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Mardi 21 Août 2018

Théâtre du Capitole

La saison du renouveau au Théâtre du Capitole

Par Michel Grialou

Ça bouge, ça s’excite Place du Capitole. Le Théâtre est en ébullition avec son nouveau Directeur artistique, Christophe Ghristi. Qui n’est pas un inconnu sur la place puisqu’il fut dramaturge en ces murs de 1995 à 2009. Cette saison est sa véritable première dont il assume tous les choix.

 

Christophe Ghristi  Christophe Ghristi
 

Son projet est bien tourné vers le renouveau, celui d’abord du répertoire proposé comme celui des invités en ce lieu si plein de références. La scène du Capitole peut s’enorgueillir d’avoir accueilli moult ouvrages, le meilleur comme le pire mais, bizarrement, d’avoir laissé de côté  des chefs-d’œuvre. Ainsi, Die tote Stadt, la Ville morte d’Erich Korngold (1920), ou encore Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas (1907) ou Lucrèce Borgia de Gaetano Donizetti (1840 à Paris) et plus récent, Kopernikus de Claude Vivier (1980). Voilà bien quatre entrées au répertoire sur une saison comportant huit productions. Le pari est fort téméraire mais il est permis de s’en réjouir à l’avance.

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  Théâtre du Capitole

 

Ce sera aussi une ouverture de saison fracassante avec le retour de La Traviata de Verdi après une absence prolongée de plus de quinze ans. Une façon de rendre un vibrant hommage au public fidèle. Quant à Mam’zelle Nitouche d’Hervé, la bonne humeur date de son dernier passage en mars… 1965. Halte chez Richard Strauss avec Ariane à Naxos dont les pôles d’attraction pourraient bien se révéler comme étant la mise en scène de Michel Fau et la direction musicale d’Evan Rogister, repéré ici dans la fosse dans sa direction d’Ernani. Sans oublier en fin de saison, le très romantique Werther de Jules Massenet dans la production tant admirée alors de Nicolas Joël.

 

Choeur du Capitole © Patrice Nin  Choeur du Capitole

 

Avant toutes choses, on se doit de citer la fosse avec les musiciens de l’Orchestre du Capitole dont l’effectif varie d’une production à l’autre, fosse qui vient encore de se faire applaudir plus que chaleureusement par le public pour chaque représentation de La Clémence de Titus, et qui vient ainsi de clore une très belle saison. Pourtant, les conditions peuvent être parfois peu commodes, et l’on pense à eux pour La Walkyrie par exemple. On signale dans la foulée le Chœur et la Maîtrise du Capitole et leur Directeur Alfonso Caiani, et on ne citera que leur dernière performance dans Macbeth. Musiciens et choristes font bien partie, à ce niveau, des piliers du Théâtre du Capitole.

 

Nouvelle mise en scène pour cette Traviata signée Pierre Rambert qui ne devrait pas engendrer le classicisme au vu de son parcours jusque là ! avec des décors d’Antoine Fontaine et des costumes de Frank Sorbier, le choc est au rendez-vous. Si on ajoute la direction de Georges Petrou, venu en voisin du baroque, et le jeu de la double distribution qui va permettre d’entendre aussi bien Anita Hartig que Polina Pastirchak, Kevin Amiel que Airam Hernandez en Alfredo, Nicola Alaimo qu’il est inutile de présenter en papa Germont en alternance avec André Heyboer, fort remarqué à Paris dans La Nonne sanglante de Gounod, les représentations ne souffriront pas pour afficher complet. Mon petit doigt me signale même qu’une supplémentaire serait déjà en vue !!

