Littérature

Autrement et encore de Sébastien Lapaque

Alors qu’il vient d’obtenir le Grand Prix du roman de l’Académie française pour Le Rappel des oiseaux (Actes Sud), Sébastien Lapaque a construit depuis un quart de siècle une œuvre aux inspirations et aux formes variées. Nouvelles, récits, essais, pamphlets, portraits de villes ou de vignerons, romans offrent ainsi autant de portes d’entrée à l’univers d’un écrivain singulièrement libre se nourrissant de ses impulsions autant que de ses réflexions. Pour preuve les volumes Au hasard et souvent (Actes Sud, 2010) et Autrement et encore (Actes Sud, 2013), manières de « contre-journal » dans lesquels le journaliste du Figaro littéraire rassemblait ses considérations sur le monde tel qu’il est et tel qu’il a été.

Sébastien Lapaque © Actes Sud

Au fil de ce livre, il est notamment question de rugby, de saint Augustin, de George Steiner, du Brésil, de Bernanos (auquel il a consacré plusieurs ouvrages), de football, de De Gaulle, des Compagnons de la Libération, de Jaime Semprun, des cultures populaires, de Jean Dutourd, de Guy Debord, de l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui, de la résistance d’agriculteurs face à la religion industrielle, de Pascal, de Roger Nimier, de vin, de Simon Leys, de l’Uruguay, de gastronomie…

Belle équipe

Ce kaléidoscope, qui tient plus du manuel de savoir-survivre dans un présent compliqué que du journal intime, dispense les fusées et les méditations d’une sorte d’anarchiste traditionnaliste et chrétien. Nulle surprise donc qu’une saine colère côtoie la drôlerie, que le chagrin trempe dans la joie, que la lucidité désolée n’oublie jamais l’espérance. Devant la vacuité du temps où nous sommes et les ravages spirituels « causés par la circulation de plus en plus rapide de l’argent », Lapaque dévoile les impostures, celle par exemple d’une contre-culture institutionnalisée composée d’avant-gardes célébrées unanimement qui vont d’un Jeff Koons à un Takashi Murakami : « Leur volonté de rupture et leur goût de la subversion sont merveilleusement adaptés au fonctionnement de l’économie de marché. »

Se souvenant de George Orwell, l’auteur d’Echec et mat au paradis (prix Renaudot de l’essai 2025) sait que la destruction de la langue et des mots, leur détournement par l’idéologie moderniste est l’ennemi principal. Sa plume précise et sa pensée claire s’attachent par conséquent à bien nommer les choses, à dissiper les signes falsifiés, à mettre le mot juste sur l’idée ou le sentiment vrai. Autrement et encore, sorte de miroir promené le long du chemin, s’achève avec une évocation du film La Belle équipe de Julien Duvivier. La bande d’amis a monté une guinguette baptisée Chez nous, mais l’histoire finit mal. Pourtant, souligne Lapaque, « c’était une belle idée, la fraternité joyeuse, la propriété partagée, le travail qui retrouve son sens ». Cela renaîtra forcément.

Autrement et encore  •  Actes Sud

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