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La Place de la Danse • Festival Dansorama

by Bruno del Puerto

Changement de D.A pour LE festival de danse de Toulouse. Adieu Ici&Là. Le festival phare de La Place de la Danse – CDCN Toulouse Occitanie fait sa mue et devient Dansorama. Mais que l’on se rassure : si le titre change, l’ADN reste le même. Du 4 au 20 février 2026, au-delà de la simple succession de spectacles, c’est une véritable plongée panoramique dans les courants qui agitent les corps à laquelle nous aurons droit. Rien que ça ! Entre les murs des théâtres partenaires (Garonne, Sorano, la ThéâtredelaCité, l’Espace Roguet ou le Lieu NeufNeuf), la danse prévoit de se déployer comme un sismographe de notre époque. Laissez nous vous teaser quelques noms…

Dansorama 2026 Première Photo © José Caldeira
Marco Da Silva, l’art de dompter la scène entre grâce et chaos ©José Caldeira

Ouvrir cette édition avec la Brésilienne Lia Rodrigues au théâtre Garonne n’est pas un choix anodin. Avec Borda, la chorégraphe, une habituée de la programmation toulousaine, revient avec une pièce où la virtuosité ne témoigne pas seulement de l’esthétisme pur, mais d’une nécessité politique. Elle débarque avec sa troupe pour montrer comment on survit ensemble lorsque rien ne s’y prête au dehors. C’est physique, c’est politique et surtout, ça promet de vous remuer les tripes parce que ça parle de nous et de notre façon de faire société sans se taper dessus.

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BORDA, ne chorégraphie brute née du bitume brésilien ©Sammi Landweer

Cette dimension politique, on la retrouve tout aussi uniquement interprétée avec Charlie Khalil Prince. Dans the body symphonic, le chorégraphe libanais danse pour résister. Avec son spectacle, son corps devient un monument de mémoire. Face aux fractures géopolitiques qui déchirent actuellement son pays, il instaure le mouvement comme un lieu de mémoire. Tout ceci dans une « performance-concert » magnétique où la chorégraphie s’exprime pour conjurer le chaos.

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Charlie Khalil Prince, la poésie du corps en mouvement perpétuel ©Giuseppe Follachio

Dansorama prend également le temps de s’arrêter sur la danse individuelle. Cette année, une place de choix est faite aux premiers solos, C’est le baptême du feu : les artistes sont seuls face au public pour affirmer leur style et montrer ce qu’ils ont vraiment dans le ventre. On pense à Andrea Givanovitch qui, avec Untitled (Some Faggy Gestures), déconstruit les clichés queer pour en faire une poésie militante. Loin de la caricature, il transforme le stéréotype en mouvements esthétiques puissants, rendant hommage au passage aux figures LGBTQIA+ qui l’ont précédé.

Andrea Ginanovitch 1 ©GerardPayelle
Andrea Ginanovitch, un corps revendicateur qui ne s’arrête jamais de vibrer ©GerardPayelle

Dans un registre plus épuré, Ondine Cloez propose avec Vacances vacance l’expérience de la dissociation. C’est une danse qui se rapproche presque de l’effacement, où le vide occupe une place symbolique. Une proposition audacieuse qui questionne notre présence au monde et la capacité du corps à disparaître derrière le mouvement. À ses côtés, Madeleine Fournier explore avec Labourer une autre forme de solitude ; celle d’un dialogue entre nature et culture. Habillée de ses gants rouges et de ses collants noirs, elle transforme le simple simple pas de bourrée en un traducteur des gestes de travail ancestraux. Une manière de montrer que ces pas se cachent en fait tous les gestes que les femmes se transmettent depuis des siècles.

Changement de ton pour ceux qui cherchent plutôt la déflagration, le passage de Marco da Silva Ferreira au TheatredelaCite s’annonce comme l’un des sommets de cette édition. Avec C A R C A Ç A, le chorégraphe portugais orchestre dix interprètes, portés par un percussionniste et des nappes électro. Imaginez dix danseurs en transe qui mélangent l’électro et la danse urbaine pour créer un mouvement commun surpuissant. C’est une explosion de rythme qui montre que le “être ensemble” est imbattable.

Marco Da Silva Ferreira© José Caldeira
C A R C A Ç A, une explosion de rythme qui montre que le “être ensemble” est imbattable ©José Caldeira

C’est aussi cette énergie, teintée d’une touche punk, que l’on retrouve chez Katerina Andreou. Son quatuor BLESS THIS MESS est une réponse frontale à la décrépitude du monde. Elle nous offre une danse essoufflante, mais qui galvanise et refuse la résignation, dans une enchaînement de mouvements cinglants qui ne laissera, soyez-en sûrs, personne indemne.

Bless This Mess Katerina Andreou Copyright Hélène Robert
Bless This Mess, la fureur de danser dans un monde qui sature ©Hélène Robert

Et puis, Dansorama sait aussi se faire plus intime, plus analyste. On suivra avec attention le travail de Chloé Zamboni, artiste « accordée » à La Place de la Danse, qui, avec ses trois interprètes-chercheurs , explore la matérialité des choses. Entre chair, son et objet, elle questionne notre rapport au réel avec une curiosité presque scientifique.

Quelques Choses Chloe ©Antoine Billet
Quelques Choses, une danse de la matérialité ©Antoine Billet

Et comment ne pas citer Christian Rizzo ? Avec à l’ombre d’un vaste détail, hors tempête, le chorégraphe nous invite à une pause onirique. En s’appuyant sur les mots de Philippe Jaccottet, Rizzo sculpte l’espace pour rendre visible l’invisible. C’est le moment du festival où l’on débranche. Son spectacle, c’est comme une parenthèse où le temps s’arrête : on se laisse porter par des images et une ambiance qui définissent le rêve éveillé. 

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Christian Rizzo, ou rendre visible l’invisible ©Marc Domage

Au-delà de la programmation, Dansorama rappelle le rôle essentiel de La Place de la Danse dans le paysage culturel. Depuis 30 ans, sous son label de Centre de développement chorégraphique national (CDCN), la structure accompagne les artistes bien avant qu’ils ne foulent les planches. Résidences, soutien à la production, formation avec le programme Extensions : le festival n’est que la partie émergée d’un travail de fond mené toute l’année.

En février, Toulouse devient donc l’observatoire privilégié de cette nouvelle édition. Pas besoin d’être un expert pour y entrer. La force de Dansorama réside justement dans sa capacité à parler à tout le monde. Enfin, pour peu que l’on accepte de se laisser bousculer par la vision de ces chorégraphes qui, chacun à leur manière, tentent de donner un sens aux mouvements de nos vies.

Julie Akacha 

La Place de la Danse • Dansorama

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