 

La Ville morte © Opera National de Lorraine  La Ville Morte
 

Pour suivre donc, Die tote Stadt. Après plusieurs années d’éclipse, l’opéra d’Erich Wolfgang Korngold, écrit à 23 ans, effectue depuis quelques années maintenant un come-back fulgurant, rappelant l’époque glorieuse où, au lendemain de sa double création à Cologne et Hambourg, fin 1920, il était parti à l’assaut de Vienne et du Met à New-York. L’heure de la réparation a enfin sonné et ce n’est que justice, en regard de la force théâtrale et des beautés musicales d’une œuvre qui possède tous les atouts pour s’inscrire durablement au répertoire d’un théâtre. On ne doute pas une seconde que le public ne partage pas l’enthousiasme du directeur dans cette mise à l’affiche. N’oublions pas le triomphe qu’il a pu faire à Tiefland la saison dernière. D’autant plus que le héros, Paul, c’est Torsten Kerl qui a enchanté nos oreilles dans Rienzi ici-même, et Marietta, Evgenia Muraveva. Gage supplémentaire, c’est le chef britannique Leo Hussain qui tient la baguette et la production est celle de Philipp Himmelmann, acclamée par tous, dont il a été dit que la lecture enthousiasmante de l’ouvrage était d’une grande intelligence et d’une grande finesse.

 

Peter Sellars  Peter Sellars
 

Et voilà, Kopernikus du compositeur canadien Claude Vivier, également auteur du livret, rare et fascinant opéra en deux actes de 1980, opéra tout entier placé sous le signe du feu et de l’eau, sous-titré  “Un rituel de mort“. Sa mise en scène est confiée à un certain Peter Sellars, grande figure du théâtre, que tout le monde connaît, mais dont c’est la première venue à Toulouse. Cette “féerie mystique“ dixit son compositeur, sans rôle, est une proposition de rituel initiatique, qui jongle entre rêve et réalité, conte philosophique et poème cosmique, qui fait se croiser plusieurs personnages et bien sûr, Copernic. L’auteur écrivait: « Trouver l’âme de l’humanité, la remettre en face d’elle-même, remettre l’individu face à lui-même et à l’infini, face au mystère total qu’est l’Univers, le contempler, pouvoir enfin s’y trouver ». Quant à Sellars, il confie au sujet de cet ouvrage contemporain : « des mondes de la vie, de la mort, à une vie nouvelle, la musique de Vivier trouve la paix au-delà de la paix, le repos sacré dans l’action métaphysique. Les visionnaires sont là. Nous n’avons plus à avoir peur. »

D’une durée de 1h10, ce sera au Théâtre Garonne pour 3 représentations. L’ensemble instrumental L’Instant donné participe au spectacle ainsi que l’Ensemble Vocal Roomful of teeth avec ses sept interprètes.

 

Lucrèce Borgia © Tato Baeza  Lucrèce Borgia

Normalement, ce n’est pas une rareté, et pourtant c’en est une au Capitole. Lucrezia Borgia de ce cher Donizetti ne semble pas avoir franchi le portail depuis plus de cent trente ans. C’est sûrement une entrée au répertoire encore. Ce qui va nous permettre de retrouver sur scène une des plus belles Lucia applaudie il y a une vingtaine d’années, Annick Massis, qui fut aussi une irrésistible Philine dans la foulée. En Duchesse de Ferrare c’est, de plus, une prise de rôle, d’où notre impatience. Dans le rôle d’Alfonso d’Este, Duc de Ferrare, quatrième époux de la dame, la basse Roberto Scanduzzi est de retour au Capitole, artiste qu’on ne présente plus car ses prestations ont été nombreuses ici. Il faut une mezzo, Eléonore Pancrazi pour Maffio Orsini, le jeune noble ami de Gennaro, ce jeune soldat de naissance inconnue, rôle pour ténor dont s’empare Mert Süngü. En réalité, Gennaro est un fils caché de sa mère Lucrèce, qu’elle va empoisonner lui aussi, par mégarde. Quant à Eleonore Pancrazi, sa prestation à Paris dans, à la fois, Trouble in Tahiti et Manga-Café a été fort goûté de tous. La mise en scène est confiée à Emilio Sagi dont nous avions pu apprécier le travail dans Dona Francisquita puis dans Le Turc en Italie. Dans la fosse, le chef italien Giacomo Sagripanti, 36 ans, nommé Jeune Chef de l’année en 2016, fait ses débuts au Capitole. Certains ont toujours dans l’oreille le Stabat Mater de Rossini qu’il dirigea à la Halle courant décembre passé. Et on sait que l’Opéra de Paris où il est loin d’être un inconnu l’accueille encore en novembre pour diriger une Traviata qui sera suivie de L’Elisir d’amore Nous sommes habitués au slogan : la valeur n’attend pas le nombre des années. Rossini, Donizetti n’ont plus de secrets pour lui.

