Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.
Le jour où je suis tombé amoureux de Patrick Besson
Connaissez-vous Jennifer Carpenter ? Les fans de la série Dexter auront reconnu le nom de l’actrice interprétant la sœur policière du serial killer. Elle est au cœur du nouveau roman de Patrick Besson dont Patrick Besson est à la fois le narrateur et le personnage principal. C’est une semaine après son troisième divorce, au début de l’été 2024, que l’écrivain est tombé amoureux de la comédienne en découvrant – avec retard – la première saison de Dexter. Comment résister à « sa minceur adolescente, ses longues jambes fines, sa bouche de travers » ? Dès lors, une obsession le gagne : épouser Jennifer Carpenter.

Quelques handicaps – l’actrice a vingt-trois ans de moins que lui, est mariée et mère d’un petit garçon – ne découragent pas l’apprenti-mari. A bord de l’avion qui le mène en Californie, Besson sympathise avec sa voisine américaine « qui porte le même prénom que la personne dont je suis parti à la recherche pour l’épouser. » Celle-ci, baptisée Jennifer 1, va l’épauler dans sa quête.
Mentir-vrai
Avec Le jour où je suis tombé amoureux, l’auteur des Braban (prix Renaudot 1995) déploie un jeu de miroirs aussi jubilatoire que vertigineux, drolatique et grinçant. Il prêche le vrai pour créer le faux, projette le réel dans la fiction. De Los Angeles (« ville disparue à force d’être filmée ») à New York en passant par le Kentucky et même par Paris, cette histoire d’amour d’un genre spécial entraîne le lecteur dans « l’incessant ballet du temps et des espaces ». Voici un homme de soixante-huit ans encombré de réminiscences, charriant son passé comme une valise sans roulettes. Des souvenirs jaillissent. Besson a la mémoire longue, se promène parmi les vivants et fantômes, n’oublie pas Frédéric Berthet, écrivain pour happy few mort en 2003.
Entre le fantasme et le rêve, ce roman est aussi une manière d’autoportrait, celui d’un sceptique attaché aux preuves concrète de l’existence, y compris les plus basiques, car « A force de se dématérialiser, le monde risque de disparaître. » Cela n’empêche pas Le jour où je suis tombé amoureux de miser sur l’imaginaire et la fantaisie, de mettre en scène Brad Pitt, un milliardaire nommé Raskolnikov, le musicien Seth Avett et le chanteur Michael C. Hall (l’actuel et l’ancien mari de Jennifer Carpenter). Comme toujours Besson, les dialogues font des étincelles, les formules fusent (« Ma compassion envers l’humanité tout entière m’oblige à de la froideur, sinon je mourrai de chagrin »), on pêche des aphorismes. On ne dévoilera pas l’issue de cette « errance désintéressée, ce que devrait être l’amour, et non ce marchandage des corvées. » A une époque où l’on ne cesse de parler de « vérité alternative », Patrick Besson réhabilite le mentir-vrai et par là même l’art du roman.
Le jour où je suis tombé amoureux • Albin Michel

