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Dimanche 24 Juin 2018

Théâtre du Capitole

Le crépuscule de Mozart

Par Jérôme Gac

Sous la direction d’Attilio Cremonesi, reprise au Théâtre du Capitole de « la Clémence de Titus », opéra de Mozart mis en scène par David McVicar.

 

La Clemence De Titus©Patrice Nin

 

Commandé pour les célébrations du couronnement de l’empereur Léopold II sur le trône de Bohême, à Prague en septembre 1791, « la Clémence de Titus » est l’un des derniers opéras de Wolfgang Amadeus Mozart. Six ans après une première série de représentations de la production créée au festival d’Aix-en-Provence, l’ouvrage est de nouveau à l’affiche à Toulouse, en clôture de la saison du Théâtre du Capitole, dans la mise en scène et la scénographie spectaculaires de l’Écossais David McVicar. Initialement situé dans la Rome antique, le livret est ici transposé à la toute fin du XVIIIe siècle, prétexte à une inflation de tissus pour les besoins de costumes à la mode napoléonienne.

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Lorsqu’il reçoit la commande de « la Clémence de Titus », Mozart a entrepris depuis le mois de mars l’écriture de « la Flûte enchantée » et depuis le mois de juillet celle de son Requiem resté inachevé. Par ailleurs, le Théâtre national de Prague n’est pas en mesure de lui fournir le nom des solistes engagés, or Mozart n’avait jusqu’à présent écrit que pour des interprètes dont il connaissait la voix, la technique et la personnalité. Découvrant leur identité trois semaines après avoir débuté l’écriture et trois semaines avant le jour de la création, il compose alors les airs les plus importants de l’ouvrage et achève l’ouverture la veille de la création. Compositeur officiel de la cour de Léopold II, Antonio Salieri avait refusé de composer cette nouvelle version de « la Clémence de Titus ». Il dirigea le riche programme musical prévu pour les festivités liées au couronnement, notamment plusieurs pages de Mozart, dont la Messe en ut majeur, renommée pour l’occasion « Messe du Couronnement ».

Marqué par la nouvelle esthétique des Lumières et créé le 6 septembre au Théâtre national de Prague, « la Clémence de Titus » s’inscrit dans le genre de l’opera seria. La partition surpasse pourtant largement ce genre tombé en désuétude qui connut sa période faste cinquante ans auparavant. Mozart prend en effet ici acte des réformes de l’opéra, celle de Gluck notamment, et de l’évolution de sa propre écriture où s’est opérée une synthèse entre différents styles. Poète officiel de la cour de Dresde où il succédait à Lorenzo Da Ponte congédié par le nouveau monarque, Caterino Mazzolà fut chargé de rafraîchir le livret – maintes fois mis en musique – écrit en 1734 par le fameux Metastase, qui s’était inspiré du traité « De clementia », de Sénèque (56 après J-C), et du « Cinna » de Corneille (1640).

Mazzolà conserve le matériau dramatique mettant en scène un souverain vertueux, père de ses sujets et unique recours de son peuple dans les épreuves. Le librettiste libère l’ouvrage du carcan « seria » pour gagner en intensité dramatique, Mozart y trouvant alors la matière pour y déployer de prodigieux duos et ensembles à la mode et désormais caractéristiques de son style. Alors que la version initiale comptait vingt-cinq airs répartis en trois actes, la version mozartienne rassemble onze airs en deux actes, avec cette mention inscrite par le compositeur en sous-titre : «Opera seria transformé en vrai opéra par Mazzolà».