 

Autre entrée au répertoire d’un autre chef-d’œuvre encore avec de Paul Dukas, Ariane et Barbe-Bleue, son unique opéra. On se demande bien pourquoi cette partition n’a jamais inspiré les directeurs successifs du Théâtre. Le livret est assez fracassant avec cette grande question posée : peut-on vouloir la liberté pour autrui quand celui-ci ne la désire pas ? !! car ici ces femmes enfermées ne sont pas mortes mais bien vivantes. Un tel livret de Maeterlinck pouvait faire envisager des décors et costumes impressionnants tout comme une mise en scène plutôt délirante. Las, ce n’était pas obligatoirement les éléments les plus motivants. Ils le seront davantage pour Stefano Poda qui l’a bien compris et d’ailleurs se charge de tout, comme à son habitude, la mise en scène, les décors et costumes et lumières et ce, afin de rendre aux opéras toute leur rigoureuse unité esthétique et conceptuelle. Il a ainsi travaillé de la sorte sur plus d’une centaine d’ouvrages sur les scènes lyriques.

Pour des débuts toulousains, le sac est plein. Pascal Rophé va diriger tout ce spectacle, avec une fosse qui ne va pas s’ennuyer car la partition est flamboyante. Enfin, il faut une Ariane et là, Christophe Ghristi ne pouvait que signer avec la mezzo capable d’assumer un tel rôle, avec des passages aussi difficiles, j’ai nommé Sophie Koch. Qui a pu oublier ses prestations ne serait-ce que dans Le Chevalier à la rose et Le Roi d’Ys ? Nous apprenons à l’instant que Dominique Sanda sera de la production……C’est du lourd, du lourd, répèterait un certain Luchini !!

 

Une autre Ariane avec l’Ariane à Naxos de Richard Strauss. Inutile d’épiloguer sur la musique de ce chef-d’œuvre écrite par l’auteur du Chevalier à la rose, comme du Salomé ou Elektra, et autres merveilles, son Daphné récemment donné ici même. Ce qui nous interpelle, c’est que la mise en scène a été confiée à un certain Michel Fau, qui n’est pas le plus timide des saltimbanques. Que nous réserve-t-il comme surprise ? Théâtre dans le théâtre, cette œuvre mêle avec une fausse désinvolture le sérieux de la tragédie lyrique et le comique de la commedia dell’ arte. Chantre de la voix féminine dans tous ses registres, le compositeur ne se lasse pas de glorifier la femme, Catherine Hunold en Prima Donna /Ariane, le Compositeur chanté par Stephanie d’Oustrac, Zerbinetta par Jessica Pratt. On est sûr que dans la fosse, Evan Rogister, couvert d’éloges, ici, dans sa direction d’Ernani, saura traiter l’orchestre comme il se doit, avec toute la souplesse et la brillance mozartiennes suggérées par le compositeur. Et qu’il veillera aussi à ce que le texte soit débité sur le mode fluide et intimiste d’une simple “conversation en musique“. Tous voudront être au plus près de cette « comédie réaliste avec  des êtres humains intéressants » dixit Richard Strauss.

 

  Mam’zelle Nitouche
 

Un peu de légèreté complètement assumé avec Mam’zelle Nitouche du compositeur Hervé. Une façon de faire revenir ce type de spectacle sur la scène du Capitole qui en a vu passer tant et tant, car nous sommes en pleine opérette, où toute vulgarité est absente, où l’on joue, danse  et chante et fort bien, mais une opérette totalement loufoque. Résumer l’histoire est un pari voué à l’échec, les rebondissements étant fort nombreux, concoctés par les deux librettistes. Il faut une mise en scène qui “emballe“ le tout. Pierre-André Weitz s’occupe aussi des décors et des costumes et, très importants, des maquillages, plutôt hauts en couleurs, comme les costumes. Plus connu pour ses mises en scène d’opéras, Olivier Py a décidé d’apparaître ici, sur scène, et jouera même plusieurs rôles. Il sera le soldat absolument rayonnant de bêtise mais aussi la Mère supérieure avec un bon maquillage aidant, et enfin la primadonna Corinne. Ça le reposera du Festival d’Avignon et de sa dernière création. Théâtre, chant et danse, voilà un cocktail qui saura être détonnant mené par la baguette impérieuse de Christophe Grapperon. 

