L’exposition à la Fondation Bemberg de Toulouse est consacrée au peintre valencien Joaquín Sorolla jusqu’au 13 septembre. C’est la quatrième en France sur ces vingt dernières années. Elle est le fruit d’une collaboration exceptionnelle avec le ministère espagnol de la Culture, la Fondation du Musée Sorolla et le Musée Sorolla.

L’exposition présente une sélection des tableaux, soixante-cinq au total, venant du Musée – sa maison-Atelier de Madrid, en travaux de rénovation jusqu’en 2028. Ce sont les plus emblématiques de son œuvre à savoir, des scènes côtières puis les portraits de famille et de ses contemporains, en passant par les jardins qui ont inspiré les dernières années de son activité de peintre. Scènes de vie, la pêche, la plage, l’eau et partout la lumière, les enfants, des portraits de famille et des villageois. Un témoignage historique reflétant les coutumes de son pays, haut en couleurs et délicatesse. Et ce, toujours avec un sens osé et novateur de la composition.

« En France, Sorolla n’a pas reçu la reconnaissance qu’il mérite », admet Ana Debenedetti, directrice de la Fondation Bemberg et co-commissaire de l’exposition avec Enrique Varela Agüí. « On l’a qualifié de post-impressionniste avant l’avènement de l’avant-garde et de la peinture abstraite. Or, il ne cherchait pas simplement à créer une œuvre dans la lignée de l’impressionnisme ; il exprimait une vision très personnelle, marquée avant tout par son traitement de la lumière », explique-t-elle. Et pourtant, ce qui se dégage dès le premier coup d’œil, et le détache de tout impressionniste, c’est bien la lumière, une lumière naturelle qui irradie la toile et ses couleurs qui vous happent. Des couleurs vives et audacieuses pour ces fameuses “touches de couleur“ qui donnent vie et dynamisme à ses œuvres, une manière novatrice d’exprimer la couleur pour son époque. Mais encore, qui a écrit ? on retient l’éclat du soleil sur l’eau, la chaleur moite d’un après-midi et la force d’une brise marine qui irradient ses œuvres.

Enrique Varela Agüí, quant à lui, auteur d’un fort beau et passionnant catalogue, évoque comment les contacts de Sorolla à Paris avec des peintres naturalistes ont marqué son œuvre. « Son ambition était de rester au fait des tendances et de réussir dans ce milieu. Il est arrivé à Paris pour la première fois lors de ses études à Rome, où il a été en contact étroit avec des artistes espagnols. L’un d’eux était Pedro Gil, avec qui il a noué une profonde amitié. Paris était le lieu de prédilection des artistes, et c’est Gil qui l’a invité pour un premier séjour prolongé dans la capitale française, séjour qui allait façonner sa vie et son œuvre. »

D’emblée, sa peinture sera naturaliste, une peinture en plein air d’après nature, c’est -à dire la captation immédiate de ce qui est vu et vécu. Elle devient donc l’un des premiers apprentissages que Sorolla assimile durant ses années de formation. Et ce sera l’un des attributs distinctifs de sa peinture. Une peinture qui émeut et vous interpelle directement surtout quand il abandonne ses premiers sujets caractérisant sa période dite “sombre“. On pense à l’une de ses dernières surnommée El beso de la reliquia ou plus simplement La Reliquia, huile sur toile de 1893 qui lui a permis d’être couvert de médailles de prix obtenus. Le peintre est alors en pleine période d’intense création. Il a trente ans. Le fichu, blanc aux reflets roses de la fervente paroissienne crève la toile en son point central et annonce pour le pionnier du luminisme espagnol tout ce que l’expo nous permet de découvrir. Toutes les œuvres présentées ici sont bien de sa seconde période. Peut-on affirmer alors que les robes de Clotilde, sa fille, se reconnaissent à l’évidence, entre toutes, au milieu de celles de Francisco Iturrino, un contemporain avec ces Mujeres en gris, ou celle de la comtesse Matthieu de Noailles d’un autre contemporain, Ignacio Zuloaga ? Par contre, avec Les Rameurs de Manuel Losada – 1919, la lumière est éteinte.

