Carole Fives publie Appel manqué aux éditions Gallimard. Le monologue chaotique d’une mère à sa fille.

Le téléphone sonne. D’un côté, la mère, de l’autre, la fille – lorsqu’elle consent à répondre. Mais qu’importe. La mère parle. Elle raconte son quotidien. Les visites de son amie Colette. Les voisines qui la regardent d’un mauvais œil. La voiture qui tombe en panne, la maison qui se délite. Tout sujet est bon pour composer le numéro de la fille. Et se plaindre. Pas de place pour autre chose. Et encore moins pour écouter sa fille. De toute manière, tout est de sa faute. Elle n’a pas choisi le bon métier, pas le bon père pour faire un enfant, et elle n’éduque pas son fils comme il faudrait. Bref, les conversations tournent en rond et se resserrent autour d’une relation complexe et étouffante.
Allô, y a quelqu’un ?
À mesure que le texte progresse, une tension monte. Celle que la mère exerce sur la fille. Elle l’accuse de ne pas s’occuper d’elle, de ne pas répondre au téléphone, de ne pas s’inquiéter davantage. Elle lui demande de l’argent pour payer ci et là, car avec sa petite retraite, elle n’y arrive plus. Revendre la maison ? Hors de question ! Alors elle sous-loue une partie de son garage. Mais les plaintes continuent. Les colocataires font du bruit, les relations se tendent et les conflits explosent. Une fois encore, la mère demande de l’aide à sa fille. Et c’est sans fin. Tout devient source de stress et de problématiques.
Carole Fives signe un texte d’une grande finesse, d’une tension aiguë. Car une force réside dans l’absence de réponse. On imagine alors les réactions de la fille, la pression subie au quotidien : un mélange de compassion, de crainte, mais aussi d’agacement extrême et de fatigue. Comment conjuguer le quotidien avec une mère envahissante qui présente des troubles de plus en plus grands ? L’auteure interroge alors la relation mère-fille, à l’aune du temps qui passe et du vieillissement. Un texte sensible, caustique, drôle et qui ne triche pas avec les réalités de la vie.