Fin de saison avec Werther de Jules Massenet. C’est la production de Nicolas Joël de 1997,  reprise en novembre 2000. Une mise en scène participant alors de façon efficace à toute l’émotion de cet opéra d’un romantisme brûlant. “Opéra des larmes“ ont même écrit certains, pas des larmes furtives, ni de violents sanglots, mais des larmes qui coulent lentement et inexorablement, une à une, « patientes gouttes » dit même Charlotte, ici Karine Deshayes, des larmes qui coulent tout au long des quatre actes et que la chanteuse saura amener sur nombre joues dans la salle, n’en doutons pas. De même que son Werther, Jean-François Borras qui l’a déjà chanté, à New-York et à Vienne mais, bizarrement, pas encore en France. Erreur réparée. C’est bien sur la scène du Capitole qu’il demandera à Charlotte, pour la première fois sur une scène française, de venir le bénir sur sa tombe « d’une douce larme en son ombre tombée » : sanglots assurés de l’Orchestre au Paradis. Pour mener à bien ce long requiem, lacrimosa dies illa, c’est Jean-François Verdier que l’on trouve à la baguette. Deux noms peu connus encore pour interpréter Albert et Sophie et que nous accueillons avec bonheur, ceux de Philippe Estèphe et Florie Valiquette. Vous avez le temps de repasser vos mouchoirs en fil avec application, c’est pour fin juin.

 
 

Theatre Du Capitole Recitals

 

Dans un prochain article, sera détaillée la saison pour les Ballets mais aussi pour Concerts et Récitals  et soirées avec les Chœurs, dans la maison Théâtre, Place du Capitole, sans oublier les Midis du Capitole et les nouveaux rendez-vous intitulés “Heure exquise“.

Mais, on se doit de signaler sans attendre le tour de force du nouveau Directeur qui consiste à assurer le retour des récitals au Théâtre et pas avec une soirée, mais sept !! avec des places au tarif jamais supérieurs à 30€, mais oui. Quand vous commencez avec un récital et orchestre avec Max Emanuel Cencic et Georges Pétrou à la baguette, que suit Marie-Nicole Lemieux accompagnée au piano par Roger Vignoles, puis Christian Gerhaher, ce magnifique marquis de Posa du dernier Don Carlo et Gerold Huber au piano, puis Matthias Goerne, eh oui, et Alexander Schmalez au piano suivi d’un de nos plus grands barytons français Stephan Degout avec pas moins que Alain Planès au piano, ouf, mais ce n’est pas terminé, Stéphanie d’Oustrac et Pascal Jourdan, et enfin notre Lady Macbeth, Béatrice Uria-Monzon dans des mélodies espagnoles accompagnée par le petit prodige à la guitare Thibaut Garcia et Marcelo Amaral au piano. Jamais eu une telle affiche à Toulouse, digne des plus grandes salles. Le Théâtre du Capitole se devra d’être complet.

 

Capitole Billetterie

Billetterie en Ligne

Théâtre du Capitole
Saison 2018 / 2019

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Christophe Ghristi © Pierre Beteille • Choeur du Capitole © Patrice Nin • Anita Hartig © Shirley Suarez • Airam Hernandez © Coke Riera • La Ville morte © Opera National de Lorraine • Lucrèce Borgia © Tato Baeza • Sophie Koch © Vincent Pontet • Evan Rogister © Simon Pauly • Michel Fau © Bruno Perroud • Mam’zelle Nitouche © Frédéric Stéphan • Werther © Patrick Riou

 

Le Théâtre du Capitole est un établissement public de la Ville de Toulouse, en régie municipale autonome depuis 1994, consacré à l'art lyrique et au ballet. Sa salle historique est située dans l’enceinte du Capitole de Toulouse.

Il a été inauguré le 1er octobre 1818 à l'emplacement du théâtre érigé par les Capitouls en 1736. La salle à l'italienne a aujourd'hui une jauge de 1 156 places. Le Théâtre du Capitole est membre de la ROF (Réunion des opéras de France), de RESEO (Réseau européen pour la sensibilisation à l'opéra et à la danse) et d'Opera Europa.