On retrouve à Toulouse Attilio Cremonesi, qui a déjà dirigé au Théâtre du Capitole la trilogie que Mozart composa sur les livrets de Lorenzo Da Ponte. Selon le chef italien, «l’opera seria avait trouvé avec le poète Metastase son expression la plus haute, son point de référence. Si on analyse les livrets de Metastase, on y trouve tous les traits importants de l’opera seria : l’action dramatique réduite à sa plus stricte expression, la recherche psychologique des personnages, l’alternance rigide entre récitatifs et airs à da capo, la rareté des ensembles, la disparition du chœur. Tout était au service exclusif de ce qui s’appelait à l’époque le belcanto, avec sa qualité d’émission, la tenue expressive, et surtout la capacité à improviser de la part des solistes, afin d’attirer le public au théâtre. D’une certaine manière, « la Clémence de Titus » représente le trait d’union entre le drame pré-mozartien et celui qui prend naissance au début des années 1800. En adaptant le livret de Metastase, Mazzolà ouvre de nouvelles formes à l’aria, parmi lesquelles se distingue le Rondo, et il donne une grande place aux ensembles et rend leur présence et leur dignité aux chœurs.»

Attilio Cremonesi rappelle que «Leopold aimait à se reconnaître dans la figure de Titus et dans sa mort, survenue après seulement deux années de règne. On a même fini par l’appeler le “Titus allemand”. Ces informations sont capitales pour comprendre comment Mozart, malgré le succès de ses opéras avec Da Ponte et de ses Singspiel (« L’Enlèvement au sérail », « La Flûte enchantée ») a pu revenir à un style musical et opératique, le dramma serio, qu’il avait lui-même contribué à rendre obsolète». L’action a pour cadre la Rome de l’an 79, où l’empereur Titus échappe de justesse à l’attentat que son meilleur ami Sesto a fomenté contre lui, à l’instigation de l’ambitieuse Vitellia. Celle-ci avait vu s’envoler son espoir de monter sur le trône lorsque Titus avait décidé d’épouser Bérénice, la fille du Roi de Judée. Mais l’empereur décida de renoncer à Bérénice pour épouser Servilia, cette dernière le suppliant de la laisser épouser Annio…

Virtuose du rôle-titre, le ténor anglais Jeremy Ovenden chantera au Théâtre du Capitole aux côtés de la soprano lettone Inga Kalna dans le rôle de Vitellia. La mezzo-soprano israélienne Rachel Frenkel aura les traits de Sesto, et la soprano espagnole Sabina Puértolas ceux de Servilia – après ses performances sur la même scène dans « le Couronnement de Poppée » en 2006, « le Retour d’Ulysse dans sa patrie » en 2007, « le Turc en Italie » en 2016. Déjà réunis deux ans auparavant au Capitole dans « Béatrice et Bénédict », on retrouvera la mezzo-soprano québécoise Julie Boulianne et le baryton français Aimery Lefèvre dans les rôles d’Annio et Publio.


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du 22 juin au 1er juillet, au Théâtre du Capitole,
place du Capitole Toulouse.
Tél. : 05 61 63 13 13

Rencontre avant la représentation, 19h00

photo © Patrice Nin

 

 

 

Le Théâtre du Capitole est un établissement public de la Ville de Toulouse, en régie municipale autonome depuis 1994, consacré à l'art lyrique et au ballet. Sa salle historique est située dans l’enceinte du Capitole de Toulouse.

Il a été inauguré le 1er octobre 1818 à l'emplacement du théâtre érigé par les Capitouls en 1736. La salle à l'italienne a aujourd'hui une jauge de 1 156 places. Le Théâtre du Capitole est membre de la ROF (Réunion des opéras de France), de RESEO (Réseau européen pour la sensibilisation à l'opéra et à la danse) et d'Opera Europa.

 

Nouveaux metteurs en scène, nouveaux chefs d’orchestre, 4 opéras jamais joués au Théâtre du Capitole : un souffle nouveau !

