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Nazanine de Gilles Martin-Chauffier

by Bruno del Puerto

Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.

Paul, étudiant en histoire à la Sorbonne, a fait ses premiers pas de journaliste au Figaro avant d’être embauché à L’Alerte, grand hebdomadaire de gauche. Ses articles sur l’université de Vincennes, très expérimentale, créée après 1968, où maoïstes et trotskistes se damaient le pion, avaient fait sa petite réputation. Au printemps 1977, le jeune homme est envoyé à nouveau à Vincennes par son journal en raison d’une épidémie d’overdoses. C’est là qu’il rencontre Xerxès Salamanji, étudiant iranien, charismatique, arrogant, brutal, du style « Lou Reed gonflé aux hormones ». Celui qui se dit « persan » n’aime guère la France de son temps : « Obsédée par les libertés, elle couve chez elle tous les petits dictateurs qui, demain, lui cracheront à la gueule. » Il préfère se souvenir du pays des seigneurs de la Fronde et du général Leclerc en passant par les maréchaux d’Empire.

Gilles Martin-Chauffier © Roberto Frankenberg

Surtout, Paul fait la connaissance de Nazanine, la sœur de Xerxès, presque aussi insolente que son frère, libre, irrésistible. Des nuits endiablées du Palace à des séjours chez le grand-père de Paul dans une Bretagne presque intangible, ces deux-là vont s’aimer tandis qu’en Iran la situation devient toujours plus explosive. Le pouvoir du shah vacille face aux religieux chiites. Un certain ayatollah Khomeiny se réfugie en France et pour la famille Salamanji, proche du régime, la situation s’annonce compliquée

Eternelle comédie humaine

Avec son nouveau roman, Gilles Martin-Chauffier prolonge son tableau de la France contemporaine initié notamment par Les Corrompus (prix Interallié 1998), Paris en temps de paix ou de Clause de conscience. Le monde de la politique, des affaires, du journalisme ou de la culture fournissent le décor et la matière à des récits pleins d’allant, de mordant, de cruauté, de drôlerie. L’électricité circule entre les pages, les dialogues font des étincelles. La peinture des mœurs et des caractères frappe en plein centre. Ici, en nous plongeant dans les arcanes d’un journal qui évoque Le Nouvel Observateur (beaux portraits de Bernard Frank ou de Pierre Bénichou au passage), l’écrivain explore les figures de l’éternelle comédie humaine.

En évoquant l’arrivée au pouvoir des mollahs à Téhéran vue de Paris, il brocarde la fascination des intellectuels français pour les tyrannies exotiques. On le sait : Staline, Mao, Castro, les Khmers rouges ou Khomeiny eurent leurs thuriféraires jusque dans les chaires et les médias les plus prestigieux. C’est pathétique, tragique, mais ce n’est pas une raison de se priver d’en rire à l’image des enthousiasmes d’un Michel Foucault pour l’archaïsme et le fanatisme frappés du sceau de l’islam le plus rigoriste : « Après avoir dénoncé à tort et à travers l’enfermement psychiatrique et l’enfermement carcéral, il s’enflamme pour l’enfermement religieux. » Pour autant, Martin-Chauffier n’a pas signé un roman manichéen. Chaque personnage a ses raisons. Les préjugés n’ont pas de frontières. Et si Nazanine touche autant, c’est pour son histoire d’amour incertaine, lumineuse et orageuse entre deux jeunes gens qui n’auraient pas dû se rencontrer.

Christian Authier 

Nazanine  •  Albin Michel

Littérature

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