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L’âge de déplaire d’Abibou Diouf

by Bruno del Puerto

Abibou Diouf publie L’âge de déplaire aux éditions Albin Michel. Un premier roman qui bouscule les traditions.

Fadel est un jeune Sénégalais. Le petit dernier d’une famille où les règles sont traditionnelles. On obéit aux plus grands. On ne fait pas de vagues. Et on tâche de trouver une place comme on peut. Difficile pour Fadel de respirer au milieu de ses nombreux diktats. Pourtant, le père semble comprendre. L’encourager aussi. Et la mère, d’un regard tendre, le regarde devenir l’homme qu’il désire être. Pour l’heure, Fadel veut rejoindre la France afin de finir ses études. Pour le clan – frère, sœur, oncle – c’est impensable. Alors le père donne son aval et Fadel ira vivre sa vie.

Abibou Diouf © Pascal Ito

Revenir parmi les siens

Fadel a terminé ses études. Il travaille dans une entreprise. Il flirte avec Léna. Le quotidien en somme jusqu’à ce qu’il apprenne la mort du père. Soudaine. Aussitôt, il retourne auprès des siens. Il veut être présent pour sa mère. Les funérailles passées, le grand frère s’impose d’emblée comme le patriarche. C’est ainsi que cela fonctionne. Une hiérarchie dont il est impossible de se défaire. Et le frère ordonne, exige. En premier lieu, il dit à Fadel qu’il doit quitter la France et revenir au Sénégal pour s’occuper de leur mère. Ce n’est pas une demande, c’est une injonction. Puis viendra l’heure où on lui présentera une jeune fille. Celle qu’il devrait épouser car docile et gentille. Fadel se sent emprisonné. Il asphyxie dans un tableau familial qui ne lui convient plus.

Au-delà de raconter le parcours et les difficultés de Fadel, Abibou Diouf interroge de nombreux thèmes. Celui de la masculinité, de la tradition, des émotions. Mais également des silences, des violences cachées, familiales, conjugales ou encore sociétales. Sans juger ou donner des leçons, il interroge le poids de la tradition. Il questionne aussi cette difficulté à trouver sa place lorsque les règles ont été écrites avant nous. Et cette nécessité parfois de dire non pour enfin pouvoir être soi-même. Un roman d’une grande sensibilité et d’une lucidité extrême !

Sylvie Vaz

L’âge de déplaire  •  Albin Michel

Littérature

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