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Saison 2026/2027 à Garonne : L’art pour faire front

N’est-ce pas un signe que la programmation débute par une traversée du désert ? Face à la diminution conséquente des subventions de l’État, le Théâtre Garonne voit son avenir plongé dans l’incertitude. Mais c’est par l’art qu’il répond et envoie ce signe d’espoir avec Celui qui voit, une quête poétique et divinatoire porté par le Festival Sign’Ô, dédié à la langue des signes. Ou bien en montrant la vulnérabilité de l’acteur dans On fera mieux la prochaine fois, avec le Théâtre de la Cité et la compagnie inclusive La Bulle Bleue : à travers un dispositif mêlant interviews filmées, support radio et jeu scénique, les comédiens engageront leur jeu, leur talent en direct, dans un troublant jeu de miroirs.

Parterre © Laurent Philippe

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La question de l’art, de son pouvoir, de ses moyens est en jeu dans de nombreuses pièces à commencer par le Portrait d’orchestre d’Aurélien Bory, le directeur du lieu. Sa scénographie toujours inventive servira cette fois un orchestre sans chef qui, à travers une symphonie de Beethoven, dévoilera des visages, des individualités derrière des artistes. Et le reste c’est de la sauce sur les cailloux passera par le cinéma et la figure d’un couple de cinéastes en marge pour réfléchir aux multiples dimensions de la création, au consensus, à son intransigeance. Tandis que Gush is Great (avec La Place de la Danse*), sorte de manifeste poétique, répondra à la vitesse d’un monde à la dérive par une lente procession chorégraphique libératoire au milieu d’objets hétéroclites, les danseurs et danseuses de Parterre* questionneront nos rapports sociaux dans une performance transgressive aux costumes déroutants. L’art de vivre et ses deux êtres complices interrogeront avec une gaucherie touchante et subtile l’essence de l’art et de nos vies à travers un univers onirique récréé et inspiré du peintre René Magritte. La relecture de nos classiques, Perrault avec Trois contes et quelques du groupe Merci, ou bien Molière avec 1,2,3 Poquelin, est aussi un moyen de penser le monde, de livrer une critique acerbe de celui-ci portée par une liberté de ton débridée et exubérante.

Hauts Cris (miniature) © Linde Van Raeschelder.

Se réinventer, défi plus que jamais d’actualité d’un théâtre privé de moyens. Le Garonne déploie tous ses talents dans la convocation d’un théâtre qui sait mêler toutes les disciplines. Comme Une famille pyrénéenne mêlant chants et danses ou encore Olalaland qui fait émerger de la rencontre du dessin, de la musique et de la scène un conte épique merveilleux. Avec l’artiste protéiforme Jur Domingo dans La femme des astres où démesure et création naissent d’une intimité qui fait se joindre le cirque, le chant, la vidéo et les marionnettes. Se réinventer en brouillant les codes avec Bestiaire/Vestiaire où l’art drag sera un prétexte subversif pour une expérience entre spectacle inspiré du cabaret et dîner. Briser le carcan social, se libérer des normes avec Hidebound* porté par le chorégraphe-interprète Andrea Givanovitch qui s’entourera de deux danseur.euses : une performance où le craquement de la matière, le cuir, mêlé aux frottements et au souffle rythmeront une réflexion sur le genre. Se libérer d’un trop-plein, se délivrer par les Hauts Cris (miniature)*, un seul-en-scène cathartique et poétique signé Vincent Dupont au service de cette révolte émancipatrice qui sommeille en nous. Rompre le joug de la contrainte jusqu’à revendiquer son droit à la paresse dans cet autre seule-en-scène, le Saut du lit — avec le Théâtre Sorano dans le cadre du Festival Supernova — où une artiste lyrique fait éclater la bulle du paraître par la force de l’intime et dissèque l’opéra derrière les « danses du visages », les états du corps.

Fureru © Kazuki Teramoto.

Comme souvent à Garonne, le concept de corps infuse dans la programmation et convoque tous les possibles en délocalisant par exemple le théâtre au stade avec Ballet Jogging. Du sport à la danse il n’y a qu’une foulée qu’exécutera Pierre Rigal, dont la performance s’inspirera des murmurations, ces chorégraphies majestueuses orchestrées par des nuées d’oiseaux ou des bancs de poissons. Frames aussi sortira le public de son gradin en proposant un spectacle déambulatoire d’une œuvre en train de se faire, et qui testera les limites du corps humain en s’appuyant notamment sur la gravité. Notre résistance physique sera aussi le sujet de Fureru*, une chorégraphie dans laquelle l’artiste japonaise Azusa Takeuchi sortira des cadres en choisissant comme partenaire de jeu un bloc de glace. Ou encore dans Calentamiento*, où il sera question de préparation du corps de la danseuse de flamenco Rocío Molina, avant l’embrasement final.

Tester nos limites n’est-ce pas une autre manière de penser la mort, de frôler le Seuil. Ce spectacle, entre cirque, danse et marionnette, déploiera à La Grainerie toute sa virtuosité dans le but de tisser un lien entre vivants et disparu.es. C’est ce même désir, ce même élan qui poussera Stéphanie Aflalo à dialoguer virtuellement avec son père : dans ce troisième volet de ses Récréations philosophiques intitulé Tout doit disparaître et par un dispositif minimaliste, elle nous convie au cœur d’une intimité filiale avec pudeur et dérision.

