Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.
Quatrième volet des aventures de Mick Hardin, Shérif malgré lui, qui vient de paraître et qui peut être lu indépendamment des précédents romans, emmène le lecteur dans un coin de l’est du Kentucky en déshérence. Hardin, ancien marine ayant servi en Afghanistan puis à la division des affaires criminelles de l’armée, remplace temporairement sa sœur, Linda blessée par balle en service, au poste de shérif du comté. D’ailleurs, tout est temporaire et éphémère chez cet homme dont l’existence à l’aube de ses quarante ans pourrait se résumer ainsi : « un boulot qu’il ne voulait pas, une voiture qui n’était pas la sienne, logé dans la maison de sa défunte mère, divorcé à la dérive et en pleine confusion. »

Pour autant, de retour au pays natal, Hardin joue son rôle de shérif et se retrouve au cœur d’une affaire locale où les cadavres s’amoncèlent. Pour ne rien gâcher, des gangsters en cavale s’invitent dans les parages tandis que l’ancien adjoint du shérif, Johnny Boy, a été exfiltré vers la Corse où un ancien frère d’armes d’Hardin l’a pris en charge dans le maquis.
Suspense et sens de l’observation
Tout en reprenant les décors et certains personnages du Fils de Shifty ou de La Loi des collines, Chris Offut élargit ici ses horizons tant par les passages en Corse que par l’irruption dans l’intrigue d’espions du MI6. Cependant, c’est l’Amérique profonde et rurale qui constitue la matière de ce polar mariant suspense et sens de l’observation, tension et moments de latence. La nature – « impitoyable, belle, bienveillante, et cruelle » – ainsi que toutes sortes d’oiseaux encadrent le ballet macabre de ces étranges humains.
Antihéros solitaire se raccrochant à un code moral, Hardin est « né déjà vieux dans un endroit mort ». Etranger à son époque, il est un inadapté chronique, un exilé de l’intérieur : « A un moment, Mick pensait qu’il se serait mieux senti s’il avait vécu dans les années 1800. Mais si c’était le cas, vu sa personnalité, il aurait préféré vivre dans les années 1700 ou encore avant, dans un mouvement continu dans le passé jusqu’à ce qu’il soit un homme de Néandertal regrettant de ne pas être un singe. » Scènes d’action percutantes, personnages peints dans leur complexité et leurs nuances, intrigue parfaitement construite : tout cela devrait donner naissance à un film ou à une série télévisée (Offutt a été scénariste sur True Blood ou Weeds). En attendant, on peut se plonger dans le monde de Mick Hardin.
Shérif malgré lui • Gallmeister
