éditeurs plus tard, le premier des trois mouvements du Concerto pour piano et orchestre, op. 54. Pianiste virtuose depuis son plus jeune âge et formée par papa Wieck, Clara le jouera partout et en aura quasiment le monopole jusqu’à la fin de sa vie. Elle notera : « Le piano se fond à l’orchestre de la manière la plus subtile – impossible de penser l’un séparément de l’autre. »

I – Allegro affetuoso

II – Intermezzo: Andantino grazioso

III – Allegro vivace

« Le rôle du soliste est celui d’un modèle, d’une référence : il doit porter le contenu profond de l’œuvre sa tension interne, pour les faire passer ensuite à l’orchestre. Cette exigence de Schumann se fait aussi très nettement sentir dans la cadence, qui est composée intégralement et ne laisse donc aucune place aux acrobaties personnelles du soliste. » N. Harnoncourt

Michel Grialou

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