Fusées © Jean-Louis Fernandez.

L’inconnu, source de mystère, nourrit notre imaginaire. Nous conduire dans cet ailleurs, cet autre espace-temps, c’est aussi l’une des missions du théâtre qui cherche par le divertissement et la part du rêve à toucher l’enfant qui sommeille en nous. MoJurZiKong, l’une de ses propositions, nous conviera à une véritable odyssée spatiale peuplée de monstres issus de la pop culture. Le théâtre d’objets et la musique façonneront aussi avec poésie et humour les Fusées de Jeanne Candel, où les déboires de deux hommes perdus dans le cosmos seront un prétexte pour évoquer la conquête de l’espace et la création du monde. Quelle autre pièce pour clôturer une saison et conjurer les ténèbres et les tensions post-électorales !

John Lavoignat

Saison 2026/2027 • Théâtre

Saison 2026/2027 • Danse

Saison 2026/2027 • Musique

Découvrir le paysage

Dans les scénographies d’Ulla von Brandenburg, les rideaux ne se soulèvent jamais tout à fait. Ils laissent entrevoir une scène en devenir, comme une invitation, une main tendue qui ouvre l’espace tout en préservant sa part de mystère. Le théâtre agit ainsi, par dévoilements partiels, pour laisser aux spectateur·ices le soin de finir le geste et découvrir le paysage.

Au moment où s’écrivent ces lignes, les Avant-premières Avant Avignon sont lancées. Trois metteuses en scène, trois nationalités, trois générations : Jeanne Candel, Daria Deflorian, Andrea Jiménez. Trois démarches singulières qui, à travers le jeu, les textes, le corps, le chant, les récits intimes et collectifs, les mythes et le quotidien, cherchent à réinventer autrement le théâtre.

Ces Avant-premières Avant Avignon incarnent le projet du théâtre Garonne : celui d’être un théâtre d’artistes, placé au cœur du processus de création, porté par l’accompagnement des artistes et une ouverture à tous les publics.

C’est également l’esprit du festival SCÉNO, reconduit en janvier après le succès de la première édition. Premier événement en France entièrement consacré à la scénographie, le festival s’ouvre à de nouveaux partenaires et a encore vocation à grandir et à se développer. En affirmant la pluralité des formes, des esthétiques et des regards, SCÉNO envisage le dialogue permanent avec l’espace, comme une manière de penser le monde.

Les vingt-sept spectacles de la saison réunissent des artistes venus de tous horizons, du local à l’international, de la découverte aux figures déjà reconnues. Seront ainsi accueilli·es pour la première fois à Garonne une dizaine d’artistes dont Clédat & Petitpierre, Nicolas Heredia, Helena de Laurens, Jur Domingo, Marius Fouilland & Aimé Rauzier. D’autres déjà venus à Garonne, parmi lesquels Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume, TORO TORO, Olivier Martin-Salvan, Alice Vannier & Sacha Ribeiro, Gabriel Sparti ou encore Rocío Molina. Nous aurons également le plaisir de retrouver des artistes particulièrement familiers du public toulousain, comme les STAN ou le groupe Merci.

Les grandes mutations du monde traversent les plateaux, souvent sous des formes inattendues. Face aux bouleversements qui interrogent notre avenir, certains artistes choisissent de se tourner vers l’enfance, comme une manière de s’adresser au futur. Et si le théâtre, en captant les vibrations de son époque, pouvait inspirer nos jeunes spectateur·ices, voire, pourquoi pas, jouer le rôle d’oracle ? D’Olalaland à MoJurZiKong, des tutomouves à Fusées, plusieurs propositions à découvrir en famille jalonnent la saison, comme un souffle vivant et léger en réponse à notre temps et nos esprits troublés.

Le théâtre est un art qui ne cesse de se réinventer. Dans un contexte économique particulièrement contraint, le théâtre Garonne doit aujourd’hui faire face à d’importantes difficultés budgétaires. Il nous faut inventer d’autres chemins pour continuer à soutenir la création. Le travail de production demeure à cet égard un axe fort, amené à se développer : neuf spectacles coproduits, huit productions déléguées, quatre premières à Garonne, six spectacles programmés au Festival d’Avignon cet été. De nouveaux partenariats se construisent à l’échelle européenne et se tissent à travers de nouveaux réseaux, notamment les Scènes inclusives.

Les collaborations avec les structures de la métropole sont tout aussi précieuses. Les trois quarts de la saison sont construits en coréalisation. Je tiens à remercier chaleureusement l’ensemble de nos partenaires, sans lesquels cette saison n’aurait pu voir le jour : le Théâtre de la Cité, Odyssud, le Théâtre Sorano, l’Orchestre national du Capitole, La Place de la Danse, les Abattoirs, Marionnettissimo, le festival Sign’Ô, le lieu NEUFNEUF, la Grainerie, la Cinémathèque de Toulouse, le Marathon des mots, le Nouveau Printemps, l’Université Toulouse Jean-Jaurès, Ombres blanches et les Éditions Anacharsis.

À travers les rideaux, une main tendue s’adresse à vous, comme une invitation à venir partager cette saison. Elle s’adresse aussi à nos partenaires institutionnels, afin de réinventer ensemble le théâtre de demain. Une chose est certaine : cette main, volontairement tendue au point de sembler s’émanciper du corps qui la porte, est résolument déterminée à être saisie.

Belle saison à toutes et à tous.

Aurélien Bory

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