Christophe Ghristi a souhaité ouvrir la saison avec un titre rassemblant le plus large public possible. Pas donnée au Capitole depuis vingt ans, La Traviata de Verdi fera son retour dans une nouvelle mise en scène signée Pierre Rambert (danseur, musicien, ancien directeur artistique du Lido !), avec des décors d'une élégance rare d'Antoine Fontaine et les costumes du couturier Frank Sorbier. Une double distribution nous permettra de retrouver quelques grands noms du chant international, comme la merveilleuse Anita Hartig (déjà acclamée ici il y a quelques saisons dans Faust de Gounod) dans le rôle-titre, Airam Hernández en Alfredo et Nicola Alaimo en Germont. En face de ces interprètes consacrés, les jeunes stars montantes, dont le ténor toulousain Kévin Amiel et la soprano Polina Pastirchak.

Entrée au répertoire pour La Ville morte de Korngold, chef-d’œuvre d'un jeune compositeur prodige de 23 ans que l'arrivée au pouvoir des Nazis allait contraindre à l'exil aux États-Unis, et à une carrière de plus en plus tournée vers le cinéma. Presque un siècle après sa création, La Ville morte reste l'un des jalons essentiels de l'art lyrique du XXe siècle. Ouvrage sensuel, capiteux, enivrant, il sera servi par le meilleur Paul de sa génération : Torsten Kerl, accompagné en Marietta par la jeune Evgenia Muraveva, récemment révélée au prestigieux Festival de Salzbourg. Le chef britannique Leo Hussain sera à la baguette et le Capitole reprend la production de Philipp Himmelmann, acclamée par la critique comme par le public.

Le fascinant Kopernikus du compositeur canadien Claude Vivier sera l’occasion de la venue à Toulouse de Peter Sellars, un des grands visionnaires du théâtre aujourd’hui. Donnée en coproduction avec le Festival d'Automne à Paris, l’œuvre est un rituel initiatique, qui jongle entre rêve et réalité, et nous fait croiser Lewis Carroll, Merlin, une sorcière, la Reine de la nuit, Tristan et Isolde, Mozart... et Copernic. Une aventure spirituelle et onirique comme seul Peter Sellars sait en créer.

Autre rareté, Lucrezia Borgia de Donizetti, qui nous donnera l'occasion d'accueillir enfin sur notre scène l'une des plus grandes sopranos françaises, Annick Massis, pour cette prise de rôle très attendue. À ses côtés, l'immense Roberto Scandiuzzi dont la carrière n'est plus à présenter, et un jeune ténor d’origine turque, Mert Süngü, maître dans ce répertoire virtuose. La mise en scène en sera confiée à Emilio Sagi, dont nous avons pu apprécier ici Doña Francisquita et Le Turc en Italie. Giacomo Sagripanti fera à cette occasion ses débuts dans notre fosse.

Ariane à Naxos, assurément le plus étourdissant chef-d’œuvre de Richard Strauss, revient après une trop longue absence avec une nouvelle production signée du grand Michel Fau – le projet promet d’être d'une folle poésie. Occasion pour la jeune soprano française Catherine Hunold de faire ses débuts au Capitole dans le rôle-titre, tandis que Stéphanie d'Oustrac incarnera son premier Compositeur et Jessica Pratt sa première Zerbinetta. À la baguette, nous retrouverons avec grand plaisir Evan Rogister, qui a débuté l’an passé dans Ernani.

Autre entrée au répertoire d’un chef-d’œuvre inexplicablement oublié : Ariane et Barbe-Bleue, l'unique opéra de Paul Dukas. Digne de Tristan et Isolde de Wagner, c’est sans doute l'un des grands sommets de l'art lyrique français – génialement inspiré par Maurice Maeterlinck, comme cet autre bijou qu'est Pelléas et Mélisande de Debussy. Occasion pour nous de réinviter dans cette maison où elle a tant travaillé par le passé la grande Sophie Koch. À la mise en scène, l'inclassable Stefano Poda fera lui aussi ses débuts toulousains pour cette production d'une grande splendeur visuelle. Pour cette partition flamboyante, Pascal Rophé, magnifique interprète de la musique du XXe siècle, sera à la direction musicale.

