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Avec « Very Love Trip », l’amour déjoue les bugs

by Ines Desnot

Cette saison, le Casino Barrière de Toulouse lève le rideau sur une nouvelle comédie musicale d’envergure, baptisée « Very Love Trip ». Une fois n’est pas coutume, Carole Chauvy imagine un spectacle qui fait dialoguer les préoccupations de notre époque, de l’intelligence artificielle aux méandres de l’amour. Portée par 15 artistes et des titres originaux créés avec Yohan Hennequin, cette odyssée musicale entraîne le public aux quatre coins du monde, à la rencontre de personnages dont les relations se révèlent aussi complexes qu’universelles. Entretien avec sa créatrice.

Carole Chauvy Very Love Trip

Ava et Enzo s’apprêtent à se marier quand Sansfiltre, le droïde qu’Enzo a inventé, révèle qu’il est déjà marié depuis dix ans à la suite d’une nuit d’ivresse à Las Vegas. Le problème : sa mystérieuse épouse est devenue Gloria Shine, la plus grande star mondiale de la chanson. Refusant de signer le divorce pour protéger son image, Gloria poursuit sa tournée internationale. Ava et Enzo se lancent alors dans une course folle autour du monde pour obtenir sa signature. Entre jalousie, secrets et vérités révélées par Sansfiltre, leur amour va être mis à l’épreuve… sous les yeux du monde entier.

Culture 31 : Le protagoniste Sansfiltre est un droïde. Comment écrit-on un personnage qui n’est pas humain ?

Carole Chauvy : Ce n’est pas très compliqué aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle. Beaucoup de droïdes commencent à être commercialisés, donc on voit des images sur les réseaux. En fait, ce droïde est une façon de coller à notre époque, en tout cas ce qui nous préoccupe en ce moment, notamment l’intelligence artificielle. On se pose tous la question de comment nos enfants vont grandir, s’ils auront des robots ménagers, si ça sera dans 5 ans, 10 ans ou 20 ans. Et c’était aussi un prétexte pour avoir un personnage qui puisse amener une touche d’humour, puisqu’il n’a pas de filtre social comme l’indique son nom.

Au-delà de cet aspect technologique, l’amour est au cœur du récit. Qu’est ce qui vous plaît dans la romance ?

Ce qui me plaît dans la romance, c’est d’aborder des sujets de société. Parler du couple, parler de ce à quoi on est tous confrontés… pour que les spectateurs puissent se dire à un moment « tiens, cette situation me parle », « ce personnage me parle », « cette histoire me parle », « cette personnalité me touche », etc. Donc j’essaie toujours d’avoir des messages sur les relations humaines dans les spectacles que j’écris.

Donc la romance vient aussi servir une facilité d’identification.

Ça vient en tout cas toucher le cœur et l’âme des gens. Puis on est dans un monde où l’image, le paraître, et la connectivité permanente dictent un peu nos codes sociaux. Alors que là, il y a Sansfiltre qui dit tout, et un titre de Gloria Shine qui dit aussi : « vous dites je t’aime, et vous regardez ailleurs, vous êtes des tricheurs ». Il va dire que l’’amour, c’est un bug colossal dans l’humanité. Et en même temps, ça va être l’amour qui va triompher. Sans vouloir trop en dévoiler, c’est un peu la morale de l’histoire. C’est qu’au-delà du paraître, on peut avoir des histoires d’amour qui ne sont pas toujours lisses, pas toujours faciles. Mais l’amour, c’est un peu surmonter les difficultés et surmonter les épreuves de la vie ensemble, et ne pas laisser tomber.

Parce qu’on est dans une ère de consommation, et l’amour aussi se consomme beaucoup aujourd’hui. On change facilement de couple. Mais je n’ai pas la prétention d’éduquer les gens à la morale, je cherche juste à ce qu’ils soient touchés par une situation, un personnage ou une personnalité. Et justement, côté personnalités, Gloria c’est le paraître, et Ava, c’est la sincérité. Et ces deux figures féminines puissantes vont se confronter.

Le couple formé par Ava et Enzo s’élance dans une course à travers le monde. Comment le décor s’adapte-t-il à chacune des villes traversées ?

On a un décor assez grandiose, avec trois écrans LED sur scène. On s’est d’ailleurs tournés vers Cédric Chapuis pour la création de médias. Ce sont ces médias et les costumes qui vont nous aider à voyager.

Côté humain, le spectacle est porté par 15 artistes. S’habitue-t-on à travailler avec une aussi grosse équipe ? Quel est le plus gros challenge ?

