Les musiciens de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse seront dirigés par le chef espagnol Josep Pons, un habitué de la phalange, et de la Halle, en ce samedi 7 février à 20h. Les chœurs sont ceux de l’Orfeón Donostiarra, menés par leur chef José Antonio Sainz Alfaro. La soliste solo est la soprano Lauranne Oliva.

Comme Josep Pons, qui a, comme on dit, les clefs de la Halle, c’est pareil pour les amateurs de ce magnifique ensemble de dévoués à l’art du chant, les membres de l’Orfeon Donostiarra. Ils fréquentent le lieu depuis bientôt un demi-siècle. On les retrouve dans nombres d’enregistrements de l’Orchestre du temps de Michel Plasson. Quant à la toute jeune soprano Lauranne Oliva, né en Pyrénées Orientales, fervente catalane, elle est la valeur montante, plus que repérée ! dans le monde du lyrique. Ne dit-on pas : « Lauranne possède ce talent rare de l’évidence, un naturel et un instinct dont la pureté d’intention touche d’emblée au cœur. » Il semblerait que la conjugaison de la scène et l’air des hauteurs pyrénéennes lui conviennent parfaitement.

Musicien fécond, Francis Poulenc aborde des domaines très variés, aussi bien des œuvres pour piano que musique de chambre, ouvrages lyriques, mais encore de nombreuses mélodies et chansons, œuvres religieuses. Né dans une période exceptionnelle d’effervescence intellectuelle, Francis Poulenc a épousé la première moitié du XXe siècle en adoptant ses excès, ses modes et ses accents bigarrés, de Jean Cocteau au groupe des musiciens dit des Six, de Paul Éluard à Guillaume Apollinaire, jusqu’à Georges Bernanos (la violence et la spiritualité des Dialogues des Carmélites). Pour qui n’aurait pas entendu une note de sa musique, cette profession de foi rédigée pour un éditeur, à l’âge de vingt ans (en 1919) reflète son indépendance : « Mes quatre auteurs préférés sont Bach, Mozart, Satie et Stravinsky. Je n’aime pas du tout Beethoven ; je déteste Wagner… Je n’aime pas César Frank parce que ce n’est pas de l’art latin… Maintenant, point capital, je ne suis pas un musicien cubiste, encore moins futuriste et, bien entendu, pas impressionniste. Je suis un musicien sans étiquette. »
Le côté religieux daterait de 1936 – il a 36 ans – lors d’un pèlerinage à Rocamadour (Lot) où il retrouve la foi de son enfance, ce qui se traduit notamment par une série d’œuvres religieuses : Les Litanies à la Vierge Noire de Rocamadour, la Messe en sol majeur, les Quatre Motets pour un temps de pénitence, … et viendront le Stabat mater de 1950, puis le Gloria de 1959 juste après La Voix humaine et Dialogue des Carmélites et avant les Sept Répons des ténèbres.

Le Gloria en sol majeur pour soprano solo, chœur mixte et orchestre, une commande de la Fondation Serge Koussevitzky, fut écrit en 1959, créé à Boston sous la direction de Charles Munch le 20 janvier 1961, et donné à Paris le 14 février suivant. Typique apparaît ce commentaire de son auteur : « Mon Stabat, c’est un chœur a cappella, mon Gloria, une grande symphonie chorale. La deuxième partie a fait scandale, je me demande bien pourquoi. J’ai pensé simplement, en l’écrivant, à ces fresques de Gozzoli où les anges tirent la langue ; et aussi, à ces graves bénédictins que j’ai vu un jour jouer au football ». En fait, si le Gloria commence dans l’éclat et la joie, il s’achève sur une prière d’une grande intensité expressive. À ce titre, il n’est pas interdit d’y voir un reflet de l’évolution spirituelle de son compositeur.
Comme celui de Vivaldi, le Gloria de Poulenc forme un tout en soi, ne fait pas partie de l’ordinaire d’une Messe. Il y a six sections fortement contrastées, la soprano solo intervenant dans la troisième et la cinquième puis brièvement dans la dernière.
La première (Gloria) est jubilatoire. Orchestre et chœur s’opposent et se répondent sur un pied d’égalité, jusqu’à la conclusion abrupte.
La deuxième (Laudamus te) rythmée et saccadée, parut quelque peu déplacée ! Au centre (Gratias agimus), un épisode recueilli a cappella.
La troisième (Domine Deus) pour soprano, chœur et orchestre vaut par l’ampleur de son lyrisme.
La quatrième (Domine fili), sorte d’intermède rapide, combine l’éclat de la première et le côté incisif de la deuxième.
La cinquième (Domine Deus) prolonge et approfondit la troisième, et prend l’aspect d’une poignante méditation.
La sixième (Qui sedes), la plus développée, débute dans une atmosphère solennelle. Les paroles sont déclamées lentement, avec majesté. Une progression grandiose est soudainement interrompue par le lointain Amen de la soprano. Cette démarche est reprise, mais fortement abrégée, et l’œuvre se termine dans la sérénité, aux limites du silence.

Le Stabat Mater de Francis Poulenc, ouvrage plus rarement donné, est en douze mouvements pour chœur, chœur a cappella et soprano.
Le Francis Poulenc du Stabat Mater n’est pas celui des “ années folles “, celui qui donne dans l’érotisme avec son ballet Les Biches (1924), ou dans la grivoiserie avec les Chansons gaillardes (1926), ou encore dans la provocation surréaliste avec Les Mariés de la Tour Eiffel (1921). C’est plutôt celui du moine, « Il y a en lui, du moine et du voyou. » dixit Claude Rolland. Ce seront, en 1936 les Litanies à la Vierge Noire, puis en 1937 une Messe a cappella, puis quatre Motets pour un temps de pénitence.
En 1949, pour rendre hommage à son ami décédé, le peintre et décorateur Christian Bérard, il songe tout d’abord à un requiem, mais il trouve cela trop pompeux. Puis, l’hymne composé à la fin du XIIIe siècle a davantage ses faveurs pour plusieurs raisons. D’autre part, l’œuvre, à son goût, n’en est pas moins aussi tragique qu’une messe des morts. Et les souffrances physiques du Christ et celles – morales – de sa mère sont traitées avec une chaleur humaine, une « caressante tendresse » parfaitement conformes à son génie catholique et latin. De son propre aveu, le Stabat Mater trouve naturellement son prolongement dans l’opéra qui occupera cinq ans de sa vie : Le Dialogue des Carmélites, ouvrage devenu une pépite du répertoire lyrique du XXe siècle.
Pas de percussions et pas d’orgue dans ce grand orchestre qui ne présente pas moins que : 2 flûtes, un piccolo, 2 hautbois, un cor anglais, 2 clarinettes, une clarinette basse, 3 bassons, 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, timbales et 2 harpes. Une composition orchestrale à remarquer pour une œuvre chorale de ce type. Durée environ trente minutes.
Orchestre national du Capitole