La mer occupe un tiers de l’exposition qualifiée Le Maître de la Lumière comme Claude Monet l’avait surnommé. Elle présente des scènes méditerranéennes célèbres telles que Les Voiles et Tête de pêcheuse ou Rosa, ainsi que ses explorations uniques de la mer Cantabrique avec des œuvres comme Clotilde sous l’auvent Sur le sable, plage de Zarautz et Sur la plage . Il faut vraiment s’attarder aussi sur la collection de ses œuvres de petit format, qu’il a lui-même intitulée « Notes de couleur ». Elles illustrent son travail formateur, jeune, de l’esquisse tandis que les toiles plus conséquentes rejoignent le travail qu’il a fourni chez son père adoptif sur la photographie et le cadrage.
Quand le pinceau virevolte c’est une crête de vague, ou un enfant qui court, ou un coup de vent sur une robe. Sans oublier la virtuosité chromatique qui l’anime se manifestant surtout par une utilisation complexe et saisissante des blancs. À distance, le blanc paraît éclatant quand il est confronté au bleu de la mer ou de l’océan mais encore à l’ocre du sable de la plage. On finit par oublier le blanc pour percevoir de multiples nuances de gris, de jaune, de bleu, même de rose : un surprenant kaléidoscope.

« Jamais un pinceau n’a contenu autant de soleil… » Cette phrase est attribuée à l’homme politique et polémiste Henri Rochefort en 1906, année où Joaquín Sorolla éblouit Paris avec quatre cent cinquante œuvres exposées à la galerie Georges Petit. Six ans auparavant, il avait remporté le Grand Prix de l’Exposition universelle de 1900 dans la capitale française, après avoir acquis une grande notoriété sur le marché de l’art français avec Le Retour de la pêche, aujourd’hui conservée au musée d’Orsay

« Peindre mon pays et mes compatriotes » est le titre de la deuxième section de l’exposition, qui s’ouvre sur l’emblématique « Mère », une huile sur toile qui saisit la relation intime entre son épouse Clotilde et leur nouveau-née, Elena, toutes deux allongées et presque entièrement recouvertes d’une couverture blanche. « C’était l’été 1895, et il devait faire très chaud à Valence », ajoute Fabiola Lorente-Sorolla, l’arrière-petite-fille du peintre, présente au dévoilement des œuvres accrochées ici-même, dans une scénographie menée par Hubert le Gall, discrète faisant toute la place à l’artiste, quelle qu’en soit la surface de l’œuvre présentée. « Quand j’explique cette œuvre aux enfants, ils ont du mal à croire que le bébé est ma grand-mère », raconte cette artiste et enseignante, en désignant la petite tête souriante d’Elena. « Ils me regardent avec incrédulité et disent : « Ce doit être l’inverse ! » Alors je les invite à un voyage dans le temps, à contempler les détails incroyables du tableau, comme la main protectrice de la mère vers sa fille au milieu de cette mer de blanc. »

Développer ici ce volet, ce serait écrire un nouveau catalogue alors qu’un, signé Enrique Varela s’offre à vous et saura captiver toute votre curiosité concernant Sorolla et l’expo en elle-même. Il en est de même pour la dernière rubrique concernant Les Jardins ou plutôt, architectures, jardins et roses. Sorolla était bien le peintre de l’instant, soucieux de fixer dans ses esquisses l’instant, quel qu’il soit, le capturer, non pas en dilettante mais plutôt en travailleur acharné. On apprend qu’à Valencia, Sorolla aura son musée, en relation avec l’Hispanic Society of America de New-York pour laquelle il s’épuisa pendant huit ans, après avoir accepté la commande de décors pour la bibliothèque de l’institution. Le thème : Visions d’Espagne, son Espagne faisant alors se rejoindre ses deux périodes créatrices.
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