Le challenge commence au casting : il ne faut pas se tromper. Parce qu’il y a des artistes qui sont formidables, mais qui ne sont pas faits pour travailler en équipe. On les appelle les solistes. Donc le challenge va être de créer une équipe soudée, qui sert le spectacle, sans que l’individualité n’abîme un peu l’ensemble. Je dis toujours aux artistes : « C’est vous qui faites le spectacle, si vous jouez avec sincérité et que vous êtes généreux, le public vous le rendra ». Et ça, ça ne trompe jamais. Donc c’est important d’avoir des artistes qui ont envie de défendre le projet, qui y croient et qui le jouent vraiment avec le cœur. Et à Toulouse, on a la chance d’avoir des artistes assez exceptionnels. Je suis très honorée qu’ils servent mes spectacles avec autant de ferveur.

Le public vous l’a d’ailleurs rendu avec votre précédent spectacle « Time For Love », pour lequel vous avez reçu le Prix du Public. Qu’est ce que cette reconnaissance a représenté pour vous ? Est-ce une récompense que vous gardez à l’esprit pour « Very Love Trip » ?

C’est une reconnaissance d’équipe déjà, une reconnaissance du travail d’équipe fourni. Donc j’étais heureuse de ramener ce trophée à l’équipe de « Time for Love » et de leur dire, vous avez vu, on a réussi, et on l’a fait ensemble. Ça challenge un peu les suivants, l’équipe de « Very Love Trip ». On a envie de faire encore mieux. Et je pense qu’on a un peu placé Toulouse sur la carte des spectacles à Paris. Au-delà du rugby, on a montré qu’on pouvait aussi créer du spectacle. J’espère que ça va donner envie aux jurés de ces Trophées de la Comédie Musicale de se déplacer jusqu’à Toulouse pour venir découvrir nos spectacles, les voir en live.

On espère pouvoir être nommés dans d’autres catégories, et continuer à défendre et produire nos spectacles toulousains, pour faire briller Toulouse de cette façon-là aussi. On veut montrer que tout ne se passe pas qu’à Paris, qu’il peut se passer aussi des choses dans des villes de province. On est plutôt fiers de contribuer à ce dynamisme culturel, et pas seulement culturel, économique aussi. Parce qu’il n’y a plus beaucoup d’endroits aujourd’hui où les artistes sont en résidence pour créer, dans le secteur culturel privé.

Pour en revenir au nouveau spectacle, celui-ci est présenté comme « bien plus qu’une comédie musicale ». C’est quoi « Very Love Trip » ?

C’est une odyssée, c’est une esthétique, c’est la dualité féminine dont j’ai parlé tout à l’heure, c’est une icône face à la réalité, c’est l’amour à l’air du zéro filtre, c’est une production faite maison pour la maison, et c’est au public de lui donner un avenir maintenant, de continuer à le faire briller. Nous, on a fait de notre mieux. Je suis très fière de ce spectacle et du travail d’équipe. Il y a à la fois des gens extraordinaires et des créations de titres originaux, qu’on a fait avec Yohan Hennequin de Cats on Trees. C’est la première fois qu’on met des titres originaux dans un spectacle !

Créer des titres originaux pour un spectacle, est-ce quelque chose que vous comptez refaire ?

Oui, parce que c’est génial. On ne s’adapte pas à des titres existants, ce sont les titres qui s’adaptent à mon histoire ! Et ici, je n’imaginais pas qu’on ait une star de la chanson, le personnage de Gloria Shine, qui n’ait pas ses propres titres. J’invente un personnage qui est la star mondiale de la chanson, donc elle ne peut pas juste reprendre les titres des autres. Et c’est ce que permet la création de titres originaux : ça colle à l’histoire, au scénario.

C’est aussi ce genre de perspectives, de nouveautés, qui vous motivent à continuer de créer des spectacles ?

Je n’aime pas rester sur mes acquis. J’aime bien surprendre, et à chaque fois, je cherche un moyen de le faire. Par exemple, une année, on avait collaboré avec Dani Lary pour intégrer de la magie, puis on a eu des guests en vidéo, et cette année, on a travaillé avec Yohan Hennequin. Et à chaque fois qu’il y a ces effets un peu inattendus, le public réagit. Et c’est pour ça que je fais ces spectacles. C’est pour créer de l’émotion. Donc c’est génial pour moi de partir de la page blanche, et puis d’arriver au soir de la première, d’être au milieu du public, et d’entendre les ‘waouh’.

Et je dis souvent que la création n’est pas trop difficile pour moi, parce que je crée les spectacles que j’ai envie de voir. Et ma plus grande qualité, c’est que je suis populaire. Ce n’est pas un gros mot pour moi d’être populaire ! J’ai les mêmes goûts que Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Donc ça permet de rassembler le plus grand nombre de personnes. Et je suis déjà en train de travailler sur le prochain spectacle, pour essayer de surprendre à nouveau, coller à l’actualité et innover.

Propos recueillis par Inès Desnot

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