Avec la rare Mam'zelle Nitouche d'Hervé, c'est aussi la bonne humeur qui reprend sa place sur notre scène. Cette production mise en scène de manière extrêmement subtile et ingénieuse par Pierre-André Weitz nous permettra de découvrir les talents de comédien d'Olivier Py, qui y tient plusieurs rôles – dont le sien ! Le grand retour de l’opérette au Capitole !

Werther de Massenet enfin, pour terminer la saison, nous revient dans l’émouvante mise en scène de Nicolas Joel, avec Jean-François Verdier à la direction musicale. Occasion d'admirer la Charlotte de chair et de feu de Karine Deshayes et le Werther non moins émouvant de Jean-François Borras, qui a déjà chanté ce rôle à New York et à Vienne – mais pas encore en France ! L'injustice sera réparée sur la scène du Capitole.

 

Théâtre du Capitole © Patrice Nin

Le Ballet du Capitole nous convie à un programme des plus éclectiques pour cette septième saison de Kader Belarbi : magnificence du style académique, registres néoclassique et contemporain, et hommages à deux figures mythiques de la danse.

Danse académique à l'honneur : Dans les pas de Noureev et Don Quichotte

À travers le magnifique florilège que constitue Dans les pas de Noureev, Kader Belarbi, directeur de la danse au Théâtre du Capitole et Étoile des années Noureev à l’Opéra de Paris, a tenu à rendre hommage à ce « monstre sacré » de la danse. Il permet ainsi aux danseurs du Ballet du Capitole de se confronter à un remarquable exercice de style qui révèle la sophistication et l’élégance des ballets de Rudolf Noureev.

Après le grand succès remporté il y a deux saisons par cette nouvelle version de Kader Belarbi, la reprise de Don Quichotte était une évidence. La partition de Ludwig Minkus, des costumes chamarrés en diable, de beaux décors, une chorégraphie et une mise en scène virevoltantes font de cette production un bonheur pour les yeux et les oreilles.

Marin / Soto / Belarbi : quatre pièces pour une soirée

Quatre pièces de facture contemporaine décryptent les liens, de quelque nature qu’ils soient, qui se nouent ou se dénouent entre les êtres : complexes liens familiaux qui se manifestent lors du traditionnel repas de famille (Liens de table de Kader Belarbi), ou lors de la disparition d’un être cher, ici un père aimé (Fugaz de Cayetano Soto) ; duo d’amour des amants originels (Eden de Maguy Marin), ou encore approche, avec un regard amusé et une infinie tendresse, toujours par Maguy Marin, de corps qui rebondissent avec agilité et poésie (Groosland).

La Bête et la Belle : une rêverie tendre et inattendue

Dans cette adaptation par Kader Belarbi du célèbre conte de madame Leprince de Beaumont (1756), l’inversion du titre témoigne de la réinterprétation du conte. La Bête et la Belle est alors l’histoire d’une transgression : la Bête est moins un animal que le révélateur de l’animalité qui est en nous, tandis que la Belle surmonte sa répulsion pour trouver le chemin du cœur et du corps.

Nijinski, clown de Dieu : Neumeier / Dawson / Kelemenis / Celis

Ce programme rend à la fois hommage au danseur hors du commun et au génie créateur Vaslav Nijinski (1889-1950), figure mythique de l’histoire de la danse.

Avec Vaslav, sur des musiques de Johann Sebastian Bach, John Neumeier évoque l’artiste de légende. Puis, c’est au tour de David Dawson avec Faun(e), de proposer une lecture « intime et abstraite » de la célèbre et scandaleuse pièce du chorégraphe russe, L’Après-midi d’un faune (1912). Kiki la rose de Michel Kelemenis est une variation autour d’un célèbre port de bras de Nijinski dans Le Spectre de la rose. Quant à Stijn Celis, il nous proposera une nouvelle version de Petrouchka, l’un des grands succès de Nijinski où pantin, il émut autant qu’il fascina.

 

Ballet du Capitole © David Herrero