Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.
Les tendresses de Zanzibar de Thomas Morales
De recueils de chroniques en florilèges de critiques, d’évocations très personnelles de motifs universels en exercices d’admiration, Thomas Morales s’est imposé depuis une quinzaine d’années comme l’un de nos écrivains les plus sensibles, un cousin ou un petit-fils de Kléber Haedens, d’Antoine Blondin ou de Denis Tillinac. Les titres de quelques-uns de ses livres annoncent le programme et la couleur : Adios, Ma dernière séance, Monsieur Nostalgie, Tendre est la province… Sa montre s’est arrêtée entre les années 1970 et les années 1980. Regarder dans le rétroviseur est plus qu’un réflexe pour cet amoureux de l’automobile, elle constitue une seconde nature qui est peut-être même la première.

Morales est de ceux qui estiment que c’était mieux hier qu’aujourd’hui, non par idéologie, mais par fidélité à des choses et des êtres qui ne sont plus. Romancier plus rare (on se souvient notamment des Mémoires de Joss B. et de Madame est servie !, manières de polars sur lesquels planaient les ombres des films de Philippe de Broca et Jean-Paul Belmondo), il vient de signer son retour au genre avec Les tendresses de Zanzibar.
Elle et lui
Ce récit d’une histoire d’amour aurait pu s’intituler Un homme et une femme. La trame est d’une simplicité biblique : le narrateur se souvient de celle avec laquelle il vécut durant trente ans avant que la maladie n’emporte son âme sœur. Pas de sujet sociétal, pas d’idées, pas de thèses sous la plume de ce géographe délicat des sentiments, juste le récit d’une rencontre, d’une tranche de vie avec ses moments de grâce et ses petits riens qui en font le relief.
Lui : immature, nostalgique, inadapté aux injonctions de la société. Elle : forte, libre, s’épanouissant dans le monde des affaires. Apparemment rien en commun entre ces deux-là sinon l’alchimie mystérieuse qui parfois réunit les êtres. On suit ce tandem harmonieusement désaccordé dans leurs flâneries, leurs voyages, leurs fantaisies. Les tendresses de Zanzibar est aussi une déclaration d’amour à Paris, à son âme et à ses décors défiant le temps qui passe et les vicissitudes du présent. Des films, des chansons, des écrivains accompagnent cette balade joyeuse et mélancolique. Elle et lui rêvaient d’être l’un de ces « vieux couples qui déambulent entre les vieilles pierres ». Ce bref roman leur offre un tombeau littéraire, à la fois poignant et lumineux.
Les tendresses de Zanzibar • éditions du Rocher

