Dans l’enceinte du Castelet, ancien cœur administratif de la prison Saint-Michel, l’exposition Le ciel nous vengera raconte ce lieu chargé d’histoire à travers l’art. Nicolas Daubanes y explore la mémoire carcérale et l’enfermement.
Présentée du 4 mars au 2 août 2026, l’exposition Le ciel nous vengera investit le Castelet avec une intensité particulière. Nicolas Daubanes, artiste-plasticien, rassemble un ensemble de dessins, installations et vidéos issus du monde carcéral. L’exposition prolonge sa résidence à la Villa Médicis et s’appuie sur un dialogue entre les références historiques de la prison toulousaine et ses propositions contemporaines.

Parmi les œuvres marquantes, The Talk, immense porte de cellule en bois provenant de la prison des Baumettes et conçue avec Louisa Yousfi, impose sa présence. Non loin, un tableau monumental (180 x 100 cm) consacré à la prison Saint-Michel agit comme une rémanence du lieu. C’est un sentiment étrange qui nous parcourt. On ressent l’enfermement au fur et à mesure de l’exposition et du dur héritage laissé par la prison Saint-Michel.
Le Castelet, architecture d’une mémoire carcérale
Les murs ne servent pas de décor mais ancrent le récit. Le Castelet, ancien bâtiment administratif de la prison Saint-Michel, est indissociable de l’histoire carcérale toulousaine.
La prison est créée au XIXe siècle, avec une construction qui s’étale principalement entre 1862 et 1869. À ses débuts, la prison Saint-Michel est perçue comme un modèle de modernité, presque confortable au regard des standards de l’époque. Mais cette image se dégrade progressivement. À la fin du XXe siècle, elle devient l’un des symboles de la vétusté carcérale et de la surpopulation, révélant les limites d’un système pourtant conçu pour évoluer.

Son histoire est également marquée par un épisode particulièrement sombre. À partir du 11 novembre 1942, l’occupation allemande s’étend à l’ensemble du territoire français. À Toulouse, la prison Saint-Michel est partagée entre autorités nazies et administration de Vichy. Elle devient un lieu central de répression. Résistants venus de différentes régions de la zone sud y sont incarcérés, interrogés, torturés. Certains sont exécutés sur place, d’autres déportés vers les camps du Reich, d’autres encore condamnés à mort par des juridictions françaises. La Gestapo et la Milice toulousaine inscrivent une violence dont les traces imprègnent encore la mémoire du lieu.
Le 26 janvier 2003 marque une rupture. Le transfert des prisonniers vers Seysses constitue le plus important déménagement carcéral jamais organisé en France. Cet événement historique scelle la fin de l’activité du site, sans pour autant effacer son poids symbolique. Le quartier Saint-Michel, lui, reste profondément lié à cette histoire, comme une extension vivante de ce passé.
Nicolas Daubanes et le travail de la matière
Depuis plus de quinze ans, Nicolas Daubanes construit ses œuvres dans l’univers carcéral et les zones les plus sombres de l’histoire française. Né en 1983, l’artiste-plasticien développe une pratique nourrie par des résidences immersives en maisons d’arrêt.
Il est formé à l’École des Beaux-Arts de Perpignan dont il sort diplômé. Depuis, il construit un parcours dense, marqué par une présence régulière dans des institutions majeures de l’art contemporain. Lauréat du Prix des Amis du Palais de Tokyo en 2018, il y présente une exposition remarquée en 2020. Son travail circule également dans des lieux fortement chargés d’histoire, comme des expositions majeures au Panthéon et au musée de l’Armée aux Invalides. Il s’appuie sur des procédés plastiques singuliers, devenus signatures. Dessin à la poudre d’acier aimantée, incrustation d’acier incandescent sur verre, photographies révélées aux étincelles, sculptures mêlant béton, sucre…

Son exposition Le ciel nous vengera accueille aussi des œuvres de Domènec ou encore Louisa Youfsi ainsi que des références à Piranesi et Ingres.
Infos pratiques :
Exposition gratuite du 4 mars au 2 août 2026 de 11h00 à 18h00 du mercredi au dimanche. Visites commentées de l’exposition mercredi à 11h30, vendredi & samedi à 16h. Tarif : 3€. En partenariat avec La Maison Salvan à Labège : “Sur le fait, par erreur et au hasard” de Nicolas Daubanes du 11 mars au 2 mai 2026.
