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Samedi 26 Septembre 2020

Théâtre du Capitole

Être ou ne pas être fidèle

Par Jérôme Gac

« Così fan tutte », de Mozart, est à l’affiche du Théâtre du Capitole dans une mise en scène d’Ivan Alexandre, avec Anne-Catherine Gillet et Mathias Vidal, sous la direction de Speranza Scappucci.

La première de « Così fan tutte » eut lieu le 26 janvier 1790, au Burgtheater, à Vienne. Commande de l’Empereur d’Autriche Joseph II, l’œuvre fut écrite par Wolfgang Amadeus Mozart et le librettiste Lorenzo Da Ponte pour le théâtre de la cour, à la suite du succès des « Noces de Figaro ». Après cinq représentations, la mort de l’Empereur interrompit la série. Il y eut quelques reprises l’année suivante, puis l’œuvre tomba dans l’oubli jusqu’en 1819. « Così fan tutte » est une œuvre originale, contrairement aux ouvrages précédents de la trilogie écrite par Mozart et Da Ponte, « les Noces de Figaro » (1786) et « Don Giovanni » (1787), qui sont des adaptations des pièces de Beaumarchais et de Molière.

 

Cosi Fan Tutte Ivan Alexandre Photo©Mats Backer Drottningholms

« Così fan tutte » © Mats Backer

 

Malgré ce caractère original, la trame de « Così fan tutte » a toutefois déjà été largement exploitée par le théâtre et la littérature. L’histoire se déroule en une journée, à Naples, où deux militaires, Ferrando et Guglielmo, sûrs de l’amour de leurs fiancées Dorabella et sa sœur Fiordiligi, se lancent avec leur ami poète et philosophe Don Alfonso dans une querelle sur la constance des femmes. Don Alfonso fait alors le pari que les deux hommes seront trompés avant le soir par leurs fiancées. L’intrigue reprend un fait divers qui a longtemps fait chuchoter la mondanité viennoise: à Trieste, deux officiers auraient échangé leurs femmes… Ni victimes, ni gagnants, Da Ponte offre ici une fin heureuse aux amants.

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« Così fan tutte » s’inscrit dans le genre du dramma giocoso (parfois qualifiée d’opera buffa), au même titre que « la Finta giardiniera » (1775) et « Don Giovanni », précédents ouvrages du musicien. Le dramma giocoso («drame joyeux») reprend les codes comiques de l’opera buffa tout en y incorporant des éléments d’opera seria, souvent autour de situations plus pathétiques ou de personnages plus sérieux. Tiraillé entre opera seria et opera buffa, il se construit en deux actes autour d’une intrigue à laquelle viennent se mêler passion et sentiments et qui s’achève sur un ton joyeux où chacun retrouve sa place.

Dans « Così fan tutte », le texte donne un caractère ironique à ce dramma giocoso – ce qui est inhabituel dans ce genre d’ouvrage – et la musique vient décupler cette veine parodique du genre opera seria. Le livret est saupoudré de références propres à l’opera seria, mais elles sont portées en dérision: les déesses (les jeunes femmes sont comparées à «des Pénélope, des Vénus et des Artémis», dans le premier acte), les attraits de la mythologie grecque (elles sont ensuite qualifiées de «pires que la barque de Caron ou la grotte de Vulcain»), la manière tragique de s’étendre sentimentalement. Si les personnages de « Così fan tutte », de par la tragédie qui les anime, sont comparables à ceux de l’opera seria, ils sont pourtant dévêtus de leur caractère symbolique et fantastique. Ici, l’héroïsme est chanté de manière ironique, surestimé pour une vie simple, dénuée du mythe.

Même si le ton est ici plus léger, Da Ponte, plus libre dans la rédaction de son livret, se place dans la continuité des « Noces de Figaro » et de « Don Giovanni » en conservant le même esprit, celui du siècle des Lumières. Ces ouvrages se rejoignent également dans les sujets abordés: amour, jeu de rôle, bonheur, désillusion, rapport de pouvoir… avec pour chacun une morale à la clé: on retrouve ainsi dans « Così fan tutte » le thème de l’amour juvénile (Cherubino) dans l’expression naïve des sentiments réciproques des amants ; « Don Giovanni » et « Così fan tutte » se rejoignent aussi à travers la psychologie des personnages qui reflète la nature complexe de l’être humain – le premier dans la fièvre violente et un rythme effréné, le second dans une comédie plus légère et pleine d’ironie.

L’ambiance et les personnages diffèrent, mais on retrouve bien dans « Così fan tutte » la patte de la collaboration entre le musicien et le poète sur le plan musical. L’argument reste ténue, ce qui permet à la musique de prendre la place d’un véritable protagoniste. Mozart donne à sa partition le pouvoir d’habiller les sentiments, du comique au drame sérieux qui meurtrit les cœurs. Mais si les paroles ou les masques peuvent tromper, la musique est ici pleine d’honnêteté. Dans les ensembles, le compositeur joue avec les voix qui se rapprochent ou s’opposent, pour donner à entendre l’évolution des sentiments des personnages: on perçoit ainsi les alliances des hommes contre Don Alfonso, ou encore les élans pathétiques de refus définitif de l’amour des femmes.

 

La production d’Ivan Alexandre, qui ouvre à Toulouse la saison du Théâtre du Capitole, a été conçue avec des décors et des costumes d’Antoine Fontaine pour le théâtre baroque de Drottningholm et l’Opéra royal de Versailles. Ivan Alexandre a placé sa mise en scène sous le signe du jeu, aussi bien le jeu théâtral que le jeu de société. Les amants y font tour à tour le spectacle et le public. Le metteur en scène prévient: «Ce jeu de la représentation est à l’origine du dispositif: un théâtre posé sur la terre ferme, qui est elle-même un théâtre, etc. Quant au jeu de société, nous l’avons matérialisé sous la forme de cartes, qui dévorent peu à peu l’espace. C’était aussi pour moi un moyen d’effacer la frontière entre la scène et la vie comme le font les auteurs dans « Così… », un opéra qui ne repose ni sur l’horlogerie théâtrale de « Figaro » ni sur le mythe ancestral de « Don Giovanni », mais sur l’expérience intime, sur la cruauté du désir, sur la chair humaine – au sens large puisque les auteurs ne nous disent rien de leurs créatures, de leur histoire, de leur singularité. Nos cartes opèrent comme un passe-partout. Elles nous permettent de naviguer entre la scène et la vie, de semer la confusion entre le joué et le vécu comme le font Mozart et son poète.»

À propos de sa mise en scène, Ivan Alexandre poursuit: «Il me semblait que tout aurait l’air plus direct, plus libre, en accordant au même diapason ce qu’on voit et ce qu’on entend. En veillant toutefois à ce que décor et habits ne servent pas de caution historique. Qu’ils jouent ici et maintenant. Nous avons donc imaginé un XVIIIe stylisé, presque invisible. On ne lui fait pas réciter le vieux cantique sur “les ridicules de l’ancien régime”, mais on ne le révère pas à genoux. On l’esquisse, on le chatouille. Puisque nous jouons sur deux niveaux – un tréteau théâtral et un plateau quotidien –, il nous arrive d’enfreindre le code pour nous promener aussi librement dans le temps que dans l’espace. Imposer le moins possible, permettre le plus possible. Là encore, le jeu, le jeu.»

 

Speranza Scappucci

Speranza Scappucci

 

L’Italienne Speranza Scappucci fera ses débuts dans la fosse, à la tête de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse. On retrouvera la soprano belge Anne-Catherine Gillet, qui a plusieurs fois chanté sur cette scène et qui abordera pour la première fois le rôle de Fiordiligi. À ses côtés, la mezzo-soprano québécoise Julie Boulianne interprètera le rôle de Dorabella, et la soprano Sandrine Buendia sera Despina. Pour leurs débuts sur la scène du Théâtre du Capitole, le ténor Mathias Vidal endossera le costume de Ferrando, et le baryton Jean-Fernand Setti celui de Don Alfonso. Enfin, le baryton Alexandre Duhamel chantera le rôle de Guglielmo.

Jérôme Gac
pour le mensuel Intramuros

Billetterie en Ligne du Théâtre du Capitole

Théâtre du Capitole

 

 

En 2020/2021, des chefs-d’œuvre pour soigner nos esprits et nos cœurs !

 En ouverture de la saison 2020/2021, Les Pécheurs de perles du jeune Bizet nous rappelleront que toute soirée de théâtre est une invitation au voyage. Le chorégraphe Thomas Lebrun y mettra en scène son premier grand opéra et Emmanuel Plasson dirigera. Après ce pilier de notre répertoire, une première à Toulouse : Le Viol de Lucrèce, chef-d’œuvre bouleversant de Benjamin Britten. Anne Delbée pourra y déployer son vif génie de la tragédie. Le grand baryton français Stéphane Degout incarnera pour la première fois le rôle-titre d’Eugène Onéguine dans une nouvelle production confiée à deux jeunes talents singuliers, le metteur en scène Florent Siaud et le chef d’orchestre Gábor Káli. Eric Ruf, directeur de la Comédie-Française, nous présentera ensuite son Pelléas et Mélisande, avec la toute première Mélisande de Victoire Bunel. Et Les Noces de Figaro verront les premières Comtesse de Karine Deshayes et Susanna d’Anaïs Constans ! Pour finir la saison : La Force du destin de Verdi, l’un des sommets absolus de l’œuvre de Verdi, avec Catherine Hunold et Nicolas Courjal, puis Elektra de Strauss confiée à Michel Fau et Frank Beermann.

Dans notre arène, s’affronteront pour notre plus grand plaisir Ricarda Merbeth, Violeta Urmana, Johanna Rusanen et Matthias Goerne ! Quelques grands chanteurs viendront en récital : Sabine Devieilhe, Alexandre Tharaud, Marina Rebeka, Nelson Goerner et Véronique Gens.

L’immense Jordi Savall, qui entame une résidence en Occitanie, nous présentera le rare et éblouissant

Teuzzone de Vivaldi. Avec le théâtre Garonne, nous produirons le premier spectacle lyrique en France de Silvia Costa, talent singulier de la mise en scène, autour de Debussy et Janáček. Enfin, nous rendrons hommage à deux compositeurs nés sur nos terres mais au génie universel : Gabriel Fauré avec la rare version pour piano de son unique opéra Pénélope, et Déodat de Séverac, auquel la Bibliothèque du Patrimoine de Toulouse consacrera une exposition.

Le Ballet du Capitole est l’une des meilleures compagnies françaises et elle est portée par le talent passionné de Kader Belarbi. Celui-ci pourra enfin créer son Toulouse-Lautrec, annulé en mai 2020, ainsi que Les Saltimbanques, évocation de Rilke et Picasso. Pour les fêtes, nous pourrons donner la mythique Bayadère, chorégraphiée par Thomas Edur dans la plus pure tradition de Petipa. Deux grands chorégraphes d’aujourd’hui seront réunis en une seule soirée : Carolyn Carlson et Thierry Malandain.

Comme toujours, nous pensons à notre jeune public : nous lui consacrerons toute une série de manifestations, ateliers, concerts et récitals. Cette saison, nous lui apporterons le message de Mozart dans les écoles de la Métropole. Surveillez près de chez vous les arrêts du « Bus Figaro » !

 Nous espérons vous accueillir pour cette nouvelle saison au Théâtre du Capitole !

Cosi Fan Tutte

du 26 septembre au 11 octobre 2020

Réservation

Pénélope

vendredi 23 octobre 2020

Réservation

Le Viol de Lucrèce

du 27 novembre au 3 décembre 2020

Réservation

Eugène Onéguine

du 26 janvier au 07 février 2021

Réservation

Teuzzone

dimanche 14 février 2021

Réservation

Pelléas et Mélisande

du 02 mars au 11 mars 2021

Réservation

Les Noces de Figaro

du 02 avril au 13 avril 2021

Réservation

La Force du destin

du 25 mai au 03 juin 2021

Réservation

Elektra

du 25 juin au 02 juillet 2021

Réservation

Toulouse-Lautrec

du 04 novembre au 08 novembre 2020

Réservation

La Bayadère

du 19 décembre au 31 décembre 2020

Réservation

Carlson / Malandain

du 27 avril au 02 mai 2021

Réservation

Les Saltimbanques

du 24 juin au 27 juin 2021

À la Halle aux Grains

Réservation

Sabine Devieilhe (Soprano)

Alexandre Tharaud (Piano)

vendredi 25 septembre 2020

Réservation

Marina Rebeka (Soprano)

Mathieu Pordoy (Piano)

jeudi 15 octobre 2020

Réservation

Chœur du Capitole • Alfonso Caiani (direction)

vendredi 16 octobre 2020 à 20h30

Temple du Salin

Réservation

Concert de Noël • Alfonso Caiani (direction)

samedi 5 décembre 2020 à 20h00

dimanche 6 décembre 2020 à 16h00

Réservation

Matthias Goerne (Baryton)

Nelson Goerner (Piano)

lundi 18 janvier 2021

Réservation

Les Sacqueboutiers

Jean-Pierre Canihac et Daniel Lassalle (direction)

mercredi 03 mars 2021

Réservation

Véronique Gens (Soprano)

Susan Manoff (Piano)

mercredi 26 mai 2021

Réservation

Grace Durham (Mezzo-soprano)

jeudi 1er octobre 2020 à 12h30

Réservation

Carl Ghazarossian (Ténor)

jeudi 28 janvier 2021 à 12h30

Réservation

Aude Extremo (Mezzo-soprano)

jeudi 4 mars 2021 à 12h30

Réservation

Emiliano Gonzalez Toro (Ténor)

Thomas Enhco (Piano)

jeudi 8 avril 2021 à 12h30

Réservation