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Combat toujours perdant de Michel Houellebecq

by Bruno del Puerto

Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.

Michel Houellebecq a toujours considéré la poésie comme l’expression supérieure de la littérature et c’est d’ailleurs avec deux recueils – Rester vivant et La poursuite du bonheur – qu’il fit ses premiers pas d’écrivain en 1991 dans la foulée de son essai sur H.P. Lovecraft. D’autres volumes suivront (Renaissance en 1999, Configuration du dernier rivage en 2013) tandis que Non réconcilié offrait en 2014 une « anthologie personnelle » de son expression poétique. Dans la remarquable préface de ce florilège, Agathe Novak-Lechevalier rappelait pertinemment : « Michel Houellebecq est poète avant tout. » Nulle surprise donc que l’auteur de La carte et le territoire fasse son retour en librairie avec Combat toujours perdant dont le titre donne le ton.

Michel Houellebecq © Philippe Matsas : Flammarion
Michel Houellebecq © Philippe Matsas / Flammarion

De même ceux de certains poèmes – « Fin de partie », « L’aube du dernier jour », « Tristes falaises », « Les derniers accompagnants » – dessinent assez bien les frontières et l’atmosphère de l’ensemble. Crépusculaire et funèbre, Combat toujours perdant nous parle de la fin de tout. Les sociétés malades, les civilisations exténuées, les corps abîmés, les « chairs martyrisées » sont promis à la mort et se croisent à travers un kaléidoscope de souffrances. Dans un monde « couvert de sable » ou « un pays à la dérive », on attend « l’invasion des barbares », on rencontre des « choses désintégrées » et « des survivants improbables ».

Inavouable espérance

Fidèle à sa nature, le plus drôle des écrivains désespérés nous fait cependant sourire, par exemple avec un passage sur l’optimisme des agents immobiliers et quelques considérations prosaïques autour de la visite d’un appartement. Pour autant, un constat s’impose : « Nous avons traversé en ombres maladives / Tous les effondrements d’un monde condamné / Nous avons bien souvent regretté d’être nés / Dans un pays maudit, une époque tardive ». Alors, l’homme ne serait-il qu’« un pauvre animal qui crève » ?

Malgré tous ses efforts, Michel Houellebecq n’arrive pas à désespérer jusqu’au bout et laisse entrevoir une mince lumière au cœur des ténèbres. Car il y a le mystère, le miracle de la résurrection du Christ et par là même la promesse de la vie éternelle et de la résurrection de la chair : « Chaque fois que nous franchissons les portes d’un cimetière, chaque fois que nous nous agenouillons devant un tombeau, nous nourrissons au fond de nous cette inavouable espérance. » Le combat n’est peut-être pas toujours perdant.

Christian Authier 

Combat toujours perdant  •  Flammarion


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