 

Nouveaux metteurs en scène, nouveaux chefs d’orchestre, 4 opéras jamais joués au Théâtre du Capitole : un souffle nouveau !

Christophe Ghristi a souhaité ouvrir la saison avec un titre rassemblant le plus large public possible. Pas donnée au Capitole depuis vingt ans, La Traviata de Verdi fera son retour dans une nouvelle mise en scène signée Pierre Rambert (danseur, musicien, ancien directeur artistique du Lido !), avec des décors d'une élégance rare d'Antoine Fontaine et les costumes du couturier Frank Sorbier. Une double distribution nous permettra de retrouver quelques grands noms du chant international, comme la merveilleuse Anita Hartig (déjà acclamée ici il y a quelques saisons dans Faust de Gounod) dans le rôle-titre, Airam Hernández en Alfredo et Nicola Alaimo en Germont. En face de ces interprètes consacrés, les jeunes stars montantes, dont le ténor toulousain Kévin Amiel et la soprano Polina Pastirchak.

Entrée au répertoire pour La Ville morte de Korngold, chef-d’œuvre d'un jeune compositeur prodige de 23 ans que l'arrivée au pouvoir des Nazis allait contraindre à l'exil aux États-Unis, et à une carrière de plus en plus tournée vers le cinéma. Presque un siècle après sa création, La Ville morte reste l'un des jalons essentiels de l'art lyrique du XXe siècle. Ouvrage sensuel, capiteux, enivrant, il sera servi par le meilleur Paul de sa génération : Torsten Kerl, accompagné en Marietta par la jeune Evgenia Muraveva, récemment révélée au prestigieux Festival de Salzbourg. Le chef britannique Leo Hussain sera à la baguette et le Capitole reprend la production de Philipp Himmelmann, acclamée par la critique comme par le public.

Le fascinant Kopernikus du compositeur canadien Claude Vivier sera l’occasion de la venue à Toulouse de Peter Sellars, un des grands visionnaires du théâtre aujourd’hui. Donnée en coproduction avec le Festival d'Automne à Paris, l’œuvre est un rituel initiatique, qui jongle entre rêve et réalité, et nous fait croiser Lewis Carroll, Merlin, une sorcière, la Reine de la nuit, Tristan et Isolde, Mozart... et Copernic. Une aventure spirituelle et onirique comme seul Peter Sellars sait en créer.

Autre rareté, Lucrezia Borgia de Donizetti, qui nous donnera l'occasion d'accueillir enfin sur notre scène l'une des plus grandes sopranos françaises, Annick Massis, pour cette prise de rôle très attendue. À ses côtés, l'immense Roberto Scandiuzzi dont la carrière n'est plus à présenter, et un jeune ténor d’origine turque, Mert Süngü, maître dans ce répertoire virtuose. La mise en scène en sera confiée à Emilio Sagi, dont nous avons pu apprécier ici Doña Francisquita et Le Turc en Italie. Giacomo Sagripanti fera à cette occasion ses débuts dans notre fosse.

Ariane à Naxos, assurément le plus étourdissant chef-d’œuvre de Richard Strauss, revient après une trop longue absence avec une nouvelle production signée du grand Michel Fau – le projet promet d’être d'une folle poésie. Occasion pour la jeune soprano française Catherine Hunold de faire ses débuts au Capitole dans le rôle-titre, tandis que Stéphanie d'Oustrac incarnera son premier Compositeur et Jessica Pratt sa première Zerbinetta. À la baguette, nous retrouverons avec grand plaisir Evan Rogister, qui a débuté l’an passé dans Ernani.

Autre entrée au répertoire d’un chef-d’œuvre inexplicablement oublié : Ariane et Barbe-Bleue, l'unique opéra de Paul Dukas. Digne de Tristan et Isolde de Wagner, c’est sans doute l'un des grands sommets de l'art lyrique français – génialement inspiré par Maurice Maeterlinck, comme cet autre bijou qu'est Pelléas et Mélisande de Debussy. Occasion pour nous de réinviter dans cette maison où elle a tant travaillé par le passé la grande Sophie Koch. À la mise en scène, l'inclassable Stefano Poda fera lui aussi ses débuts toulousains pour cette production d'une grande splendeur visuelle. Pour cette partition flamboyante, Pascal Rophé, magnifique interprète de la musique du XXe siècle, sera à la direction musicale.

