Constance Débré publie Protocoles aux éditions Flammarion. Un roman incisif et frontal sur la peine de mort.

Une ambiance. Celle d’un matin silencieux. D’une piscine vide, d’une ville encore endormie. La narratrice nage, marche, observe, note. Les journées s’étirent dans une Amérique parfois statique. Puis des rendez-vous, des recherches, des statistiques. La nuit, ce sont des errances et des discussions. Des silhouettes croisées et des rencontres sensuelles. Une vie à la fois répétitive et sans cesse renouvelée. A contrario de ceux qu’elle observe, les condamnées à mort.
Une mécanique mortuaire
Dans ce quotidien lapidaire s’insinue un autre système. Celui qui régit la fin des vies. Celui des protocoles américains de la peine de mort. Chaque étape, chaque geste, chaque temps accordé aux prisonniers est minutieusement consigné. Le dernier repas, les prières, les produits administrés. Tout est prévu, ordonné, répétitif. Un mélange de précision clinique et de détachement qui transforme l’acte ultime en une procédure naturelle. Les hommes disparaissent derrière les règles. Et pourtant, derrière chaque ligne, la vie réelle tente de surgir, fragile et insaisissable.
Le récit progresse sans dramatisation, sans plainte. Et l’effet est saisissant. La langue, simple et précise, agit comme un miroir froid, révélant les absurdités et les paradoxes du système. Plus le texte reste sobre, plus la tension monte. Constance Debré, au-delà de la simple description, transforme son récit en une réflexion sur le rapport entre l’individu et les structures. Entre la valeur d’une vie et les protocoles. Elle ne propose pas de solution, elle observe. Et le lecteur, confronté à cette alternance de quotidien et de mécanique bureaucratique, est invité à réfléchir : comment préserver l’humanité face à des systèmes qui cherchent à tout rationaliser ?

