Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.
Bien que les éditeurs d’aujourd’hui rechignent à publier des nouvelles, le genre se perpétue et défie les modes. La preuve avec le recueil Ne vous éloignez pas trop de la ville que vient de signer Michel Fraysse. Toulousain, l’auteur a beaucoup voyagé et son livre, ainsi que le titre l’annonce, invite le lecteur à découvrir des histoires ancrées dans des géographies urbaines. Nulle carte postale touristique cependant au fil de ces douze nouvelles qui évitent les lieux communs (dans tous les sens du terme) et lorsqu’une intrigue se situe au cœur d’une capitale, en l’occurrence Lisbonne, c’est dans une station de métro…

Une confrontation inattendue dans le bureau d’un juge, le vendeur d’un magasin d’électroménager aux prises avec une étrange cliente, un étudiant jouant l’avenir d’une relation amoureuse sur un hasard, un couple dont le dîner chez des amis en banlieue parisienne réserve des surprises : voici quelques-uns des motifs sur lesquels Michel Fraysse tisse ses microfictions. Rien de spectaculaire ici, sinon l’inépuisable source d’inspiration que constitue la nature humaine
Microfictions
A Tel Aviv, Amos Lindt s’apprête à faire une démonstration de ses incroyables dons divinatoires lorsque le Premier ministre s’invite sur scène. Le mentaliste est-il un authentique medium ou un maître de la supercherie ? A Tabernas, dans la province d’Almeria, de faux cowboys jouent sempiternellement les mêmes duels dans un saloon en carton-pâte. Un vendeur ambulant de Santiago reçoit l’aide providentielle d’une souris. A Varèse, en Lombardie, une mystérieuse autostoppeuse trouble le rationalisme d’un médecin…
L’auteur du roman Ferveur violette, paru en 2022, pratique le pas de côté et le renversement de perspective, use de la concision comme d’une arme de précision. Des situations ordinaires, voire banales, basculent vers l’étrangeté. L’uchronie introduit une savoureuse ironie dans une nouvelle se déroulant à Paris où un défenseur d’une langue régionale oubliée, « le francien », se heurte à l’indifférence d’un élu. Le talent de Michel Fraysse ne réside pas seulement dans l’art de la chute, mais dans celui d’instaurer en peu de pages un climat, des personnages, un décor. Les illusions et les faux-semblants qui accompagnent les nouvelles de Ne vous éloignez pas trop de la ville nous ramènent à l’essence même de la fiction : jouer avec le faux pour atteindre le vrai.
Ne vous éloignez pas trop de la ville • L’Incertain