Avec la rare Mam'zelle Nitouche d'Hervé, c'est aussi la bonne humeur qui reprend sa place sur notre scène. Cette production mise en scène de manière extrêmement subtile et ingénieuse par Pierre-André Weitz nous permettra de découvrir les talents de comédien d'Olivier Py, qui y tient plusieurs rôles – dont le sien ! Le grand retour de l’opérette au Capitole !

Werther de Massenet enfin, pour terminer la saison, nous revient dans l’émouvante mise en scène de Nicolas Joel, avec Jean-François Verdier à la direction musicale. Occasion d'admirer la Charlotte de chair et de feu de Karine Deshayes et le Werther non moins émouvant de Jean-François Borras, qui a déjà chanté ce rôle à New York et à Vienne – mais pas encore en France ! L'injustice sera réparée sur la scène du Capitole.

 

Théâtre du Capitole © Patrice Nin

Le Ballet du Capitole nous convie à un programme des plus éclectiques pour cette septième saison de Kader Belarbi : magnificence du style académique, registres néoclassique et contemporain, et hommages à deux figures mythiques de la danse.

Danse académique à l'honneur : Dans les pas de Noureev et Don Quichotte

À travers le magnifique florilège que constitue Dans les pas de Noureev, Kader Belarbi, directeur de la danse au Théâtre du Capitole et Étoile des années Noureev à l’Opéra de Paris, a tenu à rendre hommage à ce « monstre sacré » de la danse. Il permet ainsi aux danseurs du Ballet du Capitole de se confronter à un remarquable exercice de style qui révèle la sophistication et l’élégance des ballets de Rudolf Noureev.

Après le grand succès remporté il y a deux saisons par cette nouvelle version de Kader Belarbi, la reprise de Don Quichotte était une évidence. La partition de Ludwig Minkus, des costumes chamarrés en diable, de beaux décors, une chorégraphie et une mise en scène virevoltantes font de cette production un bonheur pour les yeux et les oreilles.

Marin / Soto / Belarbi : quatre pièces pour une soirée

Quatre pièces de facture contemporaine décryptent les liens, de quelque nature qu’ils soient, qui se nouent ou se dénouent entre les êtres : complexes liens familiaux qui se manifestent lors du traditionnel repas de famille (Liens de table de Kader Belarbi), ou lors de la disparition d’un être cher, ici un père aimé (Fugaz de Cayetano Soto) ; duo d’amour des amants originels (Eden de Maguy Marin), ou encore approche, avec un regard amusé et une infinie tendresse, toujours par Maguy Marin, de corps qui rebondissent avec agilité et poésie (Groosland).

La Bête et la Belle : une rêverie tendre et inattendue

Dans cette adaptation par Kader Belarbi du célèbre conte de madame Leprince de Beaumont (1756), l’inversion du titre témoigne de la réinterprétation du conte. La Bête et la Belle est alors l’histoire d’une transgression : la Bête est moins un animal que le révélateur de l’animalité qui est en nous, tandis que la Belle surmonte sa répulsion pour trouver le chemin du cœur et du corps.

Nijinski, clown de Dieu : Neumeier / Dawson / Kelemenis / Celis

Ce programme rend à la fois hommage au danseur hors du commun et au génie créateur Vaslav Nijinski (1889-1950), figure mythique de l’histoire de la danse.

Avec Vaslav, sur des musiques de Johann Sebastian Bach, John Neumeier évoque l’artiste de légende. Puis, c’est au tour de David Dawson avec Faun(e), de proposer une lecture « intime et abstraite » de la célèbre et scandaleuse pièce du chorégraphe russe, L’Après-midi d’un faune (1912). Kiki la rose de Michel Kelemenis est une variation autour d’un célèbre port de bras de Nijinski dans Le Spectre de la rose. Quant à Stijn Celis, il nous proposera une nouvelle version de Petrouchka, l’un des grands succès de Nijinski où pantin, il émut autant qu’il fascina.

 

Ballet du Capitole